#OnThisDay en 1995

Le coup du scorpion fête ses 25 ans

Rene Higuita in action for Colombia. 
  • René Higuita a réalisé son coup du scorpion il y a 25 ans jour pour jour
  • Cette audacieuse parade illustre parfaitement la personnalité du "Loco"
  • "Ce geste a contribué à faire parler de la Colombie et de moi-même"

La longue histoire du football est jalonnée de parades spectaculaires, quasi-miraculeuses. Cependant, aucune n’est aussi reconnaissable et symbolique de son auteur que l’intervention réalisée par René Higuita à Wembley il y a 25 ans.

Même sans l’aide des archives vidéo consultables en ligne, tout fan de football de l’époque se souvient de cette séquence d’anthologie. Sur un ballon où il aurait pu se contenter d’attraper tranquillement le ballon dans ses bras, René Higuita plonge vers l’avant et le dégage des deux pieds, derrière son dos. Tel un scorpion.

Le coup de scorpion porte à ce point le sceau indélébile de son auteur qu’il est l’équivalent chez les gardiens du "Cruyff turn". À dire vrai, il est même plus ambitieux et, à n’en pas douter, plus inattendu que l’ébouriffant changement de direction du maître néerlandais.

À lui seul, ce moment a illuminé un terne match amical soldé par un nul, dans le stade national de l’Angleterre. Sélectionneur des Three Lions à l’époque, Terry Venables a, comme beaucoup, reconnu "n’avoir jamais vu quelque chose de pareil".

Et il y avait une bonne raison à cela, soulignée le "Loco" en personne : "Seule une personne est capable de faire ce genre de choses", avait déclaré Higuita après coup.

Plus tard, le flamboyant portier cafetero expliquera les origines de ce geste qui a gravé son nom dans le livre d’or du football. "Je me suis toujours inspiré des gamins. Je les voyais tenter des bicyclettes dans la rue ou sur les terrains. Je leur disais que ça ne serait pas mal de réussir ce geste à l’envers. Ce jour-là en Angleterre, on m’a offert le ballon que j’attendais depuis cinq ans !"

"C’est le geste qui a permis de faire parler de la Colombie et de moi-même. On se souvient toujours des êtres humains pour les belles choses qu’ils ont réalisées. Il y a un peu de ça."

Aussi remarquable soit-il, ce geste ne saurait résumer à lui seul l’extraordinaire carrière d’Higuita. Le Colombien était, à sa manière, un véritable pionnier : souvent buteur, assez talentueux et courageux pour tenter des dribbles et des relances depuis sa zone, à une époque où la passe en retrait avait encore cours. Une époque où un gardien devait faire passer la sécurité avant tout.

"Je considérais le ballon comme un jouet, un cadeau que l’on reçoit à Noël et que l’on ne veut pas perdre", racontait-il à FIFA.com en 2018. "Et quand tu le perds, c’est la guerre pour le récupérer. Je ne voulais pas me battre pour le ballon, je voulais avoir mon ballon à moi. Et je voulais que mon équipe ait ce ballon. C’est comme ça que je voyais le football et c’est comme ça que les règles ont changé."

"Je me souviens que gamin, quand j’allais au stade, je voyais de bons gardiens qui, quand ils arrivaient sur le ballon avant les attaquants, dégageaient sur le côté. C’était de grands gardiens dans les cages et je me disais : 'Mais ils ne savent pas jouer au pied ou quoi ? Si le ballon n’est pas sorti, alors il est en jeu, et s’il est en jeu, l’équipe a toujours une chance de marquer. Alors pourquoi rendent-ils le ballon à l’adversaire ?'"

Moqué à la grande époque d’Higuita, ce raisonnement fait désormais figure de bon sens footballistique. En tout cas, même si le roi du Scorpion a ouvert la voie aux gardiens actuels, très à l’aise balle au pied, on voit mal l’un de ses successeurs avoir le culot et le panache de tenter le geste acrobatique du "Loco" à Wembley.

Rene Higuita's scorpion kick at Wembley.
© imago images

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