Depuis sa création, la FIFA a été confrontée aux questions de nationalités, de définition du terme pays, le tout intimement lié au statut des joueurs, professionnels ou amateurs. Au fil du temps, de nombreuses histoires sont venues alimenter cet élément majeur du rôle de l'instance dirigeante du football, bien avant l'arrêt Bosman ou la modification récente de l'article 15. A l'occasion du Centenaire, FIFA.com revient sur ces anecdotes parfois peu connues et étonnantes de l'histoire de la FIFA.


Certains peuvent penser que les problèmes liés aux joueurs étrangers dans les clubs sont nés de l'arrêt Bosman en décembre 1995. C'est méconnaître l'histoire de la FIFA. Car dès les tous débuts, cette question majeure a occupé les débats. A l'origine, elle était liée à l'opposition entre amateurisme et professionnalisme. Car si une Ligue professionnelle a vu rapidement le jour en Grande-Bretagne, l'évolution fut beaucoup plus lente dans le reste du monde.

Inventeurs du football, les Anglais ont été les premiers à instaurer une Ligue professionnelle, en 1885. Si la Fédération anglaise y était opposée, elle a dû plier devant les menaces de sécession d'une grande partie des clubs. Mais longtemps, les Britanniques resteront les seuls " pros " de la planète. Jusqu'à ce que les fédérations de l'est européen (Autriche, Tchécoslovaquie, Hongrie), dans les années 20, créent elles-aussi leurs ligues. Puis la France, l'Espagne, l'Italie y vinrent dans la décennie suivante. Mais dans d'autres pays, la donne fut différente.


L'Eldorado colombien
Alors que le football était en sommeil en Europe lors de la Deuxième Guerre mondiale, il a pris une ampleur considérable en Amérique du Sud. En Argentine et en Uruguay, où les Ligues professionnelles sont installées, les meilleurs joueurs y sont déjà érigés en stars. En 1948, à la suite d'un match amical entre le Santa Fe colombien et le Velez Sarsfield argentin et ses stars, qui a attiré la foule, des entrepreneurs colombiens fondent une Ligue professionnelle, la Dimayor (Division Mayor). Dix équipes adhèrent, le succès populaire est immédiat.


Très vite, les clubs ont l'idée de recruter des grands noms hors des frontières, pour assurer le spectacle. Un souhait facilité par la crise économique qui secoue les Ligues argentines et uruguayennes. Adolfo Pedernera, immense star argentine, est le premier à répondre favorablement aux sirènes colombiennes, en l'occurrence celles du Millonarios de Bogota. En quelques semaines, il est suivi par plus de 5O de ses compatriotes. Tous obtiennent des contrats de travail, aucune indemnité de transfert n'est versée. Aucune limitation du nombre d'étrangers par équipe n'est envisagée par la Dimayor.


Problème, cette Ligue installée à Bogota n'est pas chapotée par la fédération colombienne, dont le siège est à Barranquilla. Le conflit est inévitable. La Dimayor est exclue des structures nationales. Ce qui aura pour conséquence... d'accélérer le processus ! En moins de deux ans, on compte quelque 320 étrangers dans la Dimayor. Le fameux " ballet azul ", qui symbolise le jeu très argentin du Millonarios, fait recette. Il faut dire qu'outre Pedernera, Alfredo Di Stefano et Nestor Rossi sont notamment venus grossir les rangs de l'équipe de Bogota.
 

Mieux encore, l'Independiente de Medellin est rebaptisé "Danza del Sol" (danse du soleil), en hommage aux 12 joueurs péruviens qui composent son effectif. Le Deportivo Samarios de Santa Marta s'appuie pour sa part sur 15 Hongrois exilés. Chaque ville a sa communauté : les Uruguayens à Cucuta, les Brésiliens à Barranquilla, les Péruviens à Cali, les Anglais à Santa Fé, les Costaricains et Argentins à Bogota... La Dimayor, qui veut rendre le jeu toujours plus attractif, s'adapte. Elle engage des arbitres professionnels anglais, instaure les numéros sur les maillots, autorise deux remplacements. Prémonitoire.

Le conflit est à son comble quand les clubs refusent de libérer leurs joueurs pour les équipes nationales. En 1951, la FIFA finit par régler le problème en jouant le rôle de médiateur. La ligue professionnelle passe sous le joug de la fédération colombienne.

Kubala, Tchèque, Hongrois puis Espagnol !
Lazlo Kubala est international tchèque. Passé en Hongrie, il devient international hongrois. En 1949, il quitte clandestinement son pays d'accueil pour l'Italie, avant de rejoindre l'Espagne. Là, il signe un contrat avec le puissant FC Barcelone. Et devient Espagnol. Il devrait être suspendu, à la demande de la Fédération hongroise, mais arguant de raisons politiques, le club catalan, soutenu par le gouvernement espagnol, refuse de se soumettre à cette sanction. La FIFA est dans une impasse. Désarmée face à ce qui devient une question de politique, elle plie, sans rompre. Ce qui offre quelques incohérences. En 1953, Kubala fait partie de l'équipe de la FIFA qui rencontre l'Angleterre en match de gala. Mais n'a pas le droit de disputer les éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, Suisse 1954 avec l'Espagne. L'imbroglio est complet.

Le cas du prodige Kubala va cependant être suivi d'une fuite considérable des Hongrois. En 1956, en prise avec la répression soviétique, ils sont 240 à quitter le pays et à se disséminer partout dans le monde. Toute l'équipe du Honved Budapest, le joyau hongrois, s'exile. Ferenc Puskas, Sandor Kocsis et Zoltan Czibor, finalistes de la Coupe du Monde en Suisse, font partie du convoi. Une fois encore démunie, la FIFA va sévir, pour éviter l'hémorragie. Les joueurs du Honved sont suspendus deux ans. Ce qui signifie la fin du règne de l'équipe hongroise.


Football amateur et boxe professionnelle… 
Dans la fin des années 50, une nouvelle affaire " colombienne " naît en Australie. Une Ligue indépendante attire de nombreux étrangers, néerlandais, autrichiens ou israéliens, sans le moindre certificat de transfert. La FIFA ne compte pas se faire dépasser par les événements et suspend sine die la Fédération australienne, tant que la situation n'est pas réglée. Un an passe, et tout rentre dans l'ordre. La fermeté de la FIFA a fait effet.


De Thaïlande, des demandes surprenantes parviennent à la FIFA. La fédération thaïlandaise souhaite savoir si un footballeur amateur, qui a combattu comme boxeur professionnel, peut toujours être considéré comme amateur. Même question avec un footballeur amateur qui a joué dans un film… La FIFA est bien ennuyée pour répondre à ces questions saugrenues !


Les Etats-Unis ont eux été confrontés à la multiplicité des Ligues professionnelles, détachées de la Fédération nationale, depuis les années 20. Des ligues qui ne respectaient pas la notion de transfert de joueurs étrangers. Et changeaient les règles du jeu. De l'agrandissement des buts à la création d'une ligne de hors-jeu fixe en passant par le nombre de remplacements, les Américains ont tout essayé. Et ce jusqu'aux années 1990, quand la Fédération américaine finit par créer un championnat professionnel.


Près de 15 000 changements de fédérations en 2000
Si la question du statut professionnel ou non des joueurs n'est plus problématique, celle du transfert des joueurs étrangers, ou de la nationalité, est toujours brûlante. Avec l'arrêt Bosman de 1995, qui interdit aux clubs européens de limiter le nombre de ressortissants de l'Union européenne en leur sein, la donne a beaucoup changé. Par ailleurs, chaque fédération est libre de définir le nombre de joueurs extra-communautaires qu'elle souhaite limiter dans chaque équipe. Et la tendance est plutôt à ne pas limiter… Conséquence, en 2000, le nombre de joueurs et joueuses ayant changé de fédération (donc ayant été transférés) est astronomique : près de 15 000 !


Dès lors, de nombreux clubs ont des visages très exotiques. Le club belge de Beveren est ainsi composé en très grande majorité de joueurs ivoiriens, parfois 10 sur le terrain. Il n'est pas rare de voir des formations anglaises sans le moindre autochtone sur le terrain. Mais la question la plus épineuse du moment est celle de la définition de la nationalité d'un joueur. La FIFA a ouvert les portes récemment aux joueurs évoluant dans un pays dont ils ont la nationalité mais originaires d'un autre. Ceux-ci peuvent désormais, sous certaines conditions, évoluer sous les couleurs de leur pays d'origine.


Enfin, le cas du Qatar, qui a tenté d'enrôler des joueurs étrangers pour son équipe nationale moyennant finance, est  la dernière difficulté rencontrée par la FIFA sur le sujet. Encore une fois, l'instance dirigeante a fait preuve de fermeté pour éviter toute dérive.  Arbitrage et fermeté, un résumé de l'action de l'instance dirigeante du football mondial.


Cet article est inspiré du livre " FIFA 1904-2004, Le siècle du football ". Il y a trois ans, quatre grands professeurs d'histoire (Pierre Lanfranchi, Christiane Eisenberg, Tony Mason et Alfred Wahl) ont été chargés d'écrire ce livre avec pour thèmes principaux : la fondation de la FIFA, la création des règles du jeu, la Coupe du Monde de la FIFA et l'émergence de la Coupe du Monde de Football Féminin, entre autres. Il est mis sur le marché dans les quatre langues officielles de la FIFA : anglais, français, allemand et espagnol.

Disponible en librairie, le livre peut aussi être commandé aux adresses suivantes :
· par e-mail : elizabeth.allen@orionbooks.co.uk pour l'édition anglaise
·  www.cherche-midi.com pour l'édition française
·  www.marca.es pour l'édition espagnole