Hors Jeu

Un jour de gloire, une vie de star

Oleg Salenko scores his fifth goal against Cameroon at USA 1994.
© Getty Images

Toute équipe possède ses héros, qui, dans la plupart des cas, ont atteint leur statut grâce à la répétition de leurs prouesses au fil des années. Pour certains joueurs néanmoins, l'ascension au rang d'idole s'est faite beaucoup plus rapidement. Comme le relate FIFA.com, il leur a suffi d'un match pour inscrire leur nom dans le livre d'or de leur club ou de leur pays.

Prenez Mike Trebilcock, par exemple. À en juger par son bilan statistique à Everton - 14 matches, trois buts -, il semblerait que cet attaquant n'a pas cassé des briques à Goodison Park. Pourtant, Trebilcock, qui vit désormais à Darwin, en Australie, est sûr de recevoir un accueil triomphal lorsqu'il revient dans le Merseyside. La raison en est que l'un de ses 14 matches avec les Toffees s'est soldé par un triomphe en FA Cup. Ce jour-là, il réalisa une prestation qui changea sa carrière à tout jamais.

Étonnamment préféré à l'international anglais Fred Pickering pour la finale de la FA Cup 1966, Trebilcock inscrivit un doublé qui permit à Everton de remonter deux buts de retard pour s'imposer 3:2 face à Sheffield Wednesday. "Les gens me parlent encore de cette finale, ça ne changera jamais", confiait récemment l'ancien Toffee. "Les gens me demandent : 'Quand avez-vous arrêté de fêter ça ?' Moi je réponds : 'On n'a jamais arrêté !' Même en Australie, les gens me demandent et je réponds invariablement : 'On fête encore ça et je le fêterai jusqu'au jour de ma mort'."

Il est une autre grande ville de football qui a engendré le même type de héros. Ainsi, vous aurez beaucoup de mal à entendre un fan du Celtic Glasgow parler en mal de Harald Brattbakk. Si vous insistez un peu, les supporters reconnaîtront peut-être que le Norvégien avait réalisé trois saisons sans relief au club. Pourtant, ils oublient sans mal toutes les performances médiocres de l'attaquant en se remémorant un but qui a mis fin à l'une des périodes les plus sombres de l'histoire du Celtic.

"Ce but nous a offert le titre lors de la dernière journée. Il a également empêché les Rangers de décrocher un dixième titre consécutif, ce qui leur aurait permis de faire tomber le record du Celtic", expliquait Brattbakk a micro de FIFA.com. "Il s'agit à n'en pas douter du point d'orgue de ma carrière. Ce but valait de l'or pour tout un tas de gens."

Difficile de trouver mieux en termes d'émotions et de suspense. Pourtant, Jimmy Glass pourrait se targuer d'avoir surpasséBrattbakk. En 1999, ce portier ayant connu de nombreux clubs était en prêt à Carlisle United, dont il gardait les cages lors du dernier match de la saison. Son équipe devait alors s'imposer face à Plymouth Argyle pour éviter de quitter le niveau professionnel.

Il ne reste plus que dix secondes à jouer et le score est de 1:1. Sur le dernier corner, Glass traverse le terrain pour créer le surnombre. Par miracle, il profite d'un ballon mal repoussé pour battre son homologue d'une volée. Carlisle est sauvé et une légende est née. "J'ai toujours été un attaquant contrarié", admettait-il dix ans plus tard. "Les gens voient ce but comme un fait insolite, mais j'en avais mis trois la veille à l'entraînement." En comptant cette fameuse rencontre, Glass n'aura disputé que trois matches avec Carlisle. Deux ans plus tard, il raccrochera définitivement les gants, à l'âge de 27 ans seulement.

Roy Essandohfait partie de ces joueurs qui ont fait la une du jour au lendemain avant de disparaître de la circulation. L'attaquant est l'auteur de ce qui est sûrement le but le plus important de l'histoire des Wycombe Wanderers. De la tête, il avait permis à son club de s'imposer face à Leicester City, pensionnaire de Premier League, et d'accéder au dernier carré de la FA Cup en 2001. L'histoire est d'autant plus remarquable qu'Essandoh avait eu sa chance en répondant à une annonce de Wycombe sur le désormais obsolète service de télétexte Ceefax. Le club cherchait un attaquant bon pour le service et n'ayant pas joué en FA Cup avec une autre équipe cette saison-là. Ce but aura été le seul inscrit par le Nord-Irlandais en 13 sorties sous les couleurs des Wanderers. Depuis, il navigue de club en club, dans l'anonymat le plus complet.

Des moments inoubliables En Argentine, tous les fans de football connaissent Claudio Benetti et Ruben Bruno.Pourtant, aucun de ces deux joueurs n'a signé une carrière phénoménale. Mais en 1992, Benetti a inscrit pour Boca Juniors un but tout aussi important que celui de Brattbakk avec le Celtic, offrant aux Xeneizes leur premier titre en 11 ans. Quant à Bruno, il a mis un terme à la plus longue disette de River Plate. Profitant d'une grève des joueurs professionnels en 1975, il avait marqué à 17 ans le but qui avait donné aux Millonarios *leur premier sacre depuis *1957.

De la même manière que ces deux hommes ne figureront jamais au panthéon du football argentin, Dirk Weetendorf n'apparaîtra jamais dans une liste des légendes de la Bundesliga. Après tout, il n'a fait trembler les filets qu'à trois reprises au cours d'une carrière décevante dans l'élite. Malgré tout, Weetendorf reste un chouchou à Hambourg et il a d'ailleurs été surnommé "Horst-Uwe", en référence aux idoles du club Horst Hrubesch et Uwe Seeler. Pourquoi ? Parce que deux de ses trois buts sont intervenus lors d'une victoire 2:1 face au Borussia Dortmund qui a sauvé le club de la relégation.

L'Allemagne présente également un équivalent à l'échelle internationale. Le mois dernier, David Odonkor a raccroché les crampons à l'âge de 29 ans en mettant un terme prématuré avec le club ukrainien de l'Hoverla Uzhhorod. Il a ainsi stoppé une carrière professionnelle qui n'aura jamais été à la hauteur des attentes. Cet ailier a laissé une trace indélébile dans son pays suite à la Coupe du Monde de la FIFA 2006, où son accélération et son centre millimétré avaient offert à Oliver Neuville un but fatal à la Pologne et décisif pour la suite de campagne des troupes de Jürgen Klinsmann.

En Allemagne, Nia Kunzer jouit d'une aura encore plus importante. Elle a en effet signé le but en or qui a offert à la Mannschaft son tout premier titre mondial, en 2003. À l'époque, elle était âgée de 23 ans et semblait promise à une brillante carrière. Pourtant, alors que l'Allemagne et ses coéquipières, telles que Birgit Prinz, sont montées en puissance, Kunzer a été victime quelques mois plus tard d'une blessure au ligament croisé du genou dont elle ne n'est jamais complètement remise. Elle a dû arrêter sa carrière en 2006.

Héros éphémères de la Coupe du MondeTant que nous en sommes à parler de buts merveilleux, comment ne pas évoquer celui inscrit par le Saoudien Saeed Al-Owairan lors de la Coupe du Monde 1994 au terme d'un fantastique slalom dans la défense belge ? Si vous vous demandez pourquoi vous n'avez plus trop entendu parler de ce Fils du Désert, c'est que sa carrière s'est délitée par la suite. Al-Owairan a touché le fond lorsqu'il a été suspendu un an et emprisonné pour avoir enfreint la loi sur l'alcool dans son pays.

Josimar n'est pas non plus passé inaperçu en Coupe du Monde, et pas seulement en raison de son but somptueux contre l'Irlande du Nord à Mexique 1986. Le Brésilien avait aligné les performances de haute volée, au point d'être nommé meilleur arrière droit de la compétition. Il semblait s'ouvrir les portes d'une grande carrière, mais la pression inhérente à cette accession instantanée à la gloire a été à l'origine d'une dégringolade spectaculaire. "J'ai tout simplement perdu les pédales", a reconnu Josimar. "J'étais pauvre et du jour au lendemain, je suis devenu une célébrité. Tout le monde me connaissait."

La Coupe du Monde a toujours été un théâtre privilégié pour les belles aventures d'un jour. Demandez donc à Oleg Salenko. Quand il est arrivé à États-Unis 1994, l'attaquant russe n'avait jamais inscrit le moindre but en sélection. En un match, la correction 6:1 infligée au Cameroun, Salenko en a mis cinq, établissant au passage un record d'efficacité en phase de groupes.

Cet exploit, ainsi que son but face à la Suède, lui ont valu de décrocher le Soulier d'Or avec le Bulgare Hristo Stoitchkov, mais aussi étonnant que cela puisse paraître, Salenko n'avait pas été retenu pour le match suivant. Cela va plus loin : celui qui est peut-être le modèle suprême du héros d'un match n'a jamais plus porté les couleurs de son pays…

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