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Le Trésor des Bleus

© Getty Images

A l'occasion de l'anniversaire de Marius Trésor le 15 janvier, FIFA.com revient sur la carrière du légendaire défenseur de la France et de Bordeaux.

Dans l'histoire du football, nombreux sont les défenseurs restés dans l'ombre. Sentinelles besogneuses ou tout simplement hommes de devoirs, ils sont bien souvent éclipsés par les magiciens offensifs. Et puis il y a les autres. Ceux qui, touchés par la grâce, disposent de qualités techniques hors du commun leur permettant de devenir de vrais artistes des lignes arrières. Au même titre que Franz Beckenbauer, Carlos Alberto, Giacinto Facchetti ou plus récemment Laurent Blanc, Marius Trésor est de ceux-là.

Il faut dire que le Guadeloupéen n'était à priori pas destiné à jouer défenseur. "Je dois beaucoup à l'AC Ajaccio et à Alberto Muro qui m'a déplacé à ce poste", confiait-i à à FIFA.com. "Quand je suis arrivé des Antilles, j'étais avant-centre". La France peut être reconnaissante envers l'ancien entraîneur argentin de l'ACA…

Car Marius Trésor n'a pas seulement été un bon défenseur. Il s'est révélé être l'un des meilleurs de l'histoire du football tricolore. Quinze années passées sur les terrains (65 sélections, quatre buts) lui ont même permis d'intégrer en 2004 le FIFA 100.

"Mes deux Coupes du Monde demeurent parmi les plus grands souvenirs de ma carrière. En 1978, c'était une grande fierté d'appartenir à l'équipe qui, 22 ans après l'Angleterre, avait à nouveau qualifié la France. Mais c'est sans doute aussi ce qui nous a joué un mauvais tour. Nous sommes arrivés en Argentine avec le sentiment du devoir accompli, alors que tout ne faisait que commencer. Cela laisse un goût amer… En même temps, cette année-là, l'Argentine était tout simplement inarrêtable".

*Retour en force * Alors la France va revenir encore plus forte quatre ans plus tard. Pourtant, une préparation négociée dans la douleur, une première défaite devant l'Angleterre (1:3) et la presse française voit déjà les *Bleus *rentrer à la maison dès le premier tour. "On peut faire des rapprochements entre notre parcours en 1982 et celui de 2006. A ceci près - et cela fait une grosse différence selon moi - que Zidane et consorts sont tombés en finale.

Personne ne croyait vraiment en nous après la désillusion de 1978 et dès la première défaite, il y a eu dans le groupe un sentiment de révolte qui nous a permis de faire le parcours que l'on sait. Mieux vaut toujours commencer doucement". Et finir en apothéose… ou presque.

L'histoire a depuis retenu que cette année-là, la France s'est arrêtée en demi-finale devant la République fédérale d'Allemagne. Une rencontre qui restera à jamais comme l'une des plus éblouissantes de la Coupe du Monde de la FIFA.

Ce match si spécial, Trésor parvient désormais à l'analyser avec recul. "Nous avons fini par nous calmer. Nous savons bien que nous ne referons jamais le monde…" Tout a commencé par ce but de Pierre Littbarski dès la 17ème minute. "Nous étions un peu amorphes, cette ouverture du score a eut le mérite de nous réveiller et de nous lancer sur la bonne voie". La France revient donc au score grâce à Michel Platini (26').

Puis la deuxième mi-temps est marquée par un incident qui reste pour beaucoup le tournant du match. "Finalement je n'en veux pas à Toni Schumacher (le portier allemand avait violemment percuté Patrick Battiston) mais plus à l'arbitre de n'avoir rien sifflé. Cet incident nous est longtemps resté en travers de la gorge. Le lendemain du match, nous étions à l'aéroport avec les Allemands et voir Schumacher rire avec ses dirigeants a été dur à vivre. Il a même fallu retenir Jean Tigana…"

Chef d'oeuvre inutile
Un peu plus tard dans la soirée, après seulement deux minutes en prolongation, Trésor marque l'un des plus beaux buts de sa carrière. A la réception d'un coup franc d'Alain Giresse, le libéro des Bleus envoie une volée sous la barre. "Comme quoi les défenseurs sont aussi capables de gestes techniques (rires). Horst Hrubesch me marquait. Il était plus grand que moi et je savais bien que je ne pourrais pas prendre le dessus de la tête. J'ai donc décidé de courir très vite au second poteau puis de revenir aussi sec dans l'axe. Comme il était plus lourd que moi, il n'a pas pu me suivre".

Malgré deux buts d'avance après une réalisation de Giresse, la France est finalement rejointe, puis éliminée aux tirs au but. "Nous avons très mal géré la fin de match. Nous avons eu ce mauvais réflexe très français de vouloir continuer à faire le jeu. Nous avons oublié qu'il y avait une finale trois jours plus tard. Nous aurions très bien pu faire tourner le ballon. Mais on ne savait pas faire cela à cette époque. Et c'était sans compter sur la pugnacité des Allemands. Leur deuxième but nous a coupé les jambes…"

Trésor de famille
 Deux ans plus tard, Trésor se voit contraint à 34 printemps de mettre un terme à sa carrière. Suite à deux opérations du dos, son corps dit stop. Il décide alors de devenir attaché commercial. "C'était trop dur pour moi de rester dans le foot et de voir les copains sur le terrain alors que je ne pouvais plus le faire". Sa 'nouvelle carrière' durera trois mois. "Je me suis très vite rendu compte que le football était toute ma vie. J'ai donc accepté la main tendue par le Président Claude Bez et suis revenu aux Girondins de Bordeaux".

Car s'il a passé le majeure partie de sa carrière (huit saisons) à l'Olympique de Marseille - "Malgré un palmarès quasi-vierge avec cette équipe, je n'ai pas le moindre regret d'y avoir joué. Ne serait-ce que pour l'atmosphère autour du club. Si cela n'avait tenu qu'à moi, j'y serai resté" -, c'est à Bordeaux que Trésor restera à jamais attaché. "Je suis arrivé à un moment (1980) où le Président voulait construire une équipe capable de retrouver l'Europe. Et nous l'avons fait tous les ans. Si je ne devais garder qu'un match, il s'agirait de ce retour de Coupe de l'UEFA 82/83 face à l'Hajduk Split que nous avions remporté 4:0 après avoir perdu 1:4 à l'aller".

Toujours actif dans le club de son cœur, depuis la fin de sa carrière, il a tour à tour - et parfois en même temps - occupé les fonctions de responsable des relations publiques, entraîneur des minimes, des 15 ans, superviseur, attaché de presse, ou entraîneur de la réserve. "C'est bien qu'un club puisse s'appuyer sur ses anciens. Bordeaux est comme une famille." Une famille qui compte dans son patrimoine un inestimable Trésor.

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