Les Femmes dans le Football

Doyle trouve sa voie grâce à sa voix

Laura Doyle in a promotional shot
© Others
  • Laura Doyle est tombée amoureuse du football lors d’un séjour à Rio de Janeiro
  • Elle a participé au transfert record de Gareth Bale au Real Madrid
  • Elle débute une nouvelle carrière : chanteuse de jazz

Ancienne élève de l’École Philippe Gaulier, l’homme qui a inspiré Ali G, Laura Doyle a, un temps, porté des chaussettes à pois, un nez rouge et des perruques colorées. Elle a aussi revêtu des costumes italiens de grand luxe pour travailler comme hôtesse sur le yacht privé du prince Ernest-Auguste de Hanovre. Elle a été la traductrice de Fidel Castro. Elle a été à la tête d'une émission consacrée aux comiques. Elle a écrit des livres, elle s’est produite dans des cabarets, elle a vécu à Rio de Janeiro, à Rome, à Valence, à Oslo et à Florence.

Mais bien avant de vivre toutes ces aventures, à 25 ans, l'ex-habitante de Liverpool occupait un emploi de bureau anonyme. Tout va basculer à cause d'une remarque faite deux ans plus tôt dans un pub. Nous sommes en 2005 et Laura travaille pour agence de marketing et de relations publiques. On lui confie alors la promotion de Tsunami Soccer Aid, un match de charité entre des célébrités et d’anciens footballeurs. Une fois la mission achevée, tout le monde se retrouve au pub pour fêter l’événement. Laura évoque sa passion pour Rio de Janeiro devant David Lockwood, le directeur de l’agence Stellar Group. Elle lui glisse, à moitié sur le ton de la plaisanterie, qu’elle aimerait beaucoup pratiquer à nouveau le portugais et qu’il devrait l’appeler, au cas où il travaillerait un jour avec des Brésiliens.

Trois ans plus tard, en 2008, les latéraux Fabio et Rafael sont transférés à Manchester United, fraîchement sacré champion d’Europe. "Ils venaient signer leur contrat mais, pour une raison dont je ne me souviens plus, l’interprète a eu un empêchement", raconte Laura au micro de FIFA.com. "On l’a appris une heure avant l’atterrissage. C’était la panique générale !"

Un adorable chaton

David et ses employés cherchent désespérément une solution de rechange parmi leurs contacts, quand cette conversation lui revient en mémoire. Grâce à LinkedIn, il retrouve la trace de Laura, qu’il appelle sur son lieu de travail. "La directrice m’a convoquée dans son bureau et m’a demandé de fermer la porte. Sur le coup, je me demandais ce que j’avais bien pu faire de travers", se souvient-elle. "Elle m’a dit qu’elle avait reçu un appel de David Lockwood, qu’il y avait deux joueurs de foot brésiliens qui allaient atterrir à Manchester dans une heure et qu'ils avaient besoin d'une interprète. Franchement, je n’avais jamais entendu parler de Fabio ou de Rafael. J’ai dû faire une recherche sur Google pendant que je rassemblais mes affaires."

"Je pensais que ma mission se limitait à les retrouver à l’aéroport pour leur demander si tout allait bien ou s’ils avaient besoin de quelque chose. En fait, personne au club ne parlait portugais", précise-t-elle. "D’un seul coup, je me suis retrouvée à participer à des réunions avec Sir Alex Ferguson, les médecins du club, des avocats, la famille... j’ai accompagné les joueurs à la visite médicale, chez le coiffeur, etc. Sir Alex était incroyable. Tout le monde l’adorait mais, en même temps, les gens redoutaient ses colères. En ce qui me concerne, je l’ai toujours considéré comme un adorable chaton." (rires)

Gareth Bale is presented as a Real Madrid player in 2013
© imago images

Une tasse de thé pour Bale

Les dirigeants de Stellar Group sont si satisfaits de la prestation de Laura qu'ils ne tardent pas à la convaincre de changer de voie. En 2013, elle participe aux négociations qui feront de Gareth Bale le joueur le plus cher de l’histoire. "Je n’ai jamais été du genre à rester en admiration devant les stars, ça m’a bien aidée dans ce milieu", poursuit Laura. "Quand Gareth Bale venait nous voir, je lui demandais simplement s'il voulait une tasse de thé. C’est sans doute dû au fait que je ne m’intéressais pas beaucoup au football dans ma jeunesse. J’ai regardé quelques finales, la Coupe du Monde, mais rien d’autre."

Au début des années 2000, Laura a travaillé pour un diplomate italien qui était en poste à Rio. C’est là que son histoire d’amour avec le Brésil a commencé. "J’aimais tout là-bas : la culture, les gens, la musique, le football. Quand on vit dans un pays où le ballon est une religion, on ne peut pas manquer d’attraper le virus", admet cette passionnée de bossa nova, qui a pu pu rencontrer beaucoup de grands noms de la musique brésilienne.

Chanter au Maracanã

Intrigué par l’obsession de Laura pour la bossa nova, un ami lui demande de jouer quelque chose à l’occasion d’un spectacle à Londres. "C’était la première fois que je jouais en public. Ça s’est passé un vendredi. Le lundi suivant, j’ai expliqué à mon directeur que cette expérience m’avait plu, que j’aimerais former un groupe, mais que je ne savais pas par où commencer", détaille-t-elle. "Il m’a répondu qu'il venait de recevoir une lettre du Royal Liverpool Philharmonic qui lançait un projet pour réunir le monde de la musique et celui du football. J’y suis allée. Il y avait des musiciens du monde entier. Une semaine plus tard, je passais une audition avec eux, nous avions monté un groupe et nous faisions notre première répétition. Baiana (qui signifie ‘de la région de Bahia’ en brésilien) a connu des débuts fracassants."

"Le football a largement contribué à ma carrière musicale", explique Laura. "J’ai travaillé avec de jeunes joueurs. J’ai vu comment ces jeunes pleins de talent travaillent avec sérieux et détermination, aux côtés des meilleurs entraîneurs. Je me suis dit que si je pouvais appliquer ces méthodes à la musique, j’aurais toutes les chances de me faire remarquer", ajoute celle qui rêve désormais de mêler musique et football. "Leurs conseils m’ont été extrêmement précieux. Nous aimons bien discuter des points communs entre la musique et le football."

Doyle aimerait se rendre au Brésil et faire découvrir aux Brésiliens leur propre musique, vue par les gens de Liverpool. "Le soir, quand je ferme les yeux, je me vois en train de chanter au Maracanã. Ce serait complètement fou", conclut-elle.

Miso Loco (It's a Fine Time In the Sunshine) sur Spotify

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