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Puskás, un nom qui fait honneur aux buts

Real Madrid’s Ferenc Puskas throws flowers to the supporters prior to a game against AEK in 1965
© Getty Images

"Un petit gars rondouillard dont les séances d'entraînement devaient se dérouler au restaurant." Voilà l'extraterrestre qui débarque, pas lourdaud et souffle court, parmi les éphèbes du vestiaire de son nouveau club, un matin de 1958. Au terme d'une légère séance de physique qu'il n'a effectuée qu'à moitié, l'homme ainsi décrit par Ron Greenwood, ancien sélectionneur de l'Angleterre, a bien du mal à retirer le maillot saturé de sueur qui colle à son buste. Puis il se dirige vers les douches.

Ses nouveaux coéquipiers du Real Madrid, qui forment alors une sorte de who's who du football mondial, sont interloqués : à quoi ont pensé leurs dirigeants en engageant Ferenc Puskás ? Le Hongrois n'a pas joué au niveau professionnel depuis deux ans ; il a 31 ans, âge auquel les footballeurs ont plutôt leur carrière derrière eux. Ils ont entendu parler de son penchant pour la bouteille, et sa silhouette trapue, qui ne l'a pas empêché de terroriser ses adversaires au cours de la première moitié de la décennie, s'est considérablement épaissie... Aucun doute là-dessus, cet homme-là n'a plus rien d'un magicien capable d'accomplir des merveilles avec un ballon de football.

Pourtant, les stars merengues vont vite découvrir ce que Puskás est capable de faire avec un objet bien plus commun. "Je lui ai envoyé une savonnette et, sans hésiter, il l'a contrôlée du pied gauche, l'a remontée sur son genou puis a commencé à jongler !", se souvenait Francisco Gento. "Nous en sommes restés sans voix. Vous vous rendez compte, une savonnette !"

Une arme aiguisée
Naturellement, si Puskás était capable de faire obéir une savonnette de la sorte, il était sans nul doute en mesure de commander le ballon avec une précision militaire digne de sa formation dans l'armée. Son arme privilégiée, son pied gauche, possède une puissance et une précision phénoménales. Sa cible favorite ? Les filets adverses bien entendu. Au total, il inscrira 512 buts en 528 matches avec les Merengues, qu'il aidera à remporter, entre autres, trois Coupes d'Europe et cinq Ligas.

Son passage à Bernabeu n'est que l'épilogue d'une carrière époustouflante débutée à Kispest en 1943. En 12 ans dans ce club, rebaptisé Honved en 1949, il a signé 357 buts en 354 rencontres et décroché cinq championnats de Hongrie.

Si ces statistiques lui ont valu la reconnaissance nationale, ses performances avec la sélection hongroise ont fait de lui une légende mondiale. Avec les Magyars Magiques, Puskás décroche l'or olympique en 1952, terrasse l'Angleterre 6:3 à Wembley l'année suivante puis 7:1 six mois plus tard, à Budapest, et remporte la Coupe Internationale d'Europe Centrale 1953, grâce à une victoire 3:0 contre l'Italie à Rome.

Au cours de cette période dorée, les Hongrois réussissent également une série de 32 matches sans défaite, qui prend fin lors du revers 3:2 contre la R.F.A., en finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1954. L'histoire aurait-elle été la même si Puskás, qui a fait ce match sur une jambe, ne s'était pas blessé lors de la large victoire 8:3 face aux Ouest-Allemands en phase de groupes ?

Enfin, rappelons que Puskás a bouclé sa carrière internationale sur l'impressionnant bilan de 83 buts en 84 sélections. Mieux, il a su faire rimer quantité avec qualité. "Il marquait d'innombrables buts après avoir dribblé des adversaires dans des espaces qui n'existaient pas", se remémorait Nandor Hidegkuti, qui l'a longtemps côtoyé en équipe de Hongrie. Le légendaire défenseur central anglais Billy Wright en a d'ailleurs fait les frais. Lors de cette fameuse victoire 6:3 Wembley, le "Major galopant" utilise un imprévisible dribble en retrait pour le tromper et propulser le ballon au fond des filets. "Neuf fois sur dix, j'aurais réussi à prendre ce ballon. Mais cette fois, c'était la dixième et j'avais en face de moi l'inégalable Puskás", se lamentait Wright.

Puissant et précis
Mais Puskás a marqué encore plus de buts sur des boulets de canon longue distance. "Puskás terrorisait les gardiens à 30-35 mètres", se souvenait son ancien coéquipier au Real Raymond Kopa. "Sa frappe n'était pas seulement puissante, elle était aussi précise. Même depuis cette distance, il mettait le ballon exactement là où il le voulait."

Zoltan Czibor, qui a évolué à ses côtés en équipe de Hongrie, a un jour déclaré : "Ses buts étaient d'une régularité, mais aussi d'une beauté incroyables. Il fait partie des meilleurs buteurs de l'histoire, mais c'est lui qui a mis le plus de buts extraordinaires."

Des buts extraordinaires, il y en aura à profusion ce lundi 10 janvier à Zurich, où le titre de la plus belle réalisation 2010 reviendra à Hamit Altintop, Matthew Burrows, Linus Hallenius, Lionel Messi, Samir Nasri, Neymar, Arjen Robben, Siphiwe Tshabalala, Giovanni van Bronckhorst ou Kumi Yokoyama. Le lauréat aura le privilège de recevoir une récompense, le Prix Puskás de la FIFA, instauré pour rendre hommage à un buteur hors normes et un personnage extraordinaire.

"Il avait toujours un moment pour tout le monde. Ce sourire, ce charme… Tout le monde aimait Puskás", racontait l'ancien sélectionneur hongrois Gusztav Sebes en 1969. Cette même année, ils étaient plus de 80 000 à assister à son jubilé contre le Rapid de Vienne. Deux jours plus tard, la finale de la Coupe d'Europe entre l'Ajax et l'AC Milan n'attirait que 32 000 personnes...

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