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Wicky : "La Suisse a un énorme potentiel"

Raphael Wicky a fait ses débuts avec la Suisse en avril 1996, deux jours avant ses 19 ans. À l'époque, les Helvètes occupaient la 26ème place du Classement mondial FIFA/Coca-Cola. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et la *Nati *s'invite régulièrement parmi le Top 10 de la hiérarchie internationale.

À 37 ans, Wicky affiche 75 sélections au compteur. Il a été le témoin et l'artisan d'une période importante dans l'histoire du football suisse. Passé par le FC Sion, le Werder Brême, l'Atlético de Madrid, Hambourg ou encore Chivas, le Suisse a mis un terme à sa carrière en 2009. Les émotions vécues pendant la Coupe du Monde de la FIFA 2006™ et les UEFA EUROS 1996 et 2004 resteront comme les temps forts de son aventure en sélection.  

L'ancien milieu de terrain est aujourd'hui consultant à la télévision et entraîneur des U-18 du FC Bâle. FIFA.com l'a rencontré.

Quel regard portez-vous sur l'évolution du football suisse, six ans après avoir raccroché les crampons ?
Depuis une décennie, les progrès sont constants. Ils sont dus à l'excellent travail que nous réalisons dans le domaine de la formation depuis une douzaine d'années. Nous avons complètement revu notre copie. La Suisse n'est pas un grand pays, mais elle sort régulièrement de très bons joueurs. Notre championnat est un excellent tremplin pour les espoirs. Ils peuvent disputer 50, 70 ou même 100 matches ici, avant de rejoindre une compétition plus huppée. L'équipe nationale tire les bénéfices de cette situation. Ce groupe possède un énorme potentiel et il est encore très jeune.

*Quels sont les points forts de la Suisse ? *Ils ont un peu évolué depuis sept ou huit ans. Nous étions avant tout très rigoureux, à l'image de notre mentalité, mais nous manquions de créativité. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'internationaux issus de l'immigration. Ils apportent cette petite touche de folie qui fait la différence. Je pense aux Xherdan Shaqiri, Granit Xhaka ou Blerim Dzemaili, des joueurs précieux sur le plan offensif. En ce moment, l'équilibre entre les défenseurs rigoureux et les attaquants talentueux me paraît très intéressant.  

Quelle part du mérite revient à l'ancien sélectionneur Ottmar Hitzfeld ?
Une grande, car il a façonné l'équipe ces dernières années. Il nous a également inculqué cette mentalité de vainqueur qui nous a parfois fait défaut par le passé. En tant qu'ancien de Dortmund et du Bayern Munich, c'est quelque chose qu'il maîtrise parfaitement. 

En 2007, la Suisse avait créé la surprise en remportant la Coupe du Monde U-17 de la FIFA au Nigeria. Ce triomphe a-t-il compté dans le développement de l'équipe nationale ?
Cet événement a été très important. Je crois même qu'il a fait le tour du monde. Pour un petit pays comme la Suisse, remporter une compétition de cette ampleur, c'est extraordinaire. Notre triomphe témoigne de la qualité du travail réalisé au niveau de la formation. Cette victoire nous a confortés dans nos certitudes et elle nous a encouragés à travailler encore plus dur dans ce domaine. C'est aussi une formidable motivation pour les jeunes qui veulent se lancer. Ça prouve qu'il y a un avenir pour eux. Depuis, cinq ou six anciens champions du monde U-17 ont été appelés avec la Suisse. C'est une proportion importante. Ce n'est pas parce qu'on remporte une Coupe du Monde U-17 que les 11 titulaires vont immédiatement intégrer l'équipe nationale. Il reste encore du chemin à parcourir.  

Pensez-vous que la Nati *peut aller encore plus loin que son huitième de finale à Brésil 2014 à l'avenir ?
L'équipe peut encore progresser, car elle est relativement jeune. Des internationaux comme Philippe Senderos ou Johan Djourou, qui approchent la trentaine, apportent un peu d'expérience. Mais nous n'avons pas de "vieux" à proprement parler. Le groupe est majoritairement constitué de jeunes ambitieux, qui vont tirer profit de ce qu'ils ont vécu en 2010 et en 2014. Ils auront encore progressé en 2016 et 2018. Je crois donc que cette équipe peut faire mieux. Néanmoins, il faut rester réaliste. La Suisse est un petit pays de football. Passer la phase de groupes d'une Coupe du Monde ou d'un Euro, c'est déjà un bel exploit pour nous. Mais je reconnais qu'il est particulièrement frustrant de quitter une compétition après avoir livré un match aussi fabuleux que celui face à l'Argentine (
0:1 a.p.*).

Comment expliquez-vous les débuts difficiles dans les qualifications pour l'UEFA EURO 2016 ? *Les raisons sont multiples. Pour commencer, Vladimir Petkovic n'a eu aucun match amical pour tester son équipe avant d'entamer son parcours. Ça n'aide pas. Ensuite, il faut bien reconnaître que l'Angleterre possède une équipe redoutable, ce qui en fait un premier adversaire difficile à gérer. Ça n'était pas forcément mérité au vu de la rencontre, mais une défaite contre les Anglais reste acceptable. Ensuite, nous sommes rentrés dans une dynamique négative, malgré une bonne première mi-temps contre la Slovénie. Ces dernières années, j'ai rarement vu une Suisse aussi ambitieuse ou qui se procurait autant d'occasions. Nous avons perdu quand même. Trois ou quatre jours plus tard, nous avons eu la possibilité de remettre les pendules à l'heure et nous ne l'avons pas laissé passer.   
*
Quelles sont les différences entre l'ancien et le nouveau sélectionneur ?

Que ce soit en sélection ou en clubs, les équipes de Hitzfeld pratiquent toujours un football clair, organisé et rigoureux. Avec lui, la Suisse ne faisait pas toujours le spectacle, mais les résultats étaient au rendez-vous. Il a toujours dit qu'il faudrait le juger aux résultats et ceux-ci lui ont donné raison. C'était sa grande force. Maintenant, il faut laisser un peu de temps à Petkovic pour qu'il puisse imprimer sa propre marque sur cette équipe.

Que peut espérer la Suisse à un peu plus d'un an de l'Euro ?
Je pense que nous nous qualifierons, car nous avons du potentiel et une équipe qui fonctionne bien. Mais nous n'avons plus le droit à l'erreur. Compte tenu de ses qualités, l'équipe doit pouvoir aller au-delà de la phase de groupes, quels que soient les noms de ses adversaires. Ce sera une fois de plus notre objectif en France.

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