Arabie Saoudite

Pizzi : "Mon ambition est sans limite"

© Getty Images
  • Pizzi revient sur une année passée sur le banc de l'Arabie Saoudite
  • L'ancien attaquant se confie sur sa philosophie et ses sources d'inspiration
  • Il revient sur le parcours saoudien à Russie 2018 et sur son expérience au Chili

L'ancien attaquant Juan Antonio Pizzi a fait les beaux jours de clubs d'élite en Amérique du Sud, au Mexique et en Espagne, décrochant notamment le titre de meilleur buteur de Liga. Il a également représenté l'Espagne en Coupe du Monde de la FIFA™ et à l'UEFA EURO. Après avoir raccroché ses crampons en 2002, il a abandonné le football quelques années et s'est même mis au polo à Barcelone. Il n'attendait toutefois que l'occasion de renouer avec le ballon rond et il a décidé de coiffer la casquette d'entraîneur.

Sa nouvelle carrière a failli s'arrêter net avant même d'avoir commencé, quand il a été démis de ses fonctions après seulement trois matches aux commandes de l'équipe argentine de Colón. Loin de se laisser abattre, il a pris un nouveau départ en 2006 et a officié dans plusieurs clubs dont il avait porté les couleurs en tant que joueur, engrangeant de l'expérience au fil des ans. C'est au Chili qu'il a gagné son premier titre avec Universidad Católica.

Pizzi est revenu au Chili cinq ans et demi plus tard pour prendre les rênes de la sélection, qu'il a menée à la victoire dans la Copa América Centenario 2016, puis jusqu'en finale de la Coupe des Confédérations de la FIFA 2017. Quand il a échoué d'un cheveu à qualifier la Roja pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™, il a cru être passé à côté du tournoi.

Mais quelques mois après avoir démissionné, il s'installait sur le banc de l'Arabie Saoudite, qu'il a dirigée à Russie 2018. Aujourd'hui, l'Hispano-Argentin prépare ses troupes à la Coupe d'Asie de l'AFC, EAU 2019. Il espère rééditer les succès obtenus avec le Chili et ramener l'Arabie Saoudite sur le toit du continent après des années de frustration.

Avant de mettre la dernière main à ses préparatifs pour le tournoi, Pizzi s'est entretenu avec FIFA.com sur son aventure avec l'Arabie Saoudite, sa philosophie d'entraîneur, ses modèles et ses états de service au Chili.

M. Pizzi, le 28 novembre a marqué le premier anniversaire de votre nomination au poste de sélectionneur de l'Arabie Saoudite. Comment jugez-vous cette expérience jusqu'ici ?
Je n'étais pas sûr d'obtenir de bons résultats. Il ne restait que quelques mois avant Russie 2018, et il faut du temps pour apprendre à connaître les joueurs et leur transmettre des notions techniques. Mais une fois sur place, je me suis trouvé dans un cadre de travail favorable. J'ai bénéficié du soutien de la Fédération saoudienne et d'autres responsables sportifs. Quant aux joueurs, ils ont montré un enthousiasme prometteur. Nous avons fait bonne figure en Coupe du Monde. Aujourd'hui, je peux assurer que nous avons la volonté et l'ambition de progresser, et que nous possédons la combativité nécessaire pour évoluer au plus haut niveau.

Comment avez-vous préparé la campagne de Russie en si peu de temps ?
Nous avons organisé plusieurs stages d'entraînement et disputé des amicaux, qui m'ont permis de mieux connaître les joueurs et de mettre en place des principes techniques. Nous avons manqué de temps et les choses auraient pu tourner différemment si j'étais arrivé un an plus tôt. Mais nous nous sommes bien préparés et nous avons fait un bon tournoi.

Comment avez-vous vécu le match d'ouverture et votre lourde défaite face à la Russie ?
Nous étions enthousiastes à l'idée de jouer le match d'ouverture, même si nous étions conscients d'avoir affaire à forte partie. Pour autant, nous ne nous attendions pas à une telle défaite. Le 5-0 a été un coup dur. L'équipe aurait pu s'enfoncer dans une spirale négative, mais nous avons réussi à contenir la crise. Nous avons encouragé les joueurs, géré le mal-être et transformé la négativité en une énergie positive qui s'est fait sentir dans notre deuxième match.

Êtes-vous fier de la réaction affichée face à l'Uruguay ?
L'Uruguay compte de grosses pointures dans ses rangs. Nous voulions non seulement les étouffer et nous concentrer sur la défense, mais aussi déployer un jeu digne de la réputation saoudienne, pour prouver que notre entame manquée n'était qu'un incident de parcours. Les joueurs sont entrés sur la pelouse avec l'intention de rivaliser et ils ont lutté bec et ongles. Notre approche psychologique a fonctionné, ce qui a amélioré notre réponse tactique. Nous avons fait un très bon match et nous aurions pu accrocher le nul.

Qualifieriez-vous votre dernière sortie contre l'Égypte de grande victoire ?
Absolument. Nous avons battu une équipe égyptienne truffée de stars. Nous avons gagné tant en termes de résultat que de performance. Nos joueurs ont livré l'un de leurs meilleurs matches. Ils ont gardé leur sang-froid malgré leur retard d'un but et ont trouvé les filets à deux reprises pour s'adjuger une victoire amplement méritée.

L'Arabie Saoudite entame la Coupe d'Asie dans quelques jours. Qu'attendez-vous de cette campagne ?
La situation a changé aujourd'hui. Nous avons davantage de responsabilités qu'avant la Coupe du Monde. Nous avons eu le temps de nous appuyer sur ce que nous avons accompli en Russie. J'attends des joueurs qu'ils se montrent à la hauteur de leur tâche. Nous sommes en voie d'atteindre nos objectifs dans ce tournoi continental. Mon ambition est sans limite. Je crois dans mon travail et je cherche toujours à obtenir un rendement maximum. Ma méthode consiste à mettre les joueurs en pleine confiance, afin de créer un sentiment de responsabilité et une forte détermination à remplir notre mission.

Les Saoudiens ont disputé l'épreuve à six reprises et l'ont remportée trois fois. Personnellement, que savez-vous de ce tournoi ?
Ma connaissance du football asiatique vient de ce que j'ai appris de mes joueurs et des clubs de la région au cours de l'année que j'ai passée ici. J'ai observé la plupart de nos adversaires. Je sais que le style asiatique diffère du jeu européen ou sud-américain. Comme tout entraîneur, je n'aime pas les pronostics. Nous serons confrontés à des matches compliqués et à des concurrents dangereux, animés par la même soif de vaincre que nous. Mais je me concentrerai sur mon équipe, pour mettre en place notre style et poursuivre ce que nous avons amorcé en Russie. Ce sera notre mot d'ordre avant notre entrée dans le tournoi.

Quelle est votre philosophie d'entraîneur ?
Je ne suis pas du genre à travailler en solo. Une équipe entière m'accompagne dans l'accomplissement de nos objectifs. Ma préférence va à un style basé sur la possession, la création d'occasions, la rigueur tactique et l'attaque. Pour moi, c'est le football que les Saoudiens doivent pratiquer, quels que soient leurs adversaires. Il demande un travail intensif. J'ai toute confiance dans mes joueurs, parce que leur enthousiasme leur donne la détermination nécessaire pour mettre ce plan de jeu en œuvre avec succès.

Un entraîneur qui a disputé des tournois prestigieux, comme la Coupe du Monde et le Championnat d'Europe, jouit-il d'une plus grande autorité sur les joueurs ?
Ce n'est pas le facteur décisif d'un succès ou d'un échec, mais le partage d'expériences est important et peut donner de la crédibilité auprès du groupe. Mais il est préférable que les joueurs acquièrent eux-mêmes cette expérience. Les membres de l'équipe saoudienne n'avaient jamais pris part à une Coupe du Monde avant Russie 2018. À présent, l'épreuve, avec ses hauts et ses bas, fait partie de leur vécu. Les joueurs progressent en accumulant les expériences et les tournois. Leurs prestations s'améliorent au fil des matches. Je veux voir chacun de mes hommes faire valoir ses qualités lors de la Coupe d'Asie et des compétitions suivantes.

Qu'est-ce qui vous a décidé à entamer une carrière sur le banc et de quel entraîneur vous inspirez-vous ?
Beaucoup de joueurs à la retraite veulent rester en contact avec le football et on ne peut pas trouver mieux que la carrière d'entraîneur. J'ai attendu quatre ans avant de me voir offrir un poste correspondant à mes ambitions. J'ai peut-être été influencé par l'école néerlandaise, qui est fondée sur la possession et le contrôle. C'est de là qu'est née ma passion pour ce métier. Les grands entraîneurs auxquels je voudrais ressembler ne manquent pas, à commencer par Guus Hiddink et Louis van Gaal. Il y a aussi Jupp Heynckes, Bobby Robson, Jorge Valdano et Ramón Diaz.

En quoi entraîner un club et entraîner une équipe nationale est-il différent ?
Quand on entraîne une sélection, on gère un contingent de joueurs à l'échelle nationale. On peut changer des éléments du groupe de temps en temps pour rectifier le tir, mais il est difficile d'apprendre à les connaître tous pendant les courts laps de temps passés ensemble. En club, on a affaire aux mêmes joueurs, parfois sur de nombreuses saisons. On travaille tous les jours avec eux et on finit par les connaître sur le bout des doigts.

Revenons sur votre passage sur le banc du Chili, marqué par un sacre en Copa América, mais aussi par la déception d'être resté aux portes de Russie 2018. Comment décririez-vous cette expérience ?
Après leur victoire dans la Copa América 2015, les joueurs se sont relâchés et ont connu une baisse de régime. Il a fallu les remotiver. Nous avons gagné la Copa América Centenario en 2016 au terme d'une brillante campagne et nous avons montré de belles choses lors de la Coupe des Confédérations, que nous aurions pu remporter. Mais ensuite, il a été difficile de maintenir l'équipe en condition de disputer les quatre derniers matches de la compétition préliminaire mondialiste. Nous avons perdu trois rencontres et manqué la qualification de deux petits points. La fatigue physique est sans doute la principale cause de notre échec.

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