Pays-Bas

Van Gaal : "Guardiola a toujours aimé parler de tactique"

Louis van Gaal
© Getty Images
  • Van Gaal révèle l'obsession de Guardiola pour la tactique lorsqu'il était jeune
  • "La valeur n'attend pas le nombre des années", estime l'ancien entraîneur néerlandais
  • Le football est-il plus important en Allemagne, Angleterre, en Espagne ou aux Pays-Bas ?

Le monde du football n'est pas prêt d'oublier Louis van Gaal. Cet ancien professeur de gymnastique a été un entraîneur unique en son genre : il fredonnait des chansons des Beatles et faisait l'éloge de la cuisine chinoise au cours des conférences de presse, simulait des coups de pied de kung-fu et jouait la comédie porte-documents en main, s'adressait à Chris Smalling en l'appelant "Michael" et "Mike", sans compter les propos irritants qu'il pouvait tenir à l'encontre de l'équipe adverse après une victoire.

Ce roi de la tactique a évolué au poste d'entraîneur pendant 14 saisons - dont quatre à l'AZ Alkmaar, éternel outsider de l'Eredivisie néerlandaise - remportant au passage sept championnats nationaux ainsi qu'une Ligue des champions de l'UEFA. Il a également été l'architecte de la lourde défaite infligée par les Pays-Bas à l'Espagne à Brésil 2014 et de l'excellent parcours des Oranjes, qui sont montés sur la troisième marche du podium de cette Coupe du Monde. Peu après avoir annoncé son départ à la retraite, l'ex-entraîneur revient sur sa carrière avec FIFA.com.

*M. Van Gaal, comment occupez-vous désormais votre temps libre ?
*
J'ai développé une stratégie pour vieillir avec ma femme, mes enfants et mes petits-enfants. Nous vendons les maisons dans lesquelles nous vivions et achetons de nouvelles maisons avec des installations hôtelières. Et dans les meilleurs endroits. Ensuite, je joue beaucoup au golf et au tennis. Et je suis le monde du football. Je regarde 

Edwin van der Sar, Frank Rijkaard, Edgar Davids, Clarence Seedorf, Jari Litmanen… Comment jugez-vous avec le recul la qualité de l'Ajax Amsterdam de 1994/95, auteur du doublé championnat néerlandais-Ligue des champions de l'UEFA ?
Pour s'en rendre compte, il fallait voir l'Ajax en action à cette époque. Pendant la saison 1994/95, nous avons perdu un seul match : c'était contre Feyenoord, en quart de finale de la Coupe des Pays-Bas, après prolongation. À part ça, nous n'avons perdu aucun match de championnat ni de Ligue des champions et ça, je crois qu'aucune autre équipe ne l'a fait. Cette saison-là, nous avons joué trois fois contre l'AC Milan, les champions en titre, une excellente équipe dont tout le monde parlait, et nous avons gagné à chaque fois.

L'équipe actuelle doit également vous impressionner. Qu'avez-vous pensé de la qualification pour les demi-finales de la Ligue des champions décrochée sur le terrain de la Juventus ?
La deuxième période était fantastique. Un football créatif avec un bon équilibre entre attaque et défense, c'est la clé ! L'Ajax a tellement de joueurs créatifs. Je l'avais déjà dit après avoir vu les matches contre le Bayern Munich en phase de groupes : l'Ajax peut aller au bout, même si les meilleures équipes sont toujours en course.

Louis van Gaal and his Ajax squad celebrate victory over Torino in the 1992 UEFA Cup final
© Getty Images

Patrick Kluivert, alors âgé de 18 ans, a marqué le but décisif lors de la dernière de ces trois rencontres. Est-il le symbole de votre politique de donner leur chance aux jeunes ?
Pour moi, c'est normal, mais la plupart des entraîneurs hésitent beaucoup à le faire. Les jeunes ont moins d'expérience, c'est vrai, mais s'ils sont bons, ils doivent jouer. Je leur donne leur chance s'ils sont doués et s'ils sont une source d'inspiration pour le reste de l'équipe. Les joueurs plus expérimentés enclenchent souvent le pilote automatique alors que les jeunes jouent de manière plus intuitive. C'est pour ça que j'ai toujours préféré les petits effectifs : pour donner une chance aux jeunes. Par exemple, lorsque je suis arrivé à Manchester United, il y avait plus de 35 joueurs sous contrat. J'en ai vendu pas mal pour n'en garder que 23, ce qui a permis aux jeunes de jouer et ça, c'est très important. Marcus Rashford et Jesse Lingard sont sortis du centre de formation et le club a fait signer des jeunes comme Luke Shaw et Anthony Martial. Je suis fier qu'ils jouent encore pour l'équipe d'Ole Gunnar Solskjær et qu'ils soient devenus porteurs de la culture de Manchester United, comme l'ont été pendant longtemps Carles Pujol, Xavi, Andres Iniesta et Victor Valdes à Barcelone.

Durant votre première saison au FC Barcelone, vous avez entraîné Luis Figo et Rivaldo, deux grands noms du football. Que pensez-vous de ces deux joueurs ?
Figo n'avait pas qu'une qualité élevée dans le jeu : on pouvait compter sur lui à chaque match et c'était un gagnant. Quant à Rivaldo, il avait bien sûr beaucoup de talent, il marquait beaucoup de buts, mais on ne pouvait pas toujours compter sur lui. Ça dépendait des moments.

Vous avez également pris Pep Guardiola sous votre aile au Camp Nou. Pouviez-vous alors déjà l'imaginer en tant qu'entraîneur ?
Quand je suis arrivé, il n'était pas capitaine, c'est moi qui lui ai confié le brassard dès ma première année à Barcelone. De toute façon, ça a toujours été lui le capitaine sur le terrain, un vrai capitaine. C'est pour ça que j'ai toujours su qu'il serait un jour entraîneur, contrairement à Luis Enrique, qui jouait plus à l'intuition et n'a jamais discuté tactique avec moi. Les joueurs que je voyais bien devenir entraîneurs portaient généralement le brassard avec moi. Le capitaine doit s'occuper non seulement de son poste, mais aussi des besoins de l'équipe, et c'est exactement ce que faisait Guardiola. Pour ce qui est de la tactique, on pouvait en parler pendant des heures ! (rires) Il adorait ça. Le moins qu'on puisse dire au sujet de Guardiola, c'est qu'il avait de la personnalité. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je l'ai nommé capitaine. À un moment, le groupe n'était pas d'accord avec ma décision d'exclure Hristo Stoichkov de l'entraînement avec l'équipe première, et Guardiola est venu me le dire. C'était courageux.

La prochaine Coupe du Monde de la FIFA aura lieu en 2022. Si un pays venait vous voir peu avant le tournoi et vous demandait de l'entraîner, l’envisageriez-vous ?
Une Coupe du Monde est toujours spéciale parce que c'est la plus haute scène sur laquelle vous pouvez montrer vos capacités en tant que joueur ou entraîneur, et en tant qu'équipe. Je considérerai chaque offre. Je l’ai déjà fait au cours des trois dernières années. L’année dernière, j’ai eu quelques grandes opportunités qu’il était très difficile de refuser. Donc, oui, je le considérerai, mais maintenant, il est plus facile de dire non. Si c’est une grande opportunité, je le ferai peut-être. Cela dépend aussi de ce que je ressens à ce moment-là. En ce moment, je profite de notre nouveau style de vie.

Au Brésil en 2014, les Pays-Bas ont commencé avec un  de la Coupe du monde: un exploit, une victoire 5-1 contre l’Espagne, championne du monde et d’Europe en titre. Comment avez-vous trouvé la tactique pour maîtriser le tiki-taka ?
J’ai décidé de jouer en contre parce que les joueurs espagnols étaient supérieurs aux miens. Cela a incité les défenseurs espagnols à jouer haut sur le terrain, et en attaque j'avais des joueurs - Arjen Robben et Robin Van Persie - de la plus haute qualité. Et je savais qu’avec Wesley Sneijder et Daley Blind, j'avais des joueurs avec la capacité de trouver ces deux joueurs. C’était très difficile de jouer un système différent de ce que nous avions fait lors de notre campagne de qualification, mais l'avantage était que je savais que nous pouvions toujours revenir à notre style classique. Et nous avons réussi à adapter notre système dans différents matches. Par exemple, contre le Mexique, nous étions en train de perdre, alors j'ai dû changer les choses et nous avons remonté deux buts pour gagner dans le style hollandais classique.

En quart de finale contre le Costa Rica, pouvez-vous nous parler de votre décision de faire participer Tim Krul à la séance de tirs au but ?
Avant la Coupe du Monde, nous savions que notre gardien de premier choix, Jasper Cillessen, n’était pas à l’aise sur les pénalités. Depuis, il en a arrêté quelques-uns, mais à ce moment-là, il n’avait pas arrêté un pénalty. Nous avions deux autres gardiens et je pensais que Tim Krul, en raison de sa stature, sa taille, sa puissance physique, sa portée, serait le meilleur candidat. Et nous pensions qu'en faisant intervenir un autre gardien aux tirs au but, nous mettrions la pression sur nos adversaires. Ils verraient ce grand gardien entrer juste pour les tirs au but et se diraient : "C’est un spécialiste, il arrête tous les tirs au but", et cela jouerait dans leur tête.

Les Pays-Bas ont battu l'Espagne 5-1, le Chili 2-0, le Brésil 3-0 et ont joué un beau football. Pensez-vous que vous avez été la meilleure équipe à cette Coupe du Monde ?
Non… Ou peut-être. Je crois au pouvoir de l'équipe, pas au pouvoir d'un seul joueur. Lionel Messi était ce personnage pour l'Argentine. Je pense qu'en raison de l'esprit d'équipe et de la tactique, nous aurions pu gagner la Coupe du Monde. L’Allemagne a mérité de gagner, mais je pense que si nous l’avions affrontée en finale, nous aurions eu une bonne chance.

Outre l'Espagne et les Pays-Bas, vous avez été entraîneur en Allemagne et en Angleterre. Lequel de ces quatre pays accorde le plus d'importance au football ?
C'est l'Angleterre. Les supporters anglais sont plus passionnés. Ils vivent et respirent le football. Là-bas, le foot est très important pour les gens, beaucoup plus qu'en Espagne et en Allemagne, quoiqu'un peu plus en Espagne qu'en Allemagne. C'est aussi important aux Pays-Bas, mais pas autant qu'en Angleterre ou en Espagne.

Avez-vous aimé travailler en Angleterre ?
J'ai beaucoup aimé travailler là-bas pour l'ambiance, les terrains en parfait état et les stades pleins à craquer et toujours très bruyants. Et aussi pour l'intensité du foot, avec cette pression de tous les instants dans le jeu. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai terminé en Angleterre. J'étais sur le point de partir à la retraite après mon deuxième mandat de sélectionneur des Pays-Bas, mais j'ai reçu beaucoup d'offres d'Angleterre et je me suis dit que je voulais entraîner là-bas au moins une fois dans ma vie pour que tous mes rêves soient réalisés. Et c'est ce que j'ai fait. Le seul aspect négatif, c'est que trop d'équipes garent le bus dans la surface.

Quels sont les meilleurs joueurs que vous ayez entraînés au cours de votre carrière ?
Je mise toujours sur le côté humain, alors je ne donnerai pas le joueur le plus créatif ou le meilleur buteur, mais plutôt celui qui fait jouer l'équipe. Par exemple, Stefan Pettersson et Litmanen, les joueurs scandinaves de mes premières années à l'Ajax ; Luis Enrique et Luis Figo à Barcelone ; Phillip Lahm et Bastian Schweinsteiger au Bayern ; et je vais aussi citer un Néerlandais, Arjen Robben. Je l'ai acheté au Real Madrid pour le Bayern Munich. Il a tout de suite joué un rôle important au Bayern, et plus tard pour moi en équipe des Pays-Bas. Il était non seulement créatif et performant, mais aussi très professionnel, et ça, c'est rare pour un joueur de sa stature.

Arjen Robben of Muenchen celebrates scoring the 3rd team goal with his head coach Louis van Gaal
© Getty Images

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