Il y a 20 ans, José Touré remportait la médaille d'or du Tournoi olympique de football avec l'équipe de France. "Le Brésilien" était alors le grand espoir du football français. De nombreuses graves blessures ont malheureusement entaché son parcours, tout de même exceptionnel. Aujourd'hui âgé de 43 ans, l'ancien attaquant de Nantes et Bordeaux a raconté à FIFA.com ses Jeux Olympiques, sa vision du football, et son point de vue sur le Tournoi olympique d'Athènes. Entretien.

José, qu'avez-vous pensé du Tournoi olympique d'Athènes ?
La force de l'Argentine a sans doute été son collectif, sa cohésion, son professionnalisme. C'est vrai que certaines équipes ne viennent pas avec leurs meilleurs joueurs, mais faire venir des jeunes est aussi bénéfique au bout du compte. Il n'y a pas de déchet dans le football, si ce n'est la triche.

L'Amérique du sud a placé ses deux représentants en finale. Ce continent brille dans les catégories de jeunes. Pourquoi ?
Je ne suis pas surpris. L'Amérique du sud, grâce au football, résiste à toutes ses fractures. L'Amérique du sud, c'est la passion du football, les jeunes le vivent de manière très intense. C'est leur espoir. En Europe, les enfants sont plus gâtés, ils ne jouent plus avec la faim au ventre. Ils sont adulés trop vite sans doute. Un terrain de football n'est rien d'autre qu'un concentré de vie en société. Il y a les bons et les mauvais, de la violence et de la générosité. Ce sport reste populaire car on peut y jouer n'importe où, et parce qu'il véhicule une notion de partage extraordinaire.

A l'inverse, l'Afrique, traditionnellement en réussite dans les catégories de jeunes, est sur la pente descendante, pourquoi selon vous ?
L'Afrique vit sans doute une baisse de régime. Car c'est un continent toujours très fragile. Il y a un travail de fond à faire. Les dirigeants africains ont cette responsabilité. Et puis il y a beaucoup de grands joueurs africains dans des clubs prestigieux européens. C'est aussi leur rôle de faire passer des messages. Le travail en terme d'infrastructures est colossal, c'est un travail commun. Il ne faut pas chercher à se comparer au football européen. Il faut rester humble et restaurer la notion de partage pour développer un football africain qui ne demande que cela.

Il y a 20 ans, vous remportiez le Tournoi olympique de football avec l'équipe de France à Los Angeles. Quel souvenir en gardez-vous ?
Pour les Jeux Olympiques de 1984, nous avions un peu l'impression d'être des mercenaires, puisque nous étions les premiers professionnels. Nous n'avions donc pas été très bien accueillis. C'était un peu l'aventure. A cause d'une blessure, je n'avais pas pu participer au Championnat d'Europe en France. Henri Michel m'a dit qu'il comptait sur moi pour les JO si je récupérais assez vite. Et quand j'ai pris l'avion pour Los Angeles, je crois que c'est la première fois que j'ai compris que j'étais un athlète. Car les JO représentent quelque chose d'immense, qui dépassent largement le football, un aspect universel. Et puis Los Angeles, cela avait un côté magique. Nous avions la volonté de bien figurer. Notre groupe était très compétitif, nous avions réussi d'excellentes qualifications.

Le football a toujours une place un peu à part aux JO, comment l'avez-vous ressenti à l'époque ?
C'était un peu particulier car nous étions sur la côte Est au premier tour. Ensuite, pour les quarts de finale, nous étions au Village olympique, avec les basketteurs français. J'ai évidemment rencontré d'autres athlètes, je suis allé voir d'autres disciplines. C'était aussi une partie de la motivation, nous savions que si nous nous qualifiions pour les quarts de finale, nous irions à Los Angeles. Lorsque nous étions à Minneapolis, une petite ville du nord des Etats-Unis, ce n'était pas exactement l'esprit des JO.


La remise de la médaille d'or a dû être un grand moment…
Le connaissant désormais un peu, j'aurais aimé que Joseph S. Blatter me donne la médaille d'or. Mais João Havelange était président à l'époque et recevoir cette médaille d'or a été quelque chose d'un peu magique. Il y avait 100 000 spectateurs dans le stade de Pasadena, c'était l'époque des premières 'Ola', nous jouions le Brésil. Et pourtant, le moment le plus fort reste celui où nous avons reçu la médaille, avec tout ce que cela peut représenter. Mais on se rend compte de cela plus tard.


Comment votre victoire a été reçue en France ?
Au plan médiatique, tout était plus simple à l'époque, nous ne recevions pas de Légion d'Honneur en rentrant. Je ne crois pas que nous ayons été reçus comme des rois. Ma mère était ravie, mes amis aussi. Et puis le quotidien revient. Finalement, j'ai vécu les Jeux Olympiques comme des vacances qui ont duré longtemps car nous sommes allés au bout !