Écosse

L'ancien buteur Boyd s'attaque à la santé mentale

Kris Boyd celebrates scoring for Rangers.
© imago images
  • Kris Boyd a raccroché les crampons l’année dernière, après une carrière riche en succès
  • Il présente désormais un podcast prestigieux consacré aux problèmes de santé mentale
  • Le suicide de son frère l’a incité à se mettre au service de cette noble cause

Kris Boyd et Henrik Larsson comptent parmi les plus grands attaquants de l’histoire du championnat d’Écosse. Le premier a fait l’essentiel de sa carrière à Kilmarnock et aux Rangers, et a fini par battre le record de buts en Premier League établi par le second, sous le maillot du Celtic. Mais au-delà des buts, des titres et du culte que leur vouent leurs supporters, les deux hommes ont un point commun : tous deux ont eu le malheur de perdre un frère cadet.

Boyd n’a découvert cette connexion que récemment, en interviewant Larsson pour The Lockdown Tactics, un podcast qu’il anime en compagnie de Robert Snodgrass, son ancien partenaire en équipe d’Écosse. En apprenant la nouvelle, le consultant de Sky Sport, qui a créé une association de promotion de la santé mentale, n’a pu que constater : "Ce lien représente bien plus que tous nos buts réunis".

Des problèmes qui touchent tout le monde

"Nous avons lancé ce podcast pour aider les gens et c’est ce que nous faisons, mais je dois avouer que cette émission m’a aussi beaucoup aidé à titre personnel. Je me suis ouvert, j’ai pu dire ce que j’avais sur le cœur et je me sens mieux", explique Boyd à FIFA.com. "J’ai écouté d’autres personnes parler de leurs problèmes, à l’image d’Henrik, qui était venu nous raconter la perte de son frère. Ça m’a forcé à prendre du recul, à réfléchir à ce que je faisais et à la façon dont je gère certaines choses."

La franchise avec laquelle Boyd et Larsson ont évoqué les moments les plus difficiles de leurs vies respectives et les effets dévastateurs de la tragédie sur leur propre santé mentale est la marque de fabrique de l'émission. John Terry, Andy Robertson, Steph Houghton ou encore le champion du monde poids lourd Tyson Fury ont, eux aussi, livré des témoignages poignants et, parfois, exemplaires sur leur façon de combattre leurs démons intérieurs. "Je crois que cette franchise attire beaucoup de gens", poursuit Boyd. "Les gens pensent aux footballeurs ou aux champions de boxe et ils se disent : ‘Qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir comme problèmes dans la vie ?’ Pourtant, les problèmes de santé mentale peuvent toucher tout le monde et lorsque ça arrive, l’argent, les voitures et la célébrité ne sont d’aucune utilité."

"Ne souffrez pas en silence"

"Je connais Robert Snodgrass depuis longtemps et je sais que ces questions l’intéressent beaucoup. Il voulait agir dans ce domaine et le podcast est né de l’une de nos conversations sur le sujet. Il y a tellement de gens qui ont l’impression de toucher le fond, surtout depuis le début de la pandémie. C’était le bon moment pour commencer. Nous avions dans l’idée qu’en entendant des sportifs célèbres, des héros, parler de leurs problèmes, les auditeurs seraient touchés. D’après les premiers retours, nous avons déjà aidé beaucoup de monde."

Si les invités ont tous en commun d’avoir réussi dans le sport, leurs expériences varient énormément. Certains, comme Fury ou Paul Merson, ont reconnu avoir envisagé ou tenté de mettre fin à leurs jours ; l’international anglais Danny Rose a, quant à lui, avoué être resté un an sans se raser ou se couper les cheveux à cause d’une grave dépression. D’autres, comme Robertson, ont expliqué avoir cherché de l’aide très tôt, de peur de voir la situation leur échapper.

Indépendamment de leurs expériences, tous délivrent le même message : si vous souffrez, ne souffrez pas en silence. "Il faut absolument trouver quelqu’un à qui parler. Tout le monde nous l’a dit et c’est un message très important", insiste Boyd. "Mais il faut aussi savoir écouter. Les maladies mentales ne sont pas visibles à l’œil nu ; ce sont des maladies insidieuses. Il faut donc apprendre à repérer les symptômes et se former pour apporter les bonnes réponses lorsqu’un ami ou un proche est dans la difficulté."

Kris Boyd in action for Scotland against Croatia.
© imago images

Le jeu en vaut la chandelle

Loin de se contenter de son statut de présentateur, l’ancien international écossais mène ce combat sur tous les fronts. La Kris Boyd Charity a recueilli plus de 200 000 livres sterling à ce jour. En juillet, elle a reçu un prix international prestigieux pour sa campagne #PassingPositivity, en association avec une école.

S’il ne se passe pas un jour sans que Boyd ne repense à son frère, il consacre désormais son énergie à adresser un message positif à la jeune génération. "Je me dis sans arrêt que je ne veux surtout pas voir une autre famille traverser ce que nous avons vécu", glisse-t-il. "Avant même d’être touché par ce drame, j’avais le sentiment que le football ne prenait pas toujours assez soin des footballeurs. Je pense notamment aux jeunes qui se voient promettre toutes sortes de choses, qui ont de grands espoirs et qui se retrouvent sans club à 16, 17 ou 18, sans solution de rechange, alors qu’ils sont très fragiles. Ce qui est arrivé à mon frère a simplement dirigé mon énergie dans une autre direction."

"Je suis fier de ce que fait mon association. Nous faisons du bien autour de nous. Il faudra encore quelques années avant de mesurer les effets de notre action, notamment auprès des enfants et des jeunes. Mais nous avons déjà des retours très intéressants qui nous laissent à penser que faisons des choses importantes sur le plan personnel. J’ai toujours dit que si nous pouvions sauver ne serait-ce qu’une vie, le jeu en vaudrait la chandelle."

Lire également

The Kris Boyd Charity

Explorer le sujet

Articles recommandés