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27 avril 1993 : La Zambie anéantie

(FIFA.com)
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En avril 1993, le football zambien est au sommet. En l'espace de quelques années, les Chipolopolo ont troqué leurs habits d'éternel second rôle pour occuper le devant de la scène.

Première du Groupe B du Tournoi Olympique de Football Masculin, Séoul 1988, la Zambie a infligé un sévère 4:0 à une Italie au sein de laquelle figuraient Ciro Ferrera, Luigi de Agostini et Andrea Carnevale, grâce à un triplé de Kalusha Bwalya. La même année, l'attaquant a devancé les Roger Milla, Rabah Madjer et autres George Weah pour devenir le premier Zambien élu Joueur africain de l'année.

Les Chipolopolo sont montés sur la troisième marche du podium de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 1990. Leurs deux dernières participations à la Coupe CECAFA se sont soldées par une victoire et une troisième place. À cette époque, les clubs zambiens ne sont pas en reste : Nkana atteint la finale de la Coupe d'Afrique des clubs champions. L'année suivante, les Power Dynamos remportent la Coupe d'Afrique des Vainqueurs de Coupe.

Tout le pays est alors convaincu que cette génération exceptionnelle a les moyens de forcer les portes de la qualification pour l'épreuve mondiale. Après avoir terminé en tête de leur groupe au premier tour, les Zambiens se préparent à aborder le tour final de la compétition préliminaire africaine pour la Coupe du Monde de la FIFA™. Deux obstacles de taille se dressent cependant sur leur route : le Maroc et le Sénégal. Et seule l'équipe qui terminera en tête de cette section validera son billet pour les États-Unis.

Tout commence par un déplacement à Dakar. Le sélectionneur Godfrey Chitalu, ses adjoints et ses joueurs ont le vent en poupe. Portés par l'enthousiasme de leurs compatriotes, ils prennent place avec le sourire dans le DHC-5D Buffalo au départ de Lusaka. C'était il y a 25 ans ce 27 avril.

Leur destin semble tracé. Après des années d'anonymat, la Zambie est promise à une consécration mondiale. En réalité, cette équipe hors du commun ne va pas tarder à connaître une tragédie sans précédent. Peu de temps après sa deuxième escale à Libreville, au Gabon, son avion s'abîme dans l'océan Atlantique. Aucun des 30 passagers, dont 25 membres de la sélection zambienne, ne survit à la catastrophe.

"Il n'y pas de mots pour décrire ce que nous avons ressenti", se souvient Kalusha Bwalya. Tout comme son compatriote Charles Musonda, l'attaquant zambien est miraculeusement épargné. Retenus par le PSV Eindhoven et Anderlecht, les deux hommes devaient en effet se rendre au Sénégal par leurs propres moyens. "Les gens n'arrêtaient pas de pleurer. L'espoir et l'enthousiasme étaient si forts… Tout cela a été brisé en un instant."

Du courage et des larmes
Tout le monde s'attend donc à voir la Zambie se retirer des qualifications pour États-Unis 1994. Mais Kalusha Bwalya a d'autres idées en tête. Dans l'urgence, il contribue à mettre en place une nouvelle équipe, qui compense son manque d'expérience par un engagement extraordinaire. Moins de cinq semaines après le drame de Libreville, Kalusha et Johnson Bwalya offrent une courte victoire (2:1) aux Chipolopolo à domicile face au Maroc. Ce soir-là les 50 000 spectateurs du stade de l'Indépendance ont bien du mal à retenir leurs larmes. "L'émotion était très intense", poursuit Kalusha Bwalya. "Nous avons pensé très fort à nos amis disparus et nous leurs avons offert une performance exceptionnelle."

La Zambie arrache ensuite le point du nul au Sénégal, avant de s'imposer 4:0 face à ce même adversaire à domicile. Un nul au Maroc lui suffit donc pour arracher son ticket pour les États-Unis. Pendant plus d'une heure, les Chipolopolo s'accrochent à leur happy end. Malheureusement, Abdeslam Laghrissi fait basculer la victoire dans le camp marocain à la 62ème minute. Les Lions de l'Atlas terminent en tête après avoir longtemps tremblé.

Deux mois avant le coup d'envoi d'États-Unis 1994, Kalusha Bwalya et ses coéquipiers font à nouveau parler d'eux. Contre toute attente, la Zambie s'invite cette fois en finale de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF en Tunisie. Opposés au Nigeria de Sunday Oliseh, Jay Jay Okocha, Finidi George, Emmanuel Amunike, Daniel Amokachi, Victor Ikpeba et Rasheed Yekini, les Chipolopolo n'ont pas la faveur des pronostics. Il ne leur faut pourtant que trois minutes pour prendre l'avantage, par Elijah Litana. Finalement, la logique sera respectée : grâce à un doublé d'Amunike, les Super Eagles s'imposent 2:1. Les Zambiens quittent pourtant la Tunisie en héros. Durement éprouvée par la catastrophe aérienne de Libreville, toute une nation s'est révélée dans l'adversité.

Par une curieuse ironie du sort, le théâtre du plus grand drame de l'histoire du football zambien est aussi le cadre de son plus grand triomphe. Après une nouvelle traversée du désert, la Zambie a remporté la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2012 dans la capitale gabonaise. Bien entendu, les joueurs ont dédié cette victoire historique aux 30 héros malheureux de cette histoire, fauchés par le destin le 27 avril 1993.

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