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Grosics, le rêve retardé d’un gardien en avance

Stan Mortensen challenges Hungarian goalkeeper Gyula Grosics
© Getty Images

Gyula Grosics, gardien hors pair, a dû attendre l'âge de 82 ans avant de réaliser le rêve de sa vie : porter le maillot de Ferencvaros. A l'occasion de l'anniversaire de sa naissance le 4 février 1926, FIFA.com retrace le parcours du héros de la grande Hongrie, disparu en 2014.

Gardien de la grande équipe de Hongrie des années 50, Gyula Grosics a toujours été un précurseur. Novateur sur plan technique et tactique mais aussi dans la mode vestimentaire, ce gardien hors pair aux 86 sélections, qui n'avait rien à envier à son contemporain Lev Yashin, a pourtant dû attendre l'âge de 82 ans avant de réaliser le rêve de sa vie : porter le maillot de Ferencvaros.

Issu d’une modeste famille de mineurs de Dorog, à une quarantaine de kilomètres de Budapest, Grosics était destiné à entrer dans les ordres pour faire plaisir à une mère persuadée qu'il s'agissait du meilleur moyen de rompre avec sa condition. Mais le football fait parfois des miracles et brise des vocations. "La vie réserve parfois des surprises. A l'âge de 15 ans, alors que je n'étais encore qu'un enfant, j'ai joué pour la première fois dans les buts de l'équipe première de Dorog. A partir de ce jour le football est définitivement entré dans ma vie", racontait-il.

La Panthère devance l’Araignée

La vie de Grosics est bouleversée par le football, mais le football est bouleversé par la guerre. La Hongrie suivant la ligne politique de l’Allemagne nazie depuis 1938, le jeune Gyula, 18 ans, voit son éclosion au plus haut niveau repoussée, car tous les garçons âgés de 12 à 21 ans sont obligés de partir travailler en Autriche. Il ne reviendra qu’en août 1945, pour prendre son envol sous les couleurs du Dorogi FC.

Loin d'avoir un potentiel physique exceptionnel (1m77), Grosics compense par une bonne détente, une prise de balle sûre et un grand sens de l'anticipation. Mais sa force réside dans son jeu au pied, digne des meilleurs joueurs de champ, qui lui permet d'être le premier relanceur de son équipe en s'avançant loin de ses buts alors que jusqu'alors, les gardiens étaient cantonnés dans la petite surface. Par ailleurs, lassé de devoir sans cesse changer de couleur de maillot au gré des rencontres, Gyula Grosics prend l'habitude de s'habiller toujours tout en noir.

Un choix qui va rapidement faire boule de neige chez les gardiens du monde entier. La couleur de son maillot et le côté félin de ses interventions lui valent rapidement le surnom de "Panthère Noire", prenant de vitesse Lev Yashin qui devra se contenter de "l'Araignée noire" en raison de la longueur de ses bras.

Une défaite et un cauchemar

Sélectionné pour la première fois en 1947, Grosics intègre une génération de surdoués où il va mûrir en compagnie de Ferenc Puskas, Nandor Hidegkuti, Zoltan Czibor et autres Sandor Kocsis avec qui il va bientôt entrer dans l'histoire. Entre un échec face à l'Autriche (3-5) en mai 1950, et la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1954 contre l'Allemagne de l'Ouest (2-3), les Magyars Magiques vont réussir une incroyable série de 42 victoires 7 nuls, dont des succès retentissants comme les deux victoires consécutives contre l'Angleterre (6-3, 7-1), la première défaite infligée à l'Uruguay en phase finale de Coupe du Monde (4-2) ou la "Bataille de Berne" contre le Brésil (4-2) quelques jours à peine avant le "Miracle de Berne", la défaite en finale qui allait marquer le déclin de cette incroyable armada.

Le but de la victoire inscrit par Helmut Rahn à six minutes du coup de sifflet final sur une glissade de Grosics sur l'herbe mouillée va coûter très cher à la panthère noire. "Aujourd’hui encore, je refais toujours le même cauchemar. Je revois sans cesse ce but de Rahm. D'un seul coup je suis tombé dans un gouffre…", avouait Grosics.

Devenu persona non grata, il continue de garder les buts de Honved et de la Hongrie durant deux autres Coupes du Monde en 1958 et 1962, mais fait l'objet de multiples tracasseries administratives, et même des menaces de la part des autorités, d'autant que le gardien ne cache plus son opposition au régime communiste.

Un match, un hommage

Après l'insurrection de 1956, il rejoint ses coéquipiers partis en tournée en Amérique du Sud. A leur retour à Vienne, certains décident de passer à l'ouest, comme Ferenc Puskas qui rejoint le Real Madrid, alors que Kocsis et Czibor s’engagent à Barcelone. Encore victime de pression politique, Grosics, lui, rentre au pays où il est transféré sans trop avoir le choix à Tatabanya, un modeste club de province. Il y évoluera jusqu'à la fin de sa carrière en 1962, tout en restant le titulaire dans les buts de l'équipe nationale, mais en ruminant un immense regret : ne jamais avoir pu évoluer sous les couleurs de Ferencvaros, le plus prestigieux club hongrois, les autorités s'y opposant.

Mais les grands clubs font souvent de grands actes. En 2008, les dirigeants de Ferencvaros organisent un match amical contre Sheffield United pour lui permettre, une fois dans sa vie, de figurer sur la feuille de match. Très digne, habillé en noir comme d'habitude, ses cheveux blancs soigneusement tirés en arrière, Grosics, 82 ans, prend symboliquement place dans les buts, touche un ballon avant de céder sa place au titulaire Adam Holczer.

Après cet hommage, Ferencvaros retire le numéro 1 en son honneur et fait figurer son nom chaque saison dans la liste de joueurs transmise à la fédération nationale. Quarante six ans après avoir raccroché ses crampons, Gyula Grosics avait enfin réalisé son rêve.

Gyula Grosics, former Hungarian National player
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