Des événements tragiques peuvent parfois venir perturber le déroulement des compétitions les mieux organisées. Ainsi, le hasard a voulu que l'Irak et l'Italie s'affrontent pour la médaille de bronze du Tournoi Olympique de Football quelques heures seulement après que le journaliste italien Enzo Baldoni a été exécuté en Irak. A ce moment, beaucoup ont cru que le match serait annulé. Finalement, le match a quand même eu lieu et l'Italie a remporté un beau succès 1:0 au terme d'une rencontre disputée dans un esprit de fair-play irréprochable.

Quelques minutes avant le coup d'envoi, Joseph S. Blatter, le Président de la FIFA, Franco Carraro, le Président de la fédération italienne de football (FIGC) et Amer Jaber, le chef de la délégation irakienne, ont tenu une conférence de presse improvisée, au cours de laquelle ils ont expliqué pourquoi la rencontre ne devait pas être annulée.

"Tout d'abord, je tiens à féliciter ces deux équipes qui se sont qualifiées pour ce match pour la troisième place du 18ème Tournoi Olympique de Football. Si l'on pouvait s'attendre à retrouver l'Italie, qui compte depuis longtemps parmi les meilleures nations au monde, c'est une agréable surprise que de voir l'Irak se hisser à ce stade de la compétition." C'est par ces mots que le Président de la FIFA, accompagné de Franco Carraro, tous deux membres du Bureau Exécutif du Comité International Olympique, s'est adressé aux journalistes présents.

"Il est important de rappeler que nous ne pouvons pas fermer les yeux sur l'événement déplorable qui s'est produit hier soir (jeudi) dans le pays d'une des deux équipes (l'Irak) et qui a affecté un citoyen de l'autre équipe (l'Italie). Mais le football, tout comme les Jeux Olympiques, ne doit pas s'arrêter. Je tiens néanmoins à exprimer mes condoléances à la famille de la victime."

"A la mémoire de notre appel"
"Maintenant, nous devons faire appel aux valeurs d'amitié et de solidarité que représente le football. Je suis heureux que les délégations italienne et irakienne aient pris la décision de disputer ce match ce soir, car il devait y avoir un vainqueur. La vie continue et le football aussi. Le président du CIO (Jacques Rogge), avec qui je me suis entretenu ce matin, est absolument du même avis que moi. En témoignage de leur douleur, les joueurs italiens porteront un brassard noir pendant toute la rencontre. Les deux équipes poseront ensemble pour la photo officielle de façon à prouver que la solidarité est la seule manière d'avancer."
 

Le capitaine italien Andrea Pirlo (centre) pénètre sur la pelouse avec un brassard noir en mémoire d'Enzo Baldoni, exécuté la veille en Irak.
(AFP)
DANIEL GARCIA

C'est ensuite Amer Jaber, le représentant de la délégation irakienne, qui a pris la parole : "Nous, les membres de la délégation irakienne, exprimons nos condoléances au peuple italien ainsi qu'à la famille de la victime. Nous sommes profondément navrés. Nous sommes tous des êtres humains et cet acte a été perpétré contre l'Humanité tout entière. Je suis convaincu que ces gens ne sont pas de véritables Irakiens."

Enfin, le Président de la fédération italienne de football, Franco Carraro, a révélé que la délégation irakienne comptait utiliser cette rencontre pour demander une nouvelle fois aux ravisseurs de relâcher leur otage.
"Toute la délégation italienne, et je ne parle pas seulement des footballeurs, a été très choquée d'apprendre ce qui était arrivé hier soir, et a tenu à exprimer son soutien à la famille de M. Baldoni. Mais ce qui s'est produit ne change en rien nos relations avec le peuple irakien. Je dois dire que nous sommes très reconnaissants à l'égard de la délégation irakienne pour son attitude. L'entraîneur, notamment, avait déjà demandé à plusieurs reprises que les otages soient libérés. Nous avons également appris aujourd'hui qu'il comptait profiter de cette rencontre pour renouveler cette demande. Malheureusement, il était déjà trop tard, mais nous n'oublierons pas cette attitude et notre gratitude lui est déjà acquise. Je dois également rappeler que de nombreuses personnes meurent chaque jour en Irak."

Après avoir entendu les déclarations des deux délégations, le Président de la FIFA a une nouvelle fois rappelé l'importance de la tenue de cette rencontre, avant d'inviter les personnes présentes à respecter quelques secondes de silence à la mémoire du journaliste exécuté.

"Cette rencontre sera jouée à la mémoire de notre appel : nous avions demandé aux ravisseurs de libérer cet homme qui n'est plus parmi nous aujourd'hui."