Si le clásico national face au Real Madrid est toujours vécu avec davantage d’intensité et de passion par les supporters du FC Barcelone, les matches contre l’Espanyol portent en eux le parfum bien particulier du derby local. Comme souvent dans ce genre de duels de proximité, chaque club se définit comme l’antithèse de son voisin.

En ce sens, il est intéressant de constater qu’au fil du temps, les deux protagonistes du derby barcelonais ont échangé leurs rôles. Chaque entité a été fondée sur l’initiative d’un groupe d’amis désireux de s’adonner à leur passion pour le ballon rond. Dans le cas du Barça, c’est le Suisse Hans Gamper qui, en 1899, a réuni plusieurs joueurs, pour la plupart étrangers. Pour sa part, l’Espanyol a vu le jour en 1900 suite à la réunion d’un groupe d’Espagnols (en majorité catalans), d’où son nom. Il est donc amusant de constater qu’aujourd’hui, c’est le club blaugrana qui revendique son identité catalane, son voisin blanquiazul ne se faisant jamais prier pour nuancer cette affirmation.

Mettons ces paramètres politico-culturels de côté et concentrons-nous sur l’histoire qui nous intéresse ici : celle que les deux plus grands clubs de Barcelone écrivent sur le rectangle vert depuis plus d’un siècle.

Les origines
Samedi 12 décembre 2009, le Camp Nou accueillera la 151ème édition du derby catalan dans l’histoire de la Liga. Le premier duel entre les deux équipes de la Ciudad Condal s’est disputé le 7 avril 1929 au stade Les Corts du Barça. Ce jour là, les locaux s’étaient imposés 1:0 grâce à un but de Sastre. Cette première saison avait vu le FC Barcelone remporter le championnat et l’Espanyol décrocher la Copa del Rey, mais depuis, le fossé entre les palmarès des deux clubs a pris des dimensions abyssales…

Quelques chiffres
Alors que la maison azulgrana est devenue l’une des écuries les plus prestigieuses et titrées au niveau mondial, l’Espanyol n’affiche que quatre Copas del Rey et deux finales de Coupe de l’UEFA à son palmarès. En face, le Barça aligne 25 Copas, 19 championnats, 8 Supercoupes d’Espagne, 3 Coupes d’Europe et 4 Supercoupes d’Europe entre autres...

À domicile, le FC Barcelone peut se vanter d’une domination écrasante dans le derby : 57 victoires et 9 nuls. Vous l’aurez compris, les chiffres ne parlent pas en faveur des Periquitos, qui ont toutefois gâché la fête des Culés à quelques reprises.

Ce fut le cas en juin 2007. À la dernière minute, Raúl Tamudo, recordman de matches sous le maillot blanquiazul, marque le but de l’égalisation 2:2. Ce résultat mettra pratiquement fin aux espoirs du Barça dans la course au titre, lequel reviendra au Real Madrid.

Anecdotes et petites phrases
Les deux équipes sont aujourd’hui dirigées par deux anciens de la maison. À 20 ans, Josep Guardiola était le chef d’orchestre de la Dream Team de Johan Cruyff. Depuis 2008, il occupe la place du Néerlandais sur le banc et a créé une version améliorée de l’équipe de rêve des années 1990. Ironie du sort, le grand-père de Pep, Sebastià, était un fidèle supporter de l’Espanyol, mais il n’a jamais réussi à inculquer cette passion à son petit-fils. Au contraire, c’est lui qui a fini par retourner sa veste par affection pour son descendant.

L’entraîneur de l’Espanyol en 2009 est l’Argentin Mauricio Pochettino. Après avoir débuté sa carrière à Newell’s Old Boys, ce défenseur central signe à l’Espanyol en 1994. Six saisons plus tard, il prend la direction de la France pour évoluer successivement au Paris Saint-Germain puis aux Girondins de Bordeaux. En 2004, il revient en Catalogne, où il dispute deux nouvelles saisons pour l’Espanyol avant de raccrocher. Avec 275 apparitions, il détient le record de matches joués par un étranger pour les Blanquiazules. L’an dernier, alors que planait la menace de la relégation, les dirigeants ont fait appel à l’ancien international argentin pour remettre l’équipe à flot. Mission accomplie puisque l’Espanyol a terminé à la 10ème place.

Toutes les rivalités ont leurs "fils prodigues". Le cas le plus récent est celui d'Iván de la Peña. Au milieu des années 1990, Little Buddha était un jeune joueur prometteur qui explosait dans le Barça de Cruyff. Finalement, le petit chauve a connu une carrière plus discrète que prévu. Après être passé par la Lazio et l'Olympique de Marseille, il a atterri à l'Espanyol, où il a vécu ses meilleurs moments. C'est du reste en jouant dans ce club qu'il a connu sa première sélection en équipe d'Espagne. Hélas, il ne sera pas sur le terrain samedi, victime d'un énième pépin physique.

Aujourd’hui
Encore une fois, les deux voisins abordent le derby dans des situations bien différentes. Le Barça est toujours leader de la Liga avec cinq points d'avance (mais un match en plus) sur son premier poursuivant, le Real Madrid. Quant à l'Espanyol, il est encore en difficulté puisqu'il n'est qu'à trois points de la zone de relégation.

Malgré ce paramètre comptable, n'oublions pas que lors de leurs cinq dernières venues au Camp Nou, les Pericos ne se sont inclinés qu'une fois. Lors de leur dernier derby en tant que visiteurs, en février 2009, les derniers du classement avaient même battu le leader 1:2 grâce à un doublé d'Iván de la Peña. Cela faisait 27 ans que l'Espanyol n'avait plus gagné dans le fief du Barça. Les outsiders seront-ils capables de rééditer l'exploit ? S'ils y parviennent, ils dédieront sûrement la victoire à Dani Jarque, leur jeune capitaine décédé subitement au mois d'août en cours de préparation.