Hors Jeu

On se souvient toujours de sa première fois...

Wayne Rooney celebrates scoring a hat-trick against Fenerbahce on his Manchester United debut in September 2004.
© Getty Images

"La première impression que vous donnez est parfois la dernière." L'adage est particulièrement approprié au monde du football. Les débuts d'un joueur restent dans les mémoires et font souvent office de rampe de lancement vers la gloire ou de prélude à un échec à venir. En général, les footballeurs gardent un souvenir très vif de leurs débuts en club ou en équipe nationale. Parfois, ces premiers pas sont effectivement inoubliables. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, comme FIFA.com vous le montre aujourd'hui.

Zizou, comme un Bleu
D'abord, il y a les chanceux. Ceux qui crèvent l'écran du premier coup, qui placent la barre à une telle hauteur qu'elle devient quasiment infranchissable. Zinedine Zidane en a donné l'exemple même. Au moment de faire ses débuts en équipe de France en août 1994, contre la République tchèque, Zizou apprenait encore les rudiments du métier avec Bordeaux. À son entrée sur la pelouse en cours de match, les Bleus sont menés 0:2. Les premiers ballons du jeune meneur de jeu n'augurent rien de bon.

J'ai commencé par tirer un coup franc horrible, puis j'ai enchaîné par deux ou trois passes ratées que même un grand-père aurait réussies...

"J'ai commencé par tirer un coup franc horrible, puis j'ai enchaîné par deux ou trois passes ratées que même un grand-père aurait réussies...", se remémore l'intéressé. Dire que les choses se sont améliorées par la suite relèverait de l'euphémisme. À 22 ans, Zidane sort de sa coquille et à lui seul, permet à l'équipe de France d'arracher le nul. Il marque d'abord d'une frappe tonitruante du gauche, avant de récidiver d'une tête qui va chercher le ballon très haut.

On connaît la suite. Histoire similaire pour Emilio Butragueño, qui fait sa première apparition pour le Real Madrid en février 1984. Il a 20 ans et intègre la Maison blanche d'Alfredo Di Stefano. Lorsqu'il entre en jeu pour la première fois avec les Merengues, le tableau affiche 2:0 en faveur de l'équipe adverse. Butragueño marque deux fois, offre une passe décisive et le géant madrilène s'impose 3:2.

Rooney et Saviola
Wayne Rooney n'est pas en reste. Pour ses premières foulées sous le maillot de Manchester United, en 2004, il devient tout simplement le plus jeune joueur de l'histoire à réussir un triplé en Ligue des champions de l'UEFA. Ce soir-là, les Red Devils battront Fenerbahçe 6:2. Rooney a alors 18 ans, deux de plus que Javier Saviola au moment de disputer son premier match pour le compte de River Plate, en octobre 1998. Après une poignée de séances d'entraînement avec les Millonarios, El Conejo ("le lapin") a l'heureuse surprise de se retrouver sur le banc des remplaçants. Le meilleur est à venir...

"Rien que d'être sur le banc, j'étais aux anges. En fait, j'avais du mal à y croire. Je n'arrêtais pas de regarder le tableau d'affichage pour vérifier que mon nom y était. Ma famille s'est même inquiétée, parce que je n'étais pas rentré à la maison à l'heure habituelle. Je suis arrivé chez moi assez en retard, mais avec une bonne nouvelle. Nous nous sommes tous mis à pleurer."

Le salaire de la peur
À 16 ans, Saviola pouvait profiter d'un anonymat quasiment total, synonyme d'absence de pression. Cela n'est pas toujours le cas pour un nouveau venu dans une équipe, tout particulièrement si le club a déboursé une somme d'argent substantielle pour s'attacher les services de la recrue.

En 1988, Everton dépense deux millions de livres pour engager Tony Cottee, qui devient à l'époque le joueur le plus cher de l'histoire du football britannique. Le jeune londonien évacuera rapidement la pression, en 34 secondes précisément. C'est le temps qu'il lui faut pour marquer le premier but d'un triplé personnel et d'une victoire 4:0 pour les Toffees sur Newcastle United.

Plus récemment, Giampaolo Pazzini n'a pas traîné pour commencer à justifier les 12 millions d'euros déboursés par l'Inter Milan pour lui faire changer d'allégeance. Deux jours après avoir signé en faveur des Nerazzurri, l'ancien pensionnaire de la Sampdoria inscrit deux buts et obtient un penalty lors de la remontée fantastique (victoire 3:2) du club lombard contre Palerme. "Je ne pouvais pas demander mieux", dira-t-il à l'issue de la partie.

Beaucoup plus loin dans les annales, Isidro Langara a donné une leçon d'intégration footballistique. Vétéran de la Coupe du Monde de la FIFA 1934, l'Espagnol émigre en Argentine en 1939, après la guerre civile espagnole. Après avoir effectué le voyage entre l'Europe et l'Amérique du Sud en bateau, il se rend immédiatement à San Lorenzo qui, le jour même, doit défier River Plate. Au sortir de son périple transatlantique, Langara est fatigué et manque sérieusement d'exercice. Qu'à cela ne tienne. Il joue, marque quatre fois en l'espace de 28 minutes et permet au Ciclón de l'emporter 4:2. L'Espagnol pérennisera ses glorieux débuts en marquant plus de 100 buts lors de ses années cycloniques.

Abonnés présents
Pour de rares privilégiés, prendre un bon départ est même une habitude. Jimmy Greaves a connu quatre grands clubs - Chelsea, Tottenham Hotspur, l'AC Milan et West Ham United - et trouvé le chemin des filets autant de fois pour sa première apparition avec chacun d'entre eux. Pour sa première sélection avec l'Angleterre, il n'a pas dérogé à la règle.

Alan Shearer fait lui aussi partie des innocents aux mains pleines. Pour son premier match avec Southampton, il s'offre un hat-trick, améliorant du même coup le record jusqu'ici détenu par Greaves du joueur le plus jeune de l'histoire ayant frappé trois fois du premier coup. Shearer fera également trembler les filets pour son apparition inaugurale avec Blackburn. Même chose avec l'Angleterre...

Certaines entrées en matière sont frappantes, mais pour des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec la réussite. C'est le cas de Marco van Basten et d'Eidur Gudjohnsen. Pour leur baptême du feu avec l'Ajax Amsterdam et l'équipe d'Islande respectivement, le premier entre en jeu en remplacement de son héros, Johan Cruyff, le second en lieu et place d'Arnor Gudjohnsen, son père.

Des débuts triomphaux n'annoncent toutefois pas toujours un long fleuve tranquille. Fabrizio Ravanelli a ainsi entamé sa relation avec Middlesbrough par un triplé contre Liverpool. Au terme de la saison, Boro sera relégué et le renard des surfaces italien quittera le Riverside Stadium.

Pétard mouillé également pour Alvaro Recoba avec l'Inter Milan. En guise d'introduction, il réussit deux buts stupéfiants dans les dix dernières minutes d'une rencontre face à Brescia, permettant aux Intéristes de revenir et éclipsant même les premiers pas d'un certain Ronaldo sous le maillot bleu et noir. Hélas, les lendemains ne chanteront pas pour l'Uruguayen.

Cauchemardesques...
La réussite n'est pas la chose la mieux partagée, certains footballeurs vous le diront. Jonathan Woodgate a dû attendre plus d'un an, suite à une très longue convalescence, pour faire ses grands débuts avec son nouveau club, le Real Madrid. Pour fêter l'événement, il marque un but, mais contre son camp, avant de regagner prématurément les vestiaires pour cause de carton rouge. "Je suis effondré", résume-t-il après le match. Alekansdr Zavarov était annoncé comme le successeur de Michel Platini à la Juventus. Lors de sa première prestation avec les Bianconeri, il dévie un coup franc dans son propre but, avant de se blesser sur un dribble raté.

Rien de plus normal qu'une montée d'adrénaline au moment d'étrenner un maillot. Après avoir patienté pendant plusieurs années, Jason Crowe est lancé dans le grand bain avec Arsenal. Trente-trois secondes exactement après ses premières foulées contre Birmingham City, il tacle brutalement Martin O'Connor, ce qui lui vaut un carton rouge direct, l'un des plus rapides de l'histoire du football anglais. Il jouera encore deux fois avec les Gunners, avant d'être prié d'aller voir ailleurs.

Si Crowe a manqué de veine, alors Stanley Milton a redoublé de malchance. À peine arrivé à Halifax, le nouveau portier des Shaymen est allé chercher le ballon dans son but pas moins de 13 fois. Ce 13:0 reste d'ailleurs la plus lourde défaite à ce jour dans la ligue anglaise de football.

... Mais surmontables
Heureusement, de mauvais débuts ne conduisent pas systématiquement à la catastrophe. Bien au contraire. Ainsi, Patrice Evra n'oubliera pas de sitôt sa grande première avec Manchester United. Après avoir connu un véritable calvaire en première période face à Trevor Sinclair, le Français est remplacé à la pause, ce qui n'empêche pas les hommes de Ferguson de s'incliner 3:1 face à Manchester City. Aujourd'hui, l'ancien Monégasque est l'un des meilleurs du monde à son poste.

L'une des particularités d'Henrik Larssonà son arrivée au Celtic était de porter des dreadlocks. L'autre a été d'avoir suscité le gros titre suivant après son premier match en vert et blanc : DREAD LOSS (comprenez "grosse défaite"). La raison ? La principale contribution du Suédois pour son match inaugural en Écosse a été une passe décisive à l'intention d'un adversaire, Chic Charnley, qui inscrira le but de la victoire (2:1) pour Hibernian. Larsson fera même une autre bévue en marquant contre son camp pour sa première sortie avec le Celtic en Coupe d'Europe, mais se rachètera généreusement en marquant 174 fois au cours des sept années qu'il passera chez les Bhoys.

Lilian Thuram revêt le maillot de Monaco pour l'un de ses premiers matches à l'occasion d'un déplacement Metz. C'est un joueur messin justement, François Calderaro, qui se chargera du bizutage en lâchant un retentissant "Passe au gardien !" sur une passe en retrait au portier monégasque. Thuram s'exécute et l'attaquant lorrain en profite dûment pour marquer l'un des deux buts de la victoire lorraine...

Les plus grands joueurs de la planète non plus ne sont pas insensibles aux voies du destin. Pour son premier match en oranje, Johan Cruyff a été exclu. Idem pour Lionel Messi, 40 secondes après son entrée en jeu contre la Hongrie, pour un bras qui a fini sa course dans le visage du défenseur Vilmos Vanczak. "Je n'avais pas envisagé les choses comme ça", commentera la star argentine à la fin du match. Dans ces deux derniers cas, la première impression n'a pas été la bonne. Comme quoi il existe des exceptions à tout, même aux proverbes...

Explorer le sujet

Articles recommandés