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Les superstitions du football

manager Carlos Bilardo gives the thumps up signal at the 1990 FIFA World Cup
© Getty Images

Comme toute activité où le succès tient, dans une mesure plus ou moins large, aux caprices de Dame Chance, le football ne passe pas à côté des superstitions. FIFA.com vous présente quelques cas frappants.

L'Argentin Carlos Bilardo fait sans doute partie des cas les plus extrêmes. En tant que sélectionneur de l'Albiceleste, il avait pris l'habitude d'arriver sur le rectangle vert avec une statue de la vierge. A une autre époque, il interdisait aux joueurs présents lors des rassemblements de manger du poulet, qu'il considérait comme un oiseau de mauvais augure...

Le technicien aimait également associer ses victoires à des détails tels que le port de tel ou tel vêtement, ou la route prise pour se rendre au stade. Ainsi, il avait un temps obligé ses joueurs à se déplacer jusqu'au stade en taxi, considérant que ce moyen de transport était à l'origine de la belle entame des siens dans l'épreuve. Le jour de leur entrée en lice, la panne du bus de l'équipe avait contraint l'encadrement à adopter une solution alternative. Cependant, n'allez pas l'interroger sur les superstitions, car sa réponse est implacable : "Non non, je ne crois pas à ce genre de choses, moi...".

Alors qu'il dirigeait Estudiantes dans le tournoi d'Ouverture 2003, une jeune Brésilienne était venue lui souhaiter bonne chance au début d'une rencontre. Comme le Pincha l'avait emporté, Bilardo n'avait pas hésité à demander à la jeune femme de l'appeler quelques jours avant chaque journée du championnat pour lui transmettre des ondes positives. Drôle d'idée, n'est-ce pas ? Mais moins que la séance de bises à laquelle il avait astreint tout l'effectif en constatant qu'un mariage avait lieu dans l'hôtel des Argentins à la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990. Les 22 joueurs avaient alors interrompu les festivités pour saluer la mariée, censée porter bonheur, du moins dans l'imaginaire de Bilardo. Le lendemain, l'Argentine a battu le Brésil...

Numérologie et astrologie

Dans ce compartiment, son compatriote Reinaldo "Mostaza" Merlo, milieu de terrain de River Plate dans les années 1970, le talonne de très près. L'entraîneur qui vient d'abandonner le banc de Rosario Central fait "les cornes du diable" avec la main à chaque offensive rivale. Comme il est aussi convaincu que les fleurs portent malheur, les supporters adverses n'hésitent pas à lancer des bouquets en direction de son banc pendant les rencontres.

La superstition de Luis Aragonés est un peu plus classique. L'ancien sélectionneur de l'Espagne, qui a la phobie du jaune, a exhorté son capitaine, Raúl, à changer de maillot lors d'un entraînement. Cette manie a failli déclencher une fâcherie diplomatique entre son pays et l'Allemagne lorsqu'il a refusé le bouquet de fleurs jaunes que lui tendait une hôtesse à son arrivée à Dortmund, à l'occasion d'Allemagne 2006. Et que dire du moment où il a découvert le deuxième maillot de la Furia Roja pour l'UEFA EURO 2008 ? Son aversion pour le jaune est tellement ancrée qu'il a fallu le convaincre qu'il s'agissait d'une teinte moutarde.

Mario Zagallo était obsédé par le chiffre 13, en raison de la dévotion qu'il voue à Saint-Antoine, dont la fête a lieu le 13 juin. Pour cette raison, il habite un 13ème étage, il s'est marié un 13 janvier et il a demandé le maillot numéro 13 partout où il a joué. Il est d'ailleurs convaincu d'avoir guéri de son cancer de l'estomac grâce aux 13 visites qu'il a rendues au saint en question ! Zagallo, qui a remporté 13 matches en tant qu'entraîneur à la Coupe du Monde de la FIFA, prédisait la victoire du Brésil à Allemagne 2006. Deux éléments l'y incitaient : l'épreuve démarrait un 13 juin et le prénom du sélectionneur, Carlos Alberto (Parreira), comptait 13 lettres. Mais c'est le chiffre 12 qui a eu gain de cause... A la 12ème minute de la deuxième mi-temps du quart de finale, le 12 français, Thierry Henry (12 lettres), a scellé l'élimination du Brésil. Pour ajouter à la contrariété, c'est Roberto Carlos (13 lettres) qui a failli au marquage...

Le sélectionneur de cette équipe de France était Raymond Domenech, qui s'intéresse moins à la numérologie qu'aux astres. On dit qu'avant d'annoncer la composition d'un groupe ou d'un onze, le patron des Bleus n'hésitait pas à consulter l'horoscope de ses joueurs. Johan Micoud s'était publiquement demandé si cette habitude ne l'avait pas privé d'une participation à la compétition la plus prestigieuse de la Planète football : "Peut-être que je n'y vais pas parce que je suis Lion et qu'il y en a déjà trop ?" En effet, il se murmure que le stratège craint les surpopulations de Lions et de Scorpions dans le vestiaire, même s'il s'empresse de nier personnellement cette croyance. "Les superstitions portent malheur", affirme Domenech.

Vêtements fétiches

Côté joueurs, on a aussi ses petites habitudes. John Terry était obsédé par ses protège-tibias. L'ancien défenseur de Chelsea utilisait toujours la même paire jusqu'à ce qu'il l'égare lors d'une rencontre de Ligue des champions à Barcelone, cédant vite au découragement. "Je les utilisais tellement souvent que je me suis demandé comment j'allais pouvoir continuer sans eux. Heureusement, Frank Lampard m'a prêté les siens et nous avons eu la chance de l'emporter (en finale de la Carling Cup contre Liverpool en 2005). Je les ai adoptés et à présent, ce sont mes protège-tibias fétiches". Pas vraiment surprenant chez le défenseur anglais, qui assume : "Je suis un grand superstitieux. Je m'assois toujours au même endroit dans le bus, je mets trois épaisseurs de bande autour de mes chaussettes, j'écoute toujours le même CD en allant au stade et je me gare toujours à la même place avant un match à Stamford Bridge..."

L'Italien Gennaro Gattuso, ex-aboyeur en chef de l'AC Milan a confié à FIFA.com que ses lubies lui avaient beaucoup coûté lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006, même s'il n'a pas eu à le regretter par la suite... "Je portais tous les jours le même sweatshirt, que j'avais mis le premier jour. Je dégoulinais de sueur et je devenais fou à force de macérer là-dedans. Mes superstitions me font faire des choses insensées. Par exemple, avant la rencontre face à la République tchèque, j'avais fait ma valise pour rentrer en Italie et j'ai dû recommencer avant chacun des matches suivants". Plus curieux encore, le champion du monde a pour habitude de se plonger dans l'œuvre de Dostoievski avant les matches...

Un rituel commun à de nombreux footballeurs est d'utiliser les mêmes sous-vêtements, à l'image du Roumain Adrian Mutu. Le gardien René Higuita, lui, tenait à ce qu'ils soient bleus. "A la fin des années 1980, l'Atlético Nacional s'inclinait toujours face à Millonarios. Avec Carlos Perea, nous sommes allés voir une diseuse de bonne aventure, qui nous a révélé que nous étions victime d'un mauvais sort. Elle nous a ensuite envoyé un colis avec des slips bleus et ça a marché : nous avons tout renversé sur notre passage avant de gagner la Copa Libertadores. Je continue encore de porter le mien", a-t-il expliqué à FIFA.com.

French defender Laurent Blanc (L) kisses French goalkeeper Fabien Barthez
© AFP

Crâne porte-bonheur

L'ancien international chilien Iván Zamorano jouait systématiquement avec un bandeau blanc au poignet droit. Rien à voir avec une blessure : il s'agissait d'un rituel adopté lors de son séjour en Suisse avec Saint Gall. En délicatesse avec son poignet, l'Hélicoptère s'était vu prescrire un bandeau de cette couleur. Un match et trois buts plus tard, il décidait de ne plus jamais jouer sans son nouveau porte-bonheur.

Lors de France 1998, le capitaine Laurent Blanc n'oubliait pas d'embrasser le crâne du divin chauve Fabien Barthez, avec la réussite que l'on sait. L'équipe partageait une autre marotte : la diffusion intensive du tube de Gloria Gaynor "I Will Survive" dans les vestiaires. Résultat du parcours : les Bleus soulevaient leur premier trophée mondial.

Gary Lineker ne frappait jamais au but pendant l'échauffement car il craignait de ne plus pouvoir marquer pendant le match s'il y parvenait à ce moment là. Et s'il était toujours bredouille au bout de 45 minutes, il changeait de maillot au repos... Lorsque son capital buts stagnait pendant trop longtemps, il optait pour une solution plus radicale : un passage chez le coiffeur. Par bonheur, Bobby Moore et Paul Ince n'ont jamais été coéquipiers. Tous deux mettaient un point d'honneur à quitter le vestiaire en dernier : le premier pour enfiler son short seul et le second pour sortir en courant et mettre son maillot sur le chemin de la pelouse.

L'international allemand Mario Gómez se distingue de ses partenaires en restant muet à l'écoute de l'hymne national : lors d'une rencontre avec la sélection U-15, il avait trouvé le chemin des filets après avoir gardé le silence au moment de l'hymne. L'attaquant n'a jamais perdu cette habitude même si cela ne fonctionne pas à tous les coups. Par ailleurs, avant chaque match, il se sert de l'urinoir le plus à gauche dans le vestiaire.

Puisque l'on y vient, comment ne pas citer le gardien argentin Sergio Goycochea, spécialiste des tirs au but lors d'Italie 1990 ? Il paraîtrait que sa réussite soit due au fait qu'il se soulageait au centre du terrain, caché par ses coéquipiers qui l'entouraient avant la séance fatidique... La recette a fonctionné de nouveau lors de la Copa América 1993, pendant les séances face au Brésil et à la Colombie. Il s'agit d'ailleurs du dernier titre officiel conquis par l'Albiceleste.

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