Journée internationale des langues des signes

Le language du football fait briller Krebs

Stefany Krebs
© Lorena Dini
  • Le 23 septembre est la Journée internationale des langues des signes
  • Tefy Krebs est la première footballeuse professionnelle sourde au Brésil
  • Retour sur l’histoire émouvante de la jeune star de Palmeiras

"Tu es sourde. Sois réaliste. Comment pourrais-tu devenir footballeuse professionnelle si tu n’entends même pas quand on te réclame la passe ?"

Toute sa vie, Stefany Krebs a été confrontée ce genre de commentaires décourageants. Mais après un énième épisode de ce type, la jeune fille de 15 ans rentre chez elle, s’effondre sur son lit et pleure amèrement sur son oreiller en se demandant si, au fond, les sceptiques n’ont pas raison. De retour au salon, elle informe sa famille de son intention de renoncer à son rêve.

"J’avais le cœur brisé, mais j’étais prête à abandonner le football", raconte Tefy, interrogée par FIFA.com. "J’avais le sentiment que les sourds n’avaient pas leur place sur le terrain. Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais devenir. Je cherchais un métier qui me permettrait de communiquer en langue des signes, mais je savais que je ne pourrais pas être heureuse sans football."

Sa nouvelle carrière débute un jour de janvier. Comme prévu, Tefy s’exprime en langue des signes. Comme elle s’y attendait, les larmes coulent à flot. Toutefois, une partie de sa prédiction se révèle inexacte : "C’est une journée magnifique, que je n’oublierai jamais". En effet, elle remporte ce jour-là une victoire éclatante sur les préjugés.

Non content d’annoncer l’arrivée de Rosana, ancienne joueuse de Lyon et de North Carolina Courage, Palmeiras fait de Tefy la première footballeuse professionnelle sourde au Brésil. Lorsque le speaker de l’Allianz Parque la présente aux 2 000 spectateurs présents, la jeune femme ne peut retenir ses larmes : partout, les gens lui adressent le mot "félicitations" en langue de signes.

"J’étais très émue", raconte Tefy. "C’était tellement beau. Je n’arrivais pas à y croire. Aujourd'hui encore, ça me dépasse. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que j’ai ressenti en voyant toutes ces personnes s’adresser à moi en langue des signes. J’avais l’impression de faire partie d'une famille."

"C’était d’autant plus fort que ma mère était là. Elle avait fait 16 heures de voiture pour être présente. C’est elle qui m’a présentée aux supporters. J’ai trouvé ça génial."

Tefy éprouve une immense reconnaissance pour sa mère, qui a su la convaincre de ne pas changer de voie, en ce jour fatidique.

"J’ai la meilleure famille au monde. Ma mère n’a pas accepté ma décision d’abandonner. Elle m’a dit que c’était mon rêve et que je devais tout faire pour le réaliser. Mon père, mon frère et ma sœur m’ont aussi énormément soutenue."

"Je suis tombée amoureuse du football et plus particulièrement du futsal, quand j’avais six ans. Mon frère Jean, qui est sourd également, m’a appris à jouer. Grâce à lui, j’ai découvert mon jouet préféré, mon don, la chose qui me rend la plus heureuse."

"Mon frère aussi rêvait de devenir footballeur. Il a énormément de talent, mais son handicap l’a empêché de passer professionnel car il y avait des problèmes de communication dans son club. Si je voulais tant devenir professionnelle, c’était aussi pour lui."

"Alors, à 15 ans, je suis partie vivre seule à Santa Catarina et je me suis inscrite dans un club. Il n’y avait personne pour m’expliquer les choses en langue des signes. Je me suis parfois sentie très seule. Je voulais que ma mère me ramène à la maison, mais elle m’a dit de continuer à poursuivre mon rêve. Ça m’a rendue encore plus forte."

Le conseil se révèle payant. Après avoir terminé bon dernier des quatre éditions précédentes, le Brésil monte sur la deuxième marche du podium de la Coupe du Monde Féminine des sourdes en Thaïlande. À 17 ans, Tefy est élue meilleure joueuse du tournoi. L’an dernier, en Suisse, elle mène son équipe à la victoire alors qu’elle se remet à peine d'une opération du genou. Cette fois, elle est désignée meilleure jeune joueuse.

"Ces Coupes du Monde me faisaient envie depuis longtemps. Parfois, j’ai l’impression d’avoir rêvé. Rien qu’en y repensant, il m’arrive d’être submergée par l’émotion."

Lors de son séjour en Suisse, Tefy a en outre vécu une "expérience incroyable" en visitant le Musée du football mondial de la FIFA. Mais ses performances sur le terrain ont surtout donné des idées à d’autres personnes...

"Le préparateur physique de la Seleçao des sourds, Willian Pires Bitencourt, travaillait aussi à Palmeiras et il avait toujours rêvé de voir un sourd passer professionnel", poursuit Tefy. "Il a joué un grand rôle dans cette aventure."

"Au début, je pensais avoir mal compris. J’ai encore pleuré comme une folle. Vous allez finir par croire que je pleure tout le temps !"

On peut naturellement se demander comment se passe la transition entre des coéquipières sourdes et une équipe exclusivement composée de joueuses entendantes.

"Nous ne parlons pas la même langue, alors c’était un peu compliqué, surtout au début. C’est plus difficile lorsqu’on joue au football car les joueuses crient beaucoup, tandis que les sourdes préfèrent utiliser des gestes. Mais petit à petit, nous trouvons nos marques."

"Je suis très reconnaissante envers le club, l’équipe technique et les joueuses, qui m’ont très bien accueillie. Chaque jour, j’arrive 30 minutes avant les autres pour consulter le programme de l’entraînement et soulever d’éventuels problèmes. Ça se passe directement entre les entraîneurs et moi."

Tefy, qui rêve de jouer un jour pour la Seleçao et d’évoluer à l’étranger, a fait ses débuts professionnels il y a quelques semaines, lors d’une victoire 4-1 sur Ponte Preta en Brasileirao féminin. Demain, les femmes en vert entreront dans l’histoire en disputant leur premier match à l’Allianz Parque. Mais auparavant, la native d’Erechim a un message à faire passer.

"Si je peux servir d’exemple à d’autres personnes sourdes ou handicapées, c'est tant mieux. Je vais me battre pour mes rêves afin que toutes les personnes sourdes ne se sentent plus seules et trouvent elles aussi la force de réaliser leurs ambitions. J’espère qu’un jour, l’inclusion deviendra une réalité pour tout le monde."

"Continuons à nous battre pour nos droits en refusant les préjugés, le harcèlement et les jugements négatifs. Nous devons rappeler que nous sommes des êtres humains, avec les mêmes capacités que les autres."

"Je suis fière d’être sourde et de faire partie de la communauté internationale des sourds. Je remercie Dieu de nous avoir donné cette magnifique langue des signes. Nous ne pouvons peut-être pas nous exprimer par la voix, mais nos mains ont la parole. Bonne Journée internationale des langues des signes ! Bravo à tous !"

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