En principe, le temps perdu ne se rattrape jamais. Mais Philippe Mexès, avec son tempérament de gagneur, est bien décidé à s'installer dans la peau d'un titulaire indiscutable au cœur de la défense de l'équipe de France. Au fil d'expériences décevantes et parfois douloureuses, le doute avait fini par s'installer.

Aujourd'hui, près de neuf ans après sa première sélection, il tient enfin son match référence. Sa  prestation en amical contre le Brésil (1:0) a été unanimement saluée comme frôlant la perfection. FIFA.com revient sur l'histoire d'une incompréhension et d'une renaissance.

Libero moderne, technique, dur sur l'homme, champion d'Europe U-19 ans en 2000, finaliste deux ans plus tard du championnat d'Europe Espoirs, Philippe Mexès avait tous les atouts en main pour assurer une transition de qualité au sein de la défense des Bleus, deux ans après la retraite de Laurent Blanc.

Un bleu chez les Bleus
Dans le cadre de cette progression logique, il avait débuté avec les Tricolores par une belle soirée d'automne le 16 octobre 2002, à Malte. Dans la foulée, il avait même remporté la coupe des Confédérations de la FIFA 2003. Puis, d'un seul coup, son évolution avec l'équipe de France a été stoppée net...

Dans un premier temps Jacques Santini ne le retenait pas pour l'UEFA EURO 2004, faute de n'être pas suffisament polyvalent. Et pendant six ans, sous l'ère Raymond Domenech, Mexès allait être balloté, voyant tous les grands tournois lui passer sous le nez. Un constat d'autant plus surprenant que sous le maillot de l’AS Rome, il figure régulièrement parmi le top 3 des meilleurs libéros de la Serie A.

Il est vrai qu'il n'avait jamais vraiment brillé en Bleu. A chaque sélection, il se retrouvait un peu dans la peau d'un débutant devant faire ses preuves. Voulant trop bien faire pour essayer de s'imposer, il avait tendance à en rajouter, à faire le geste de trop. Rappelé dès le début des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010, il fait son grand retour le 6 septembre 2008 à Vienne.

La veille de cette rencontre, méfiant, il analyse : "Il y a tellement de trains qui sont déjà passés sous mon nez que je ne veux plus rater le bon wagon. J'ai presque dix saisons en pro derrière moi et, donc, plus de temps à perdre". Résultat il réalise un match catastrophique en étant impliqué dans les trois buts de la défaite surprise des Bleus (1:3). Rayé des cadres, il ne verra Afrique du Sud 2010 que devant son poste de télé.

Le Président et le patron
Après la déroute des Bleus et l'arrivée de son idole, Laurent Blanc, dans la peau du sélectionneur, il reprend espoir. Fin psychologue, le Président le rappelle et lui offre même le brassard de capitaine pour le match de préparation contre la Norvège. "Etre capitaine m'a fait un énorme plaisir. J'espère que ce groupe sera confirmé. Je me sens serein, tranquille", avoue Mexès, heureux d'avoir trouvé quelqu'un qui lui fasse véritablement confiance. Blanc a sans aucun doute touché le point juste chez ce garçon sensible.

Résultat de cette confiance, le 9 février 2011, face au Brésil (1:0), associé à son nouveau complice Adil Rami, il réalise le match de sa vie. Décontracté mais parfaitement concentré, il va ainsi alterner tacles glissés, râteaux sur Alexandre Pato et Robinho, et relances millimétrées. Surprise pour les uns, confirmation pour les autres, Mexès a enfin joué à son niveau.

"On voit que Philippe prend confiance. Il devient le vrai patron de la défense", analyse le gardien Hugo Lloris, le mieux placé pour porter un jugement sur le secteur défensif.  "On se parle tous. Il n'y a pas un chef, il y en a quatre", répond le Romain avant d'ajouter : "Il faut profiter de ces moments car ils sont exceptionnels. J'ai beaucoup vécu en équipe de France et ce sont certainement les meilleurs jours en Bleu que j'ai passé ces dix dernières années."

Maintenant le plus difficile reste à venir. D'abord, en fin de contrat avec la Roma, il va devoir décider de son avenir dans la ville éternelle. Après, il va falloir confirmer sous le maillot bleu. Il sait déjà une chose fondamentale : il a la confiance de son entraîneur qui a connu ses meilleures années au même poste entre 32 et 35 ans. Or, Philippe Mexes aura 29 ans le mois prochain.