The Global Game

La Guyane entre deux feux sacrés

French Guiana forward Sloan Privat (18) celebrates
© imago images
  • Dans notre série The Global Game, gros plan sur le football en Guyane
  • Passion partagée entre la France et le Brésil
  • Non affiliée à la FIFA, la sélection a connu son heure de gloire en se qualifiant pour la Gold Cup 2017

Du quart de finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986™ à celui d’Allemagne 2006, en passant par la finale de l’édition 1998, les derniers matches entre la France et le Brésil dans l’épreuve mondiale ont fait des millions d’heureux sur le territoire français, et de malheureux en Amérique du Sud. Mais pour quelque 270 000 individus, l’atmosphère aurait été à la fête, quel qu’ait été le résultat de ces passionnantes rencontres.

La Guyane est en effet une collectivité territoriale française, mais a la particularité d’être située à 7 000 km de la métropole, et d’être frontalière du Brésil. Elle compte donc à son palmarès les deux Coupes du Monde tricolores conquises en 1998 et 2018, et a vécu au plus près les cinq sacres mondiaux auriverdes.

Ce n’est donc pas une surprise si la Guyane adore et respire le football, et si cette passion atteint son zénith lorsque les Bleus affrontent la Seleçao, même si de nombreux cœurs et foyers sont partagés dans ces occasions. "Le Brésil, c'est l'esthétisme du football. Et puis nous sommes des Sud-Américains, la géographie est incontournable", expliquait Auxence Contout, enseignant et historien guyanais, au journal Le Monde en 2006. "Mais je soutiens la France."

Si la Guyane, deuxième plus grande collectivité française, est aussi l’une des plus pauvres, elle fait pourtant figure d’Eldorado pour de nombreux Brésiliens, qui viennent régulièrement s’y installer et y chercher un avenir meilleur. Logiquement, de nombreux couples franco-brésiliens se sont formés, et dans chacun d’eux s’est développée une relation d’affection et de rivalité pour l’équipe du conjoint.

Expérience et accompagnement

Dans les rues et sur les terrains - officiels ou improvisés -, on trouve ainsi autant de maillots jaunes que de bleus, et dans les bars, on retransmet les rencontres de football sur deux écrans, l’un branché sur une chaîne française, l’autre sur un canal brésilien.

Pourtant, si l’engouement en terres guyanaises n’a rien à envier à celui de la France métropolitaine et du territoire brésilien voisin, il en va différemment quand il s’agit de la pratique. Longtemps considérée comme un "enfer vert" pour sa végétation, sa chaleur et son humidité équatoriales, la Guyane a été délaissée en termes de développement par rapport aux autres collectivités françaises, et le développement du football n’a pas fait exception à la règle.

En novembre 2019, une délégation de la Fédération Française de Football a dressé un état des lieux, mettant en avant le manque d’infrastructures, de moyens d’entretiens, de clubs de proximité et de personnel d’encadrement. Une liste de priorités a donc été établie pour offrir aux 7 500 licenciés et aux 60 clubs du département les moyens d’exercer leur passion dans les meilleures conditions possibles.

En marge des investissements fédéraux, plusieurs partenariats ont vu le jour entre des clubs de l’Hexagone et des formations locales. L’AS Saint-Étienne a ainsi établi une convention avec la Ligue de Football de Guyane pour permettre aux équipes U-15 et U-19 d’effectuer des stages dans le club forézien, et offrir des formations aux entraîneurs locaux. Dijon, pour sa part, collabore dans les mêmes conditions avec l’ASC Rémire. "Ils sont là pour nous accompagner, nous dire comment on peut faire, et nous guider dans la formation grâce à leur expérience", explique Frédéric Lafontaine, vice-président du club guyanais. "Nos jeunes pourront, dans le cadre d'un séjour, bénéficier de l’accès au centre de formation, voir les entraînements des pros, et auront des conditions privilégiées d’accueil."

Drapeau tricolore et maillot auriverde

Par le passé, des Guyanais de renom comme Florent Malouda, Bernard Lama ou Jean-Claude Darcheville ont ainsi brillé en France, puis en Europe, et aujourd’hui, Mike Maignan (Lille), Odsonne Edouard (Celtic) ou Jean-Clair Todibo (Barcelone) figurent parmi les plus prometteurs. La sélection locale ne peut malheureusement que rarement profiter de leur talent puisque, en tant que département de la France, elle ne peut être affiliée à la FIFA.

En revanche, elle est membre associée de la CONCACAF depuis 1978, et membre de plein droit depuis 2013, ce qui lui a permis de réaliser le plus grand exploit de son histoire en 2017, en se qualifiant pour la prestigieuse Gold Cup. Emmenés par un Florent Malouda alors âgé de 37 ans, les Yana Dòkòs (les "docteurs", ou les "maîtres"), essentiellement amateurs qui avaient dû trouver des arrangements avec leurs employeurs pour participer au tournoi, avaient eu l’honneur de se frotter  au Canada, au Honduras et au Costa Rica.

Certes, les Guyanais s’étaient inclinés trois fois, mais ils ont pu pour la première fois évoluer sur une scène prestigieuse en arborant fièrement le drapeau bleu-blanc-rouge français, et des maillots jaunes et verts rappelant étrangement la bannière brésilienne…

French Guiana midfielder Florent Malouda
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Cet article s'inscrit dans notre série "The Global Game", qui met en lumière le football qui se joue loin des projecteurs. La semaine prochaine, gros plan sur le football au Liechtenstein.

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