Les quarantièmes rugissants

England goalkeeper Peter Shilton
© Getty Images

Pour certains, la vie commence à 40 ans. En football,rares sont les joueurs à pouvoir rester en forme aussi longtemps. Ryan Giggs, lui, a attendu d’avoir soufflé ses 40 bougies avant de tirer le rideau sur sa remarquable carrière à Manchester United. Du haut de ses 42 ans, Mark Schwarzer a également effectué récemment une apparition en Premier League, sous le maillot de Leicester City. De son côté, Faryd Mondragon est devenu lors de Brésil 2014 le plus vieux joueur à évoluer en Coupe du Monde, à 43 ans et trois jours. FIFA.com a recueilli les témoignages de joueurs qui ont repoussé l’âge de la retraite. Ils évoquent leurs motivations, leurs secrets de longévité, et leur rôle dans le vestiaire.

"Certains joueurs sont capables, année après année, d’encaisser un haut niveau d’entraînement", confie Peter Shilton, recordman du nombre de sélections en équipe d’Angleterre. "D’autres ne peuvent pas, évidemment, mais si vous avez la chance d’être né avec de telles capacités physiques, c’est formidable de pouvoir continuer à faire ce que vous aimez aussi longtemps que possible."

Shilton ne s’en est pas privé. L’ancien portier a raccroché les gants à 47 ans, après avoir disputé 1 005 matches dans le championnat anglais. Il avait sept ans de moins lorsqu’il a disputé la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990™, où son âge avancé et son poste de gardien de but lui ont permis de bénéficier d’un traitement particulier. "Bobby Robson avait fait venir Mike Kelly, un entraîneur des gardiens, afin de nous donner quelques séances", se souvient Shilton. "La plupart du temps, il me demandait ce que je voulais faire et j’étais suffisamment expérimenté pour le savoir. J’étais prêt à 100 % pour cette Coupe du Monde. Je pense que j’étais à mon meilleur niveau."

"Je tiens beaucoup de ma mère, qui est très résistante physiquement", ajoute-t-il. "Elle s’est brisée la hanche une fois, mais elle était sortie de l’hôpital deux jours après. Elle a 93 ans aujourd’hui. Je crois que c’est dans les gènes ! Les chiens ne font pas des chats."
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*Kevin Phillips, ancien attaquant, a disputé son dernier match de Premier League, avec Crystal Palace, à l’âge de 40 ans et deux mois, avant de marquer cinq mois plus tard le dernier but de sa carrière sous les couleurs de Blackpool. "Tout devient forcément un peu plus difficile lorsque vous vieillissez", reconnaît-il au micro de FIFA.com. "Il faut travailler deux fois plus dur que les autres pour rester au niveau. Je n’ai jamais pratiqué le yoga, mais j’ai entendu Ryan Giggs dire qu’il en faisait. Je portais pour ma part beaucoup d’attention aux étirements, ce qui n’est pas très éloigné du yoga. Je m’étirais chaque jour dès que j’en avais l’opportunité."

Mentalement et physiquement
*Brad Friedel *estime de son côté devoir à sa retraite internationale sa longévité au plus haut niveau. Particulièrement brillant avec les États-Unis lors de la Coupe du Monde 2002, le portier américain avait 40 ans, en 2011, lorsqu’il s’est engagé avec Tottenham. Il a disputé chaque match de Premier League cette saison-là, contribuant à son record de 310 apparitions consécutives en première division, sur huit campagnes différentes. "Ne plus jouer en sélection m’a beaucoup aidé", relève Friedel. "Ça m’a permis de prolonger ma carrière en club. C’est une question de mental également. Ce n’est pas évident d’être toujours en déplacement."

Il n’est pas toujours évident de faire face aux critiques des médias, souvent prompts à comparer les performances des vétérans à celles de leurs jeunes années. Shilton se souvient ainsi d’un but concédé face à l’Uruguay lors d’un match de préparation à la Coupe du Monde 1990. "J’ai toujours été fier de ne pas faire beaucoup d’erreurs avec l’Angleterre", raconte-t-il. "Le tir en question n’était pas évident à arrêter, je n’aurais pas appelé cela une bourde. Mais lorsque j’ai ouvert les journaux le lendemain, l’un des gros titres disait que j’étais trop vieux et que je n’avais rien à faire à la Coupe du Monde. Chacune de vos erreurs laisse la porte ouverte aux commentaires sur votre âge. Certains sont sans doute encore assez bons pour continuer, mais n’ont peut-être pas envie d’être traités de cette façon."

"Lorsque vous prenez un but, le commentateur va prouver par A plus B que c’est à cause de vos vieilles jambes et de votre âge", confirme Friedel. "Cela m’énerve d’entendre ce genre de choses. Certains gardiens de moins de 30 ans font des erreurs encore plus grosses, mais on ne leur reproche rien. En règle générale, encaisser un but n’a rien à voir avec votre âge." Friedel est d’autant plus sensible à la question qu’il aspire un jour à prendre une équipe en main. Celui qui le dirige aujourd’hui à Tottenham, Mauricio Pochettino, lui rend un an, alors que son prédécesseur, André Villas-Boas, en avait six de moins. "Lorsqu’André est arrivé, j’ai tenu à lui faire savoir que je ne serais pas une menace. J’ai toujours essayé de l’aider", assure Friedel. "A cette époque, j’entraînais également un peu au centre de formation. C’est la même chose désormais avec Mauricio. C’est facile de parler avec lui car nous avons le même âge. Je fais de mon mieux pour donner quelques conseils et il sait que je ne suis pas là pour lui mettre des bâtons dans les roues, mais pour l’aider."

Tempérament et encadrement
A l’instar de Friedel, Shilton, qui a d’ailleurs été entraîneur-joueur lors de son passage à Plymouth Argyle, entretenait une relation privilégiée avec le staff. "On m’a souvent demandé pourquoi je n’avais jamais rejoint un gros club", note l’ancien gardien. "J’ai failli signer avec Manchester United et Arsenal à plusieurs occasions, mais la plupart du temps, je choisissais ma destination pour travailler avec un technicien que je respectais. J’avais moi-même beaucoup de caractère et il fallait que je puisse travailler avec des entraîneurs dignes de confiance."

Ce respect mutuel est précisément ce que les joueurs semblent attendre lorsqu’ils ont le courage de poursuivre leur carrière au-delà des 40 ans. "Dans la vie, l’âge n’est jamais une barrière", résume Shilton. "Il suffit d’avoir la bonne attitude et que le physique suive. Les gens arrivent souvent à un point où ils pensent qu’ils sont en âge de vieillir. Ce n’est qu’une question de perception, beaucoup restent très jeunes dans leur tête."

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