mardi 23 juin 2020, 06:19

Zidane, étoile d’or dans le ciel Bleu

À l'occasion de l'anniversaire de Zinédine Zidane le 23 juin, FIFA.com revient sur la carrière de joueur du génial meneur de jeu de la France, qui a notamment mené les Bleus au titre mondial à domicile en 1998, et en finale d'Allemagne 2006.

Quand une étoile s’éteint, une autre la remplace. Est-ce donc vraiment un hasard si lorsque Michel Platini boucle sa dernière saison en 1987, le jeune Zinedine Zidane fait ses premiers pas au centre de formation de l’AS Cannes ?

Repéré par l’ancien professionnel Jean Varraud, Zidane y révèle un potentiel forgé dans la cité de Marseille où il a vu le jour. "C'est là que j'ai appris l'essentiel de ce que je sais faire", avoue le cadet d’une famille kabyle de cinq enfants. "Nous étions une dizaine de potes, on s'entraînait à faire le geste qui sortait de l'ordinaire, celui qu'on montrerait aux autres quand il serait parfait."

Zidane y apprend aussi l’humilité et le respect qui deviendront les raisons de son immense popularité. De son passage à Cannes, il n’oublie pas ses débuts en première division en 1989 face à Nantes à 17 ans, ni son premier but face au même adversaire en 1991, mais surtout, il n’oublie jamais de prendre régulièrement des nouvelles de sa famille d’accueil sur la Côte d’Azur. "Nous avons hébergé de nombreux gamins de Cannes, mais c'est le seul qui soit resté en contact avec nous. Et le seul qui ait réussi", confiait Nicole Elineau, se rappelant le "gentil gamin qui mangeait les frites du mercredi entre deux tranches de pain."

Autres découvertes, celle d’un talent qui l’amènera au sommet, et d’un caractère qui lui jouera des tours toute sa carrière. Malgré sa discrétion, Zidane ne peut cacher éternellement son habileté technique. "Ce n'était pas le plus costaud ni le plus rapide, et il ne pensait qu'à dribbler", se souvenait Varraud quelques temps avant sa disparition en 2006. "Un, deux, trois, cinq, six joueurs. C'était sublime. Ses pieds parlaient avec le ballon !" Du coup, les adversaires n’ont qu’une obsession : les faire taire...

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Des coups et des jongles

Le génie s’accompagnant souvent de folie, celle de Zidane se caractérise par la réponse à la provocation. Il prend des coups, mais il les rend, ce qui lui vaut de nombreuses suspensions. Guy Lacombe, alors directeur du centre de formation cannois, trouve la parade. "Des coups, tu en prendras jusqu’à la fin de ta carrière. C’est la règle pour les joueurs aussi doués que toi. Si tu joues les justiciers, tu passeras ta vie sur la touche à regarder les autres", le prévient-il avant de lui conseiller, s’il a besoin de se défouler, d’utiliser son énergie pour nettoyer le vestiaire. Dès le lendemain, et régulièrement pendant toute sa période cannoise, on verra le futur meilleur joueur du monde un seau et une éponge à la main après les matches…

Assagi et aguerri, il quitte Cannes pour Bordeaux en 1992, et c’est encore loin des flashes et des caméras, qu’on découvre le vrai Zidane. Celui du terrain enchaîne buts, roulettes et coups francs millimétrés, celui du vestiaire s’amuse dans son coin. "Un soir, dans la cohue des vestiaires, il s'est amusé à jongler, comme ça, en plein milieu de la bousculade, juste avec le talon", se rappelle son entraîneur d’alors, Rolland Courbis. "Des types adroits, j'en ai connus. Mais Zizou, c'est différent. J'aurais pu passer la nuit à le regarder."

Les supporters bordelais aussi auraient pu passer leur existence à le regarder. Mais son nom commence à résonner au-delà de l’Hexagone. La faute à une première sélection en 1994 qui confirme que les Bleus ont trouvé un successeur au légendaire Platoche. Alors que son équipe est menée 0-2 par la République tchèque, Aimé Jacquet lance Zizou, dans son jardin bordelais. En deux minutes, il inscrit deux superbes buts, d’une tête puissante et une frappe du gauche imparable après une feinte, et évite la défaite française. "Mon jeu de tête et mon pied gauche sont mes points faibles", regrettait-il pourtant à l’époque…

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Dans les pas de Platoche

La faute également à une formidable Coupe UEFA en 1995/96, marquée par un un lob instantané du gauche de 40 mètres contre le Betis Séville en huitième de finale, ou un quart de finale retour d’anthologie face au grand AC Milan, remporté 3-0 après avoir perdu la première manche 0-2. Les Girondins s’inclinent en finale face au Bayern Munich, mais Zidane gagne un transfert à la Juventus, conseillé au staff bianconero par un certain Platini.

La préparation physique est quasiment insurmontable pour un Zidane encore frêle et l’apprentissage tactique plombe ses première semaines turinoises. "Il arrivait avec le poids de son prédécesseur. Tout le monde voulait faire la comparaison entre les performances de Platini et de Zidane", se souvient Marcello Lippi, son premier entraîneur dans le Piémont. "Mais je lui ai toujours dit d'être tranquille, de jouer comme il savait le faire, qu’il serait toujours titulaire, car un joueur comme lui doit être titulaire dans un grand club. C'est le plus gros talent du football de ces vingt dernières années."

Le décor change, mais le personnage reste le même. Zidane devient l’un des meilleurs joueurs du monde, remporte deux scudetti (1997, 1998), une Supercoupe d'Italie (1997), une Supercoupe d'Europe (1996) et une Coupe intercontinentale (1996), mais c’est ailleurs qu’il prend le plus de plaisir. "Quand je sortais du restaurant vers 23h00, je voyais Zidane jouer au ballon avec des gens dans un quartier où il avait des amis algériens", raconte Lippi. "Je lui disais : ‘Qu'est-ce que tu fais à cette heure-ci ?’ Il me répondait : ‘Ça me fait plaisir de jouer avec mes amis’. Je lui disais : "Tu as raison, c'est beau. Mais ne va pas au lit trop tard quand même…"

Il fera cependant une entorse au conseil du Mister, le 12 juillet 1998, lors de la finale de la Coupe du Monde de la FIFA. Devenu indiscutable en sélection et propriétaire incontesté du numéro 10 lorsque la France organise le tournoi mondial, Zidane n’y brille pas particulièrement, mais il montre encore les deux facettes de son personnage. Exclu pour une mauvaise réaction contre l’Arabie Saoudite en phase de groupes, Zizou passe du statut de génie à celui de héros lors de la finale face au Brésil, inscrivant de la tête - "mon point faible", disait-il - deux des trois buts tricolores.

Les copains du quartier

Adulé par tout un peuple et adoubé par un Platini "fier que ce soit Zidane qui porte le numéro 10", à quoi pense-t-il, arrivé sur le toit du monde ? "Comme tous les enfants, dans le quartier on s'inventait notre Coupe du Monde. Quand j'ai fini par y participer, j'ai toujours gardé ce souvenir. Celui du temps où avec les copains du quartier, on se faisait notre Coupe du Monde à nous. Quelque part, je les représente."

Deux ans plus tard, il ajoute un UEFA EURO 2000 à son palmarès, en battant l’Italie en finale. Mais Zidane n’est pas rassasié. Manque à son palmarès la Ligue des champions de l’UEFA, après deux finales perdues avec la Juve. Le Real Madrid, qu’il rejoint pour un montant record à l’été 2001, lui permet de réaliser ce rêve. Et de quelle manière ! En finale de l’édition 2002 face au Bayer Leverkusen, il inscrit l’un des plus beaux buts de l’histoire de la compétition. Sur un centre en cloche improbable de Roberto Carlos, le ballon arrive sur son pied gauche - son mauvais, paraît-il - qui expédie une volée magistrale dans la lucarne.

Hélas, ce coup de génie et ce trophée tant convoité seront le point d’orgue de sa carrière madrilène. En dépit d'une addition d’artistes à Santiago Bernabeu, dont Ronaldo, Luis Figo, Michael Owen et David Beckham, les Merengues ne remporteront aucun trophée entre 2003 et 2006, malgré un Zidane individuellement au sommet de son art.

Une période durant laquelle l’équipe de France rentre aussi dans le rang. Tenants du titre lors de la Coupe du Monde 2002, les Bleus quittent la compétition dès le premier tour. La route sera un peu plus longue à l’EURO 2004, mais la Grèce aura raison des Français avant de monter sur le toit du continent. Le chant du cygne, pense-t-on alors pour un Zidane qui annonce sa retraite internationale...

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Merci pour la magie

Mais au lieu d’un cygne, on découvre un phénix, qui revient sous le maillot bleu au milieu des qualifications pour la Coupe du Monde 2006. "Tout le monde se réjouit et est optimiste pour la qualification. Moi, je ne pense pas seulement à la qualification, mais à aller le plus loin possible", annonce le sélectionneur Raymond Domenech, alors que la France se débat dans des éliminatoires compliquées. Les Bleus décrochent leur billet pour l’Allemagne, mais Zidane met immédiatement les choses au point : il arrêtera sa carrière après le tournoi.

Le dernier match de groupe contre le Togo peut être celui des adieux, mais Patrick Vieira et Thierry Henry lui offrent un sursis. L’Espagne veut le mettre à la retraite en huitième, mais Zizou rallonge la durée du temps de travail. Le Brésil et le Portugal pensent prendre leur revanche face à leur bourreau respectivement en finale de la Coupe du Monde 1998 et demi-finale de l’EURO 2000, mais le Marseillais a encore le dernier mot. L’ultime match de Zidane sera donc une finale de Coupe du Monde, une sortie à la hauteur du talent du personnage. C’est exactement ce qui arrive : la dernière de Zidane est à l’image de sa carrière. Un coup de génie pour tromper Gianluigi Buffon par une Panenka sur penalty, et un carton rouge pour avoir répondu à la provocation du défenseur Marco Materazzi.

On retiendra plutôt ses adieux quelques semaines avant au stade Santiago Bernabeu : un but de la tête, une victoire, 80 000 spectateurs portant le maillot de Zidane et brandissant une pancarte "Merci pour ta magie."