Habitué aux différents trophées de France, les Girondins de Bordeaux figurent parmi les clubs les plus huppés de Ligue 1. Mais la grande particularité de ce club, dont le siège est situé dans le cadre bucolique du château du Haillan, dans la banlieue bordelaise, est d'être une équipe sans histoire, où tout le monde se fond dans le moule et où la moindre vague fait désordre dans l'ambiance feutrée qui est de rigueur, en parfaite osmose avec la ville de Bordeaux.

Naissance d'une institution
Officiellement, le club omnisports des Girondins de Bordeaux voit le jour le 1er octobre 1881. Mais la section football apparaitra en 1910 pour une saison seulement, avant de s'imposer en 1919 sous l'appellation "Section football des Girondins Guyenne Sport", après plusieurs fusions dont celle avec l'Argus Sport qui apporte dans la corbeille de mariage la couleur bleu marine et le célèbre scapulaire blanc. Le club compte alors 70 licenciés, et le premier match se solde par une lourde défaite (0:12) en 1920 contre la Section Burdigalienne, un club local.

Le premier titre - champion de France amateurs - date du 23 mai 1937, deux mois après avoir obtenu le statut professionnel qui allait permettre aux Girondins d’intégrer la deuxième division à partir de la saison suivante, 1937/38. Une nouvelle fusion, le 15 octobre 1940, avec l’Association Sportive du Port permet d'enregistrer les joueurs dans le corps des pompiers du port de Bordeaux, leur évitant ainsi d'être déportés dans le cadre du service du travail obligatoire ou pour la construction du mur de l'Atlantique. Fort d’un effectif au complet, le club remporte sa première Coupe de France en 1941. Mais la seconde Guerre Mondiale va briser ce bel élan.

La légende en marche
A la Libération, Bordeaux redémarre en Division 2 et rejoint l'élite pour la première fois la saison suivante. Pour une première, c’est un coup de maître puisque les Girondins deviennent la première équipe à remporter le championnat l’année de la montée. A cette époque, ils pratiquent déjà un football viril, basé sur une défense de fer et sur des contres tranchants, souvent conclus par les deux grandes stars, le Néerlandais Johannes Lambertus de Harder, auteur de 43 buts en deux saisons, et le Franco-Polonais Edouard Kargu (105 buts en 208 matches entre 1945 et 1956). Meilleure attaque et meilleure défense, les Bordelais affichent alors l'une des équipes les plus fortes de leur histoire et échouent en finale de la Coupe Latine 1950 contre Benfica, après une finale à rejouer, qui durera… 2 heures et 25 minutes, la prolongation avec but en or n’étant à l’époque pas limitée par le temps.

Le club va ensuite stagner, descendant même en deuxième division avant de remonter en 1961 pour un bail de 30 ans saisons consécutives dans l'élite. Sous la direction de Salvador Artigas, fortement inspiré par le catenaccio italien, les Girondins décrochent trois places de vice-champions et perdent trois fois en finale de la Coupe. Les internationaux comme Hector de Bourgoing, Didier Couécou et autres André Chorda ne décrocheront pas de titre malgré quelques exploits dont un cinglant 10:0 infligé au Stade Français le 4 septembre 1965.

Il faut attendre l'arrivée du polémique Claude Bez à la présidence en 1978 pour mettre fin à l'absence de titres. Cet ambitieux expert-comptable fait venir Raymond Goethals puis Aimé Jacquet pour entraîner l'équipe. Dans la foulée, avec un Alain Giresse épanoui à la baguette, et des talents comme René Girard, Jean Fernandez, Marius Trésor, Jean Tigana, Raymond Domenech, Patrick Battiston, Bernard Lacombe et les jumeaux Vujovic, Bordeaux s'adjuge trois titres de champion, se qualifie pour les demi-finales de la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1985, s'installant comme l'équipe-phare du football national en fournissant l'ossature de l'équipe de France.

La relégation administrative en 1991 marque la fin de l'ère Bez, mais les Girondins refont surface immédiatement avec l'éclosion d'une nouvelle génération en or, emmenée par Christophe Dugarry, Bixente Lizarazu et Zinedine Zidane. En 1996, ils réalisent un étonnant parcours européen en partant de la coupe Intertoto pour échouer en finale de la Coupe UEFA contre le Bayern Munich, après avoir notamment sorti l'AC Milan en quart de finale après un match retour d'anthologie remporté 3:0. En 1999, sous la houlette d’Elie Baup, les Johan Micoud, Sylvain Wiltord et autres Lilian Laslandes font jeu égal avec l'Olympique de Marseille. Bordeaux ne compte qu'un point d'avance avant le dernier match sur le terrain du Paris Saint-Germain et décroche le titre à la dernière minute sur un exploit du jeune Pascal Feindouno (3:2).

En 2007, les dirigeants tentent un coup de poker en faisant appel à un entraineur débutant, l'ancien international Laurent Blanc. Dès sa seconde saison à la barre, Bordeaux remporte le Trophée des Champions, devenant le quatrième club français à avoir remporté au moins une fois tous les trophées nationaux, et remporte dans la foulée sa troisième Coupe de la Ligue. Euphoriques, les coéquipiers d'Alou Diarra terminent leur saison de Ligue 1 avec une série de 11 victoires d'affilée mettant ainsi fin au règne de sept années de l'Olympique Lyonnais pour remporter leur sixième titre.

Aujourd'hui
A l'image de la majorité des clubs français, les Girondins ont dû réduire leur masse salariale et se sont séparés de plusieurs joueurs. Le club se maintient cependant dans la première partie du tableau en misant sur des jeunes du centre de formation encadrés par des vieux routiers. Il remporte même sa quatrième Coupe de France en 2013.

Le stade
Le stade Jacques Chaban-Delmas, ancien Parc Lescure de 1924 à 2001, a été inauguré le 30 mars 1924 mais a subi de profondes modifications en 1938 à l'occasion de la Coupe du Monde de la FIFA™. Cette enceinte à l'architecture révolutionnaire, d'une capacité de 30 000 places dont 14 000 assises et couvertes, a été le premier stade au monde où les piliers de soutien de la toiture ont été supprimés offrant ainsi une visibilité parfaite depuis toutes les places. Par ailleurs, le tunnel reliant les vestiaires des joueurs au terrain est le plus long d'Europe avec près de 120 mètres.

Le stade a été rénové à trois autres reprises, en 1987, 1998 et 2008, la suppression de la piste cyclable et l'élévation des gradins portant sa capacité à 40 000 places. Sa capacité a cependant été ramenée à 34 694 spectateurs pour répondre aux normes de sécurité. Installé non loin du centre de Bordeaux, le stade a notamment accueilli deux rencontres de la Coupe du Monde 1938, et six lors de France 1998.