Des présidents qui l'avaient précédé à la tête de la FIFA, qui resterait dans l'Histoire ? A cette question, João Havelange, président de la FIFA de 1974 à 1998, nous avait confiés : "Avant moi il y eut Jules Rimet. Les autres, je ne sais pas". Sa place dans le Panthéon du football, le Français Rimet la doit d'abord à la Coupe du Monde, qu'il rêva avant de lui donner vie. Mardi 18 mai 2004, la FIFA a fait déposer une gerbe sur la tombe de cet humaniste, presque doux rêveur, qui dirigea la FIFA entre 1921 à 1954. FIFA.com a retrouvé son petit-fils, Yves Rimet, qui avait effectué le tirage au sort de la Coupe du Monde de la FIFA, France 1938 (photo) pour son grand-père.

Cette photo de 1938 est historique. Pouvez-vous nous raconter la scène ?
Je ne voulais pas y aller. Comme tous les enfants, j'étais très timide. Quand on m'a amené à la porte du salon de l'Horloge, j'ai vu tout ce monde, j'ai eu encore plus peur. Dès que j'ai vu mon grand-père devant la table, je me suis précipité pour le rejoindre. Je ne voyais que lui ! Ensuite, je me souviens tirer les boules bien sûr. Les questions des journalistes, aussi. Je n'avais pas dû réussir un tirage au sort très favorable… Je me rappelle les petits cadeaux des délégations, notamment une francisque italienne qui me plaisait beaucoup et que j'ai toujours voulu garder.

Votre grand-père vous parlait-il de son travail à la FIFA ?
La guerre de 1914-1918 l'avait conforté dans sa volonté d'utiliser le football pour rapprocher les peuples. Il était intarissable sur le sujet, tandis qu'il parlait peu du Jeu en tant que tel, que lui-même avait d'ailleurs peu pratiqué. Tous les clubs qu'il a fondés ne tournaient pas autour du football. Au Red Star, il y avait de l'escrime, de l'athlétisme, de la littérature… En somme, mon grand-père n'était pas un grand sportif (rires) ! J'ai aussi des lettres de sa main. Au Congrès d'Amsterdam, en 1928, il se livre à une analyse étonnante des forces en présence et de ce qu'il voit se dessiner. Jules Rimet était un grand humaniste. Il avait vécu des déconvenues en politique alors qu'il était assez jeune. Je pense que celles-ci l'avaient conduit à rechercher son idéal à travers le football. Son grand objectif restait le rapprochement entre les peuples.


La Coupe du Monde était-elle sa grande fierté ?
C'est certain. Peut-être serait-il un peu triste de voir à quel point le professionnalisme, dont il était pourtant à l'origine, est devenu quelque chose d'exacerbé dans le football. On est sorti de l'esprit d'origine. Je mets la Coupe du Monde à part car je crois que ceux qui y participent oublient l'aspect mercantile. L'âme est restée.


Que représente le Centenaire de la FIFA, pour vous ?
A titre personnel c'est un anniversaire émouvant car il me rappelle mon grand-père. C'est aussi un grand événement. L'émotion vient du fait que le football a réussi là où la politique a échoué. Il y avait plus de membres à la FIFA qu'à la SDN (Société des Nations, ancêtre de l'ONU avant la deuxième guerre mondiale, NDLR) par exemple, il le rappelait souvent. C'est quelque chose dont il était très fier.