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Tim Krul of the Netherlands saves a penalty kick by Michael Umana of Costa Rica
© Getty Images

Pendant 120 minutes à l'Arena Fonte Nova de Salvador, ce 5 juillet, les Pays-Bas ont cherché la faille dans la défense du Costa Rica, sans jamais la trouver. Les deux équipes ont dû se résoudre à jouer leur qualification aux tirs au but. Mais Louis van Gaal avait tout prévu. Le sélectionneur néerlandais a remplacé son gardien titulaire Jasper Cillessen par Tim Krulà la fin de la prolongation. Son pari n'a pas tardé à se révéler payant. Le portier de 26 ans a repoussé deux tentatives adverses, devenant par la même occasion le héros de la qualification pour les demi-finales de la Coupe du Monde de la FIFA 2014.  

"Nous avions dit à Tim Krul qu'il serait certainement le meilleur en cas de tirs au but, car il est plus grand. En revanche, nous n'avons rien dit à Cillessen, pour ne pas perturber sa préparation", explique le futur entraîneur de Manchester United. "Cillessen débutera le prochain match, ça ne fait aucun doute. Mais nous avons pensé que Krul serait plus efficace dans ces circonstances. Il nous a donné raison. Sur chaque tir au but, il est parti du bon côté"

"C'est surréaliste. Je ne trouve pas les mots pour décrire ce qui vient de se passer", s'est exclamé le dernier rempart néerlandais, très sollicité par les médias à l'issue de la partie. "J'ai bien observé les Costaricains contre la Grèce. Je leur ai donc dit que je savais où ils allaient tirer, histoire de les rendre un peu plus nerveux. Peut-être que ça a marché. J'avais déjà fait le coup à Frank Lampard. Je l'avais assuré que je savais où il mettrait le ballon et j'avais arrêté son tir. Ça a de nouveau marché aujourd'hui et j'en suis ravi." 

Avec un peu de recul et de recherche, ce qui a été présenté comme un coup du sort prend une tout autre allure. Le portier brésilien n'en était pas à son coup d'essai. Depuis son arrivée dans le championnat d'Espagne en 2007, celui qui présentait la particularité d'être le premier gardien brésilien à officier en Liga en a développé une seconde : celle d'arrêter les penalties. Sur les 17 tentatives auxquelles il a dû faire face depuis 2007, Diego Alves en a arrêté 11. La liste de ses victimes est éloquente. Outre Messi, elle compte notamment Cristiano Ronaldo, Fernando Llorente et Frédéric Kanouté.

"Les penalties sont une guerre psychologique", explique le portier brésilien Diego Alves, gardien du FC Valence, qui en a arrêté 15 sur 31 au cours de ces trois saison en Espagne. "Le gardien doit se relâcher au maximum et entrer dans la tête de celui qui tire. Je regarde les vidéos des tireurs pour observer deux choses : leur côté préféré et l'inclinaison de leur corps au moment de frapper. Les derniers pas avant le tir vous donnent énormément d'informations", révèle le dernier rempart de 26 ans qui, s'il poursuit sur sa lancée, pourrait bien marquer l'histoire de la spécialité.

Alves n'est toutefois pas le premier, et ne sera pas le dernier, à expliquer de façon quasiment scientifique le comportement que le gardien doit adopter au moment du coup de pied des onze mètres. Au chapitre de ceux qui ont affolé les statistiques sur un seul match, le Roumain Helmuth Dukadam figure en bonne place : en finale de la Ligue des champions de l'UEFA 1986, il avait arrêté quatre tentatives adverses, offrant ainsi la victoire à son club, le Steaua Bucarest, contre le FC Barcelone.

Aide extérieureLe Soviétique Lev Yashina arrêté plus de 150 penalties au cours de sa carrière. L'Araignée noire mettait ce don sur le compte de l'intuition. Le fait qu'il soit largement considéré comme le meilleur gardien de but de tous les temps n'y est sans doute pas étranger non plus. L'Allemand Rudi Kargus détient quant à lui le record du plus grand nombre de penalties arrêtés en Bundesliga, avec 23 parades sur 70 tentatives. Le Zambien Kennedy Mweene, à 27 ans, vient pour sa part de jouer un rôle crucial dans le premier titre continental remporté par son pays il y a quelques jours, en arrêtant plusieurs penalties lors de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2012.

Sergio Goycochea est considéré comme l'un des derniers grands maîtres en la matière. "Il faut être parfait au niveau de ses appuis, utiliser au maximum son intuition et avoir un minimum de réussite", explique l'Argentin à FIFA.com. C'est en tout cas la version officielle, car il entrait aussi dans la routine d'El Vasco un élément de superstition : protégé par ses coéquipiers, le gardien avait l'habitude d'uriner au centre du terrain avant chaque série de tirs au but.

"Ce petit cérémonial, si l'on peut dire, est né de la nécessité. À la Coupe du Monde 1990 en Italie, contre la Yougoslavie, le match est allé aux tirs au but. Il faisait chaud. J'avais beaucoup bu pendant la partie et avant la séance, nous n'avons pas eu le droit d'aller dans les vestiaires. J'avais une incroyable envie d'uriner. Je me suis donc soulagé sur le terrain, et nous avons gagné la séance de tirs au but. En demi-finale contre l'Italie, le match est de nouveau allé aux penalties. Comme ça m'avait porté chance la fois d'avant, j'ai décidé d'uriner à nouveau au centre du terrain juste avant la séance de tirs au but", raconte en rigolant celui qui contribuera largement, par ses exploits, au parcours de l'Argentine jusqu'en finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1990™ ainsi qu'à la dernière Copa América remportée par l'Albiceleste, en 1993 en Équateur.

Jens Lehmann s'était lui aussi fait une réputation dans l'exercice, avec ceci de particulier qu'il était particulièrement en réussite face aux tireurs argentins. En 2006, quelques mois après avoir contrarié Juan Román Riquelme dans la demi-finale de Ligue des champions de l'UEFA entre Arsenal et Villarreal, il repoussa deux tentatives argentines, de Roberto Ayala et Esteban Cambiasso, en quart de finale de la Coupe du Monde de la FIFA™. Après cette série de tirs au but entre l'Allemagne et l'Argentine, on parla beaucoup d'un petit papier que le gardien d'Arsenal avait consulté à plusieurs reprises pendant la séance.

Riquelme avait affirmé un jour à FIFA.com qu'il s'agissait d'un morceau de papier blanc, sans rien écrit dessus, seulement destiné à troubler les tireurs argentins. Le petit rectangle en question est devenu un objet de collection, parfois exposé dans les musées. Il s'agissait en réalité d'une petite liste, préparée par l'encadrement technique allemand, sur laquelle figurait le côté de prédilection des tireurs argentins. "En vérité, ce bout de papier ne m'a pas servi à grand-chose. Par exemple, il était écrit qu'Ayala tirait souvent à droite. J'ai changé d'avis au dernier moment, et j'ai eu raison. Par conséquent, l'intuition a joué un rôle bien plus important que ce bout de papier. Les gardiens allemands ont la réputation d'être bons sur les penalties", précise Lehmann

Un penalty, un titreL'Espagnol Iker Casillas a eu moult occasions de démontrer ses qualités sur penalty, comme avec les sélections espagnoles de jeunes, devant la République d'Irlande à la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002, ou encore face à l'Italie lors de l'UEFA EURO 2008. Mais sa parade la plus déterminante reste sans aucun doute celle réalisée face au Paraguayen Oscar Cardozo, en quart de finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2010™. Si le Sud-Américain avait marqué à ce moment, alors que le score était de 0:0 à moins d'un quart d'heure de la fin, le vainqueur d'Afrique du Sud 2010 aurait selon toute vraisemblance eu un autre nom.

Comment le gardien du Real Madrid s'est-il une nouvelle fois transformé en Saint-Iker ? C'est son coéquipier Pepe Reina qui nous donne la réponse. "Cardozo m'avait marqué un but sur penalty avec Benfica. Je me souvenais parfaitement de la manière dont il avait tiré. Je l'ai expliqué à Iker, mais c'est à lui que revient tout le mérite de l'avoir arrêté." Le capitaine de l'équipe championne du monde en 2010 confirme : "C'est un mélange d'intuition, de chance et d'aide de la part d'un coéquipier".

Le mot de la fin revient au gardien *Michel Vorm, *coéquipier de Krul et Cillessen, qui, depuis son arrivée à Swansea City en provenance d'Utrecht, a tout simplement acquis le surnom "des stoppeur de penalties"... dans le championnat d'Angleterre. "J'ai remarqué que chez beaucoup de gardiens, il y a une sorte de défaitisme sur les penalties. Ils se disent qu'ils ont très peu de chances de l'arrêter et que de toute façon, on ne leur en tiendra pas rigueur s'ils n'y parviennent pas. Moi, je me dis exactement le contraire. Après, avec un peu de réussite, vous avez une bonne chance de faire pencher la balance en votre faveur."

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