Historia

Le Vieux Lion rugit encore

Deux Coupes d'Afrique des Nations (1984 et 88), autant de Ballons d'Or africains (76 et 90), de Coupes de France (80 et 81), de Coupes d'Afrique des vainqueurs de coupes (75 et 76), un championnat du Cameroun (72)… Tel est le rapide aperçu que l'on peut faire du palmarès de Roger Milla. A cela s'ajoute une multitude d'honneurs comme membre du FIFA 100 (club très fermé des 100 joueurs du siècle de l'instance faîtière du football), footballeur africain du siècle, joueur camerounais du siècle, Chevalier de la légion d'honneur…

"Je ne peux pas préférer l'un ou l'autre de mes titres", nous a-t-il déclaré dans une entretien exclusif. "A n'importe quel moment de ma carrière, j'ai toujours reçu ces honneurs avec un immense plaisir".

Il faut dire que le Vieux Lion - comme le surnomme affectueusement les Camerounais - a du s'y habituer bien vite. "Je ne m'attendais pas à autant de succès, et surtout pas si vite (ndlr : il s'est imposé parmi les meilleurs joueurs du championnat camerounais à tout juste 18 ans…). Quand on démarre une carrière de footballeur professionnel, on part un peu dans l'inconnu. Je ne savais pas quelles difficultés j'allais trouver en chemin. Mais j'ai très vite eu la chance d'évoluer avec de formidables coéquipiers. J'ai ainsi pu progresser et vite gagner des titres".

A cette époque, le grande AS Saint-Etienne voulait déjà acquérir le prodige. Mais devant la refus des dirigeants du football camerounais, le petit Roger va devoir attendre sept ans avant de quitter le continent pour la France, et plus précisément Valenciennes.

"J'ai de suite été très bien accueilli par la communauté africaine du Nord". Un amour du public qui va le poursuivre tout au long de sa carrière en France. "

Sans les supporters, vous n'êtes rien

. C'est avec eux que je garde mes meilleurs souvenirs".

Au fil de ces années valenciennoises, monégasques, bastiaises, stéphanoises et montpelliéraines (312 matches et 111 buts), Milla devient l'un des meilleurs avant-centres de la planète. Pourtant, il ne quitte jamais l'Hexagone : "A cette époque, les agents n'existaient pas. Il n'était donc pas évident de pouvoir être placé à l'étranger. C'est vrai que ça été un regret, j'aurais aimé évolué en Allemagne, en Espagne ou en Italie. Mais j'ai compensé par les titres".

En 1982, il dispute sa première Coupe du Monde de la FIFA avant de prendre sa retraite internationale en janvier 1988 pour cause de mauvaises relations avec les instances dirigeantes de son pays. Mais alors qu'Italie 90 arrive à grands pas, le Cameroun se mobilise pour faire revenir l'enfant chéri. Peu importent alors ses 38 ans.

"L'une des mes plus grandes fiertés réside dans le fait que c'est le peuple camerounais qui m'a poussé à revenir. En faisant mon retour dans la sélection, j'avais été très bien accueilli par les jeunes mais moins par les anciens qui avaient été ligués contre moi. Tout est rentré dans l'ordre dès que j'ai marqué. Les anciens sont même venus s'excuser, je ne pouvais pas leur en vouloir".

Au-delà même du formidable parcours des Lions indomptables sur les pelouses italiennes, le huitième de finale de Naples face à la Colombie restera à jamais comme l'un des matches les plus aboutis de la carrière de Milla. Dans une rencontre âpre et après avoir ouvert le score juste avant la fin de la première mi-temps de la prolongation (105'+1), il vient presser René Higuita et bénéficie de l'erreur du portier colombien pour doubler la mise (109').

"Puisque j'avais évolué auparavant avec Carlos Valderrama à Montpellier, je m'intéressais parfois au jeu de la Colombie. J'avais plus particulièrement étudié celui d'Higuita et avais donc décidé de toujours le presser pour espérer une erreur. C'est comme ça que j'ai pu en profiter. En vrai renard (rires)".

Comme pour chacune de ses quatre réalisations dans la compétition, les images de sa danse près du poteau de corner font encore le tour des télévisions du monde entier. "

Cette makossa, je ne l'avais pas du tout préparée

. Je voulais juste trouver une célébration symbole de partage avec tous ceux qui m'avaient toujours soutenu".

De ses trois Coupes du Monde de la FIFA (82, 90 et 94), le Vieux Lion conserve surtout un souvenir ému de la première, en Espagne. "Selon moi c'est notre meilleur mondial. Certes nous avions été éliminés dès le premier tour, mais non sans avoir réalisé trois nuls face au Pérou (0:0), à la Pologne (0:0) et l'Italie (1:1). Ces deux dernières équipes ayant respectivement terminé troisième et championne du monde. En 1990, j'avais aimé la manière dont le peuple italien nous avait soutenu. Mais le niveau de jeu n'était pas aussi bon. Je n'ai pas pris le même plaisir".

Aujourd'hui, c'est en aidant les autres que Roger Milla prend le plus de plaisir. Ambassadeur itinérant du Cameroun et de l'ONUSIDA, il contribue à sensibiliser la jeunesse africaine aux risques du virus. "Nos forces vives doivent comprendre que cette pandémie existe, qu'elle a beaucoup tué et qu'elle continuera à le faire. Il faut inciter le plus grand nombre à se protéger.

Le continent a besoin de ses enfants

".

Ce continent africain qu'il aime tant et qui s'apprête à vivre une grande fête en 2010. "Par mon rôle d'ambassadeur, je cherche à montrer que l'Afrique est capable d'organiser une Coupe du Monde aussi belle que les précédentes. Il faut aussi que tous les peuples d'Afrique se reconnaissent dans cet événement".

Mais puisque l'humilité et le don de soi sont les qualités premières de cette immense figure du football mondial, il faut gratter encore et toujours pour apprendre comment il occupe ses rares moments de liberté.

"Il me reste encore ma Fondation 'Cœur d'Afrique' qui vient en aide aux pygmées de l'est du Cameroun et aux orphelins et enfants des rues de Yaoundé. Nous visons aussi à réinsérer les anciennes gloires du sport camerounais. C'est triste de savoir que beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui clochards. Je tiens d'ailleurs à remercier le Président Blatter pour sa visite de l'an dernier et les stages d'apprentissage du métier d'entraîneur qu'il a rendu possible".

Va-t-il seulement s'arrêter un jour ? A bientôt 56 ans, Roger Milla pourrait aspirer à un repos bien mérité. "Ah ça non ! J'ai encore plein de projets en tête. Le prochain sera de créer une école pour les avant-centres en herbe de mon pays. Je veux dénicher et faire progresser les futurs Samuel Eto'o". Mais croyez-nous, le nouveau Milla, lui, n'est pas prêt de voir le jour…

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