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Metsu : "L'Asie a fait un bond en avant"

Qatar's coach Bruno Metsu gestures
© AFP

En match d'ouverture de la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002™, la France s'est fait surprendre par le Sénégal, nouveau venu dans la compétition. Par la suite, les Lions de la Teranga ont continué sur leur lancée et échoué à deux doigts des demi-finales. Ce succès doit beaucoup au technicien français Bruno Metsu, devenu grâce aux exploits de ses protégés un entraîneur renommé sur la scène internationale.

Après l'Afrique, Metsu a pris la direction du continent asiatique et plus précisément du Golfe. Avec le club émirati d'Al Ain, il a remporté la Ligue des champions de l'AFC. Il a également fait le bonheur de sélections nationales, offrant la Coupe du Golfe aux Émirats Arabes Unis et emmenant le Qatar à un stade avancé de la Coupe d'Asie des Nations de l'AFC.

Aujourd'hui à la tête d'Al-Gharrafa, à Doha, l’ancien entraîneur de Sedan a accepté de revenir sur son parcours exceptionnel au micro de FIFA.com.

*M. Metsu, le monde vous a découvert à la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002™, alors que vous étiez à la tête du Sénégal. Que retenez-vous de cette expérience ? *J'ai entraîné pendant plus de dix ans avant cette compétition, mais c'est vrai que cette expérience a été exceptionnelle et m'a révélé aux yeux du public mondial. J'ai appris beaucoup de choses, aussi bien sur le plan humain que sur le plan professionnel. Je me suis acharné à construire et renforcer l'équipe. Nous étions devenus une famille soudée, où tout le monde voulait gagner. Chacun était conscient de l'importance de la cohésion et, lorsque nous avons obtenu notre sésame pour la Coupe du Monde, nous nous sommes juré de représenter au mieux l'Afrique, pour cette première participation du Sénégal à la grande fête du football.

*Comment avez-vous obtenu de tels résultats et quel impact ont-ils eu sur vous ? *Personne n'aurait misé un kopeck sur nous. Nous étions dans le groupe très relevé de la France, de l'Uruguay et du Danemark. Mais en Coupe du Monde, beaucoup de facteurs entrent en jeu. Au milieu de ces grosses équipes, nous étions libérés de toute pression. Notre esprit combatif s'est aiguisé et nous n'avions peur de personne. Nous voulions à tout prix faire mentir les pronostics. Cela s'est traduit sur le terrain. Après notre victoire au match d'ouverture face à la France, championne du monde en titre, les joueurs se sont senti pousser des ailes. Nous avons réussi à nous qualifier pour le second tour en épatant tout le monde. Nous avons continué face à la Suède, portés par notre soif de victoires. En quart de finale, face à la Turquie, les médias commençaient à parler de notre qualification en demi-finale et cela a peut-être indirectement affaibli notre détermination. Mais les joueurs ont tout de même été à la hauteur, j'étais satisfait de leur performance. La victoire tient à des petits détails, que nous avons négligés. Nous avons dit adieu à la compétition, laissant échapper une occasion historique. Cela dit, le bilan de cette compétition reste très positif.

*Vous avez ensuite pris les rênes du club émirati d'Al Ain. Comment avez-vous géré la transition d'une équipe nationale disputant la Coupe du Monde de la FIFA™ à un club en plein développement ? *Il y a une différence certaine entre les métiers de sélectionneur et d'entraîneur de club. Je voulais retrouver un rythme de travail quotidien et je pensais que le club d'Al Ain m'offrirait un environnement adéquat. Je n'ai pas été déçu puisque j'y ai trouvé tout ce dont j'avais besoin pour construire une équipe. J'ai fait profiter le club de mon expérience et j'ai travaillé sur les petits détails qui font toute la différence. Les efforts de tout le groupe ont été récompensés par la première Ligue des champions de l'AFC nouvelle formule.

*Vous avez ensuite pris en main les sélections émiratie et qatarie. Que vous a apporté cette étape dans votre carrière ? *Après Al Ain, j'avais besoin d'une nouvelle aventure et je me suis rendu au Qatar, où j'ai dirigé Al Gharrafa. Avec ce club, j'ai remporté deux titres majeurs. Puis l'envie de redevenir sélectionneur me titillait. J'ai reçu une offre des Émirats Arabes Unis et, connaissant le pays, je n'ai pas hésité une seule seconde à accepter le poste. Nous avons fait du bon boulot là-bas, remportant au passage la Coupe du Golfe, attendue par les fans locaux depuis 33 ans. Nous nous sommes donnés à fond, les joueurs ont fourni des efforts surhumains et j'étais très heureux d'obtenir de tels résultats.

Le poste de sélectionneur du Qatar était donc une suite logique ?
Après les Émirats Arabes Unis, le Qatar m'a contacté pour prendre la direction de l'équipe pour la Coupe d'Asie 2011, qu'il organisait.  C'était une expérience complètement différente. Nous n'avions pas assez de temps pour préparer les joueurs et faire progresser l'équipe. Malgré tout, nous sommes parvenus à gérer la ferveur du public et à digérer la défaite contre l'Ouzbékistan en ouverture, et à nous qualifier pour le second tour. Nous avons dit au revoir à la compétition face au Japon, champion en titre, face auquel nous avons bien joué mais nous avons manqué de chance en nous inclinant 2:3 à la dernière minute. J'étais globalement satisfait de la performance de mon équipe, même si nous aurions pu aller plus loin. Cette saison, j'ai décidé de retourner à Al Gharrafa, où nous travaillons actuellement à reconquérir le titre national et à aller le plus loin possible en Ligue des champions.

*Vous connaissez par cœur le football asiatique. Quels sont vos pronostics pour le dernier tour des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 2014 ? Quelles équipes voyez-vous au Brésil ? *Le football asiatique a fait un bond en avant. Mes favoris sont l'Australie et le Japon, qui possèdent de nombreux joueurs dans les championnats européens et dont le style de jeu est supérieur aux autres équipes. Cela dit, ils devront batailler dur pour obtenir leur sésame. Les premiers tours des qualifications n'ont déjà pas été une partie de plaisir devant des adversaires modestes et la phase finale sera bien plus relevée. Il ne faut pas oublier les équipes expérimentées comme la République de Corée, qui n'est pas encore qualifiée, et l'Iran, qui possède des individualités talentueuses, tout comme l'Arabie Saoudite. D'autres équipes progressent et sont capables de créer la surprise, telles que l'Irak, la Jordanie et l'Ouzbékistan. Ces qualifications seront passionnantes.

*Parlons de la France. Que pensez-vous des chances des *Bleus *au prochain UEFA EURO 2012 ? *L'équipe de France a connu une période délicate lors de la dernière Coupe du Monde. Elle était confrontée à une lourde pression et de grandes attentes, mais elle n'a pas trouvé la bonne formule. Le niveau de nos individualités a baissé et nous n'avons plus de grand joueur charismatique autour duquel souder le groupe, comme c'était le cas avec Platini dans les années 80, puis Zidane dans la dernière décennie. Nous n'avons plus de joueurs de ce calibre en équipe nationale. Certes, il y a des éléments talentueux comme Karim Benzema, mais il manque un joueur d'exception. C'est pourquoi je doute de la capacité de l'équipe à franchir le premier tour. S’ils veulent y parvenir, ils doivent travailler à fond dans les prochains mois pour faire peau neuve.

*Après le sacre de Lionel Messi et Pep Guardiola lors du Gala FIFA Ballon d'Or 2011, que pensez-vous des exploits du FC Barcelone ? *C'est la plus belle équipe actuelle. Tous les joueurs évoluent en harmonie, ils pratiquent un football différent. On sent qu'ils prennent leur pied sur le terrain à l'intérieur du schéma tactique. Ils sont parvenus à éblouir le public tout en raflant les titres. Lionel Messi est un joueur hors norme. Il accomplit des choses incroyables et permet à l'équipe de faire la différence à tout moment. Si les Barcelonais conservent leur niveau actuel, je pense que personne ne pourra les arrêter et qu'ils resteront un bon bout de temps au sommet.

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