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25 novembre 1953 : La magie magyare frappe Wembley

Ferenc Puskas celebrates scoring in Hungary’s 6-3 win over England at Wembley in 1953
© Getty Images

Le 25 novembre 1953, l'Angleterre pénètre dans Wembley avec le port altier, dégageant une impression d'indestructibilité. Cette assurance se justifie par la présence dans le onze titulaire de Billy Wright, Stanley Matthews et Stan Mortensen, mais aussi par son invincibilité à domicile face à des sélections non britanniques.

Personne ne voit ce statu quo évoluer, malgré la rutilante carte de visite des adversaires du jour. Championne olympique en titre, la Hongrie n'a plus perdu le moindre match depuis 22 sorties. Cette équipe aligne également un effrayant arsenal offensif, composé du milieu Jozsef Bozsik, des ailiers Laszlo Budai et Zoltan Czibor, de l'attaquant de soutien Nandor Hidegkuti, et des artilleurs Ferenc Puskas et Sandor Kocsis.

Pourtant, depuis quelques temps, le sélectionneur Gusztav Sebes ne dort plus sur ses deux oreilles. Pris en flagrant délit de beuverie nocturne, Czibor et Kocsis ont été écartés du groupe lors des victoires contre la Tchécoslovaquie et l'Autriche. Les deux noceurs ont été réintégrés pour la rencontre contre la Suède, la dernière avant Wembley, mais l'équipe signe une piteuse prestation. Alors que les Magyars Magiques s'étaient imposés 4-2 à Stockholm quelques mois plus tôt, les Scandinaves viennent décrocher le nul 2-2 à Budapest. "Nous avions été nuls contre les Suédois", confiait Puskas. "La presse et les supporters ne nous avaient pas manqués. On entendait : 'Inutile d'aller à Wembley. L'Angleterre va vous massacrer'."

Comme si le contexte n'était pas assez défavorable, la Hongrie se voit refuser l'accès à Wembley pour son entraînement, ses protestations contre l'utilisation d'un ballon anglais - plus lourd - pendant plus d'une mi-temps ont été ignorées et le jour du match, le gardien Gyula Grosics se plaint d'une infection des sinus. A cela, il fut ajouter le fardeau psychologique de la large défaite subie lors de l'unique visite hongroise en terres anglaises (6-2 en 1936).

La confiance anglaise

En face, rien ne semble perturber la confiance des locaux, pas même les jongles frénétiques inventés par Puskas dans le rond central. "Nous ne connaissions pas Puskas. Tous ces joueurs ne signifiaient rien à nos yeux. C'étaient des Martiens", se remémorait le futur sélectionneur des Three Lions, Bobby Robson, alors âgé de 20 ans. "Nous étions convaincus de pouvoir détruire cette équipe. A Wembley, c'était l'Angleterre qui tenait le rôle du maître. Eux étaient les élèves."

Il suffira cependant de 50 secondes aux élèves pour mettre le chahut dans une salle de classe remplie de 100 000 personnes. Bozsik libère Hidegkuti, dont la délicieuse feinte efface un adversaire et lui permet d'envoyer un missile de 20 mètres dans la lucarne droite de Gil Merrick. Jackie Sewell égalise pour l'Angleterre, mais après le refus d'un but hongrois, Hidegkuti redonne l'avantage aux visiteurs.

Puskas va ensuite inscrire un but qui le fera éternellement entrer dans la légende. Tel un matador esquivant un taureau, le capitaine hongrois échappe à la charge de Wright d'un surprenant pas de recul. "Neuf fois sur dix, j'aurais pris ce ballon. Mais là, c'était la mauvaise et j'avais en face de moi l'incomparable Puskas", ruminera le défenseur anglais.

Débarrassé de son cerbère, le Major Galopant ajuste Merrick et porte le score à 4-1 à la 27ème, d'un des buts magnifiques dont il a le secret - et qui pousseront la FIFA à lui rendre hommage en nommant "Prix Puskas de la FIFA" la récompense attribuée au plus beau but de l'année -, avant que Mortensen ne réduise l'écart.

Chevaux de trait contre chevaux de course

A la reprise, le fossé qui sépare les deux équipes reste flagrant. Bozsik et Hidegkuti aggravent tour à tour le score, le penalty d'Alf Ramsey faisant figure de lot de consolation. Au bout du compte, les locaux ne s'en tirent pas trop mal avec cette défaite 6-3, les Anglais n'ayant tiré que cinq fois au but contre 35 frappes hongroises.

"C'était comme si des chevaux de trait jouaient contre des chevaux de course", commentera Tom Finney, forfait sur blessure, mais présent lors de la logique déroute 7-1 à Budapest six mois plus tard. Ils étaient magnifiques à voir jouer. Ils adoptaient des tactiques complètement inédites." Et Matthews de renchérir : "Cette superbe équipe hongroise était vraiment la meilleure de tous les temps."

La tactique et les mouvements de leurs adversaires semblent illisibles pour les hommes de Walter Winterbottom. Quand ils sont en possession de la balle, les Magyars sont imprévisibles, et sans le cuir, ils proposent des courses déconcertantes. Le cerveau de cette novatrice machine de guerre est Sebes, dont avant-gardisme pose un casse-tête chinois à l'Angleterre.

Leçon historique

Le football avait déjà connu des pionniers, tels que Herbert Chapman, Vittorio Pozzo, Karl Rappan, Jimmy Hogan et Marton Bulovi. Chacun avait déjà apporté sa pierre au puzzle historique de leur sport. Mais la démonstration offerte par Sebes chez les inventeurs de la discipline aura un impact encore plus profond. "J'ai appris davantage en termes de tactique lors de la leçon hongroise qu'au cours de mes nombreuses années d'implication dans le football", déclarera Ramsey, qui conduira l'Angleterre à la gloire lors de la Coupe du Monde de la FIFA 1966.

Bela Guttmann dira que cette expérience aura "une influence capitale" sur sa façon d'entraîner. Le stratège conduira le Benfica à deux titres européens consécutifs au début des années 1960. Plus éloquent encore : élu entraîneur du siècle de la FIFA, Rinus Michels, révèlera que la grande équipe hongroise a "posé les fondations" de sa propre conception révolutionnaire.

La faute à de mauvais tours joués par le destin, ce "Match du siècle" marquera finalement l'apogée de Magyars magiques privés du trophée mondial. Pourtant, combien d'équipes peuvent se vanter d'avoir livré un chef d'œuvre aussi exceptionnel et aussi symbolique d'une époque?

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