Garay sait se placer

Sur le terrain comme en dehors, le football professionnel exige d'être en permanence à l'affût des opportunités. Certes, le niveau intrinsèque est un paramètre indispensable pour réussir une carrière, mais il est tout aussi essentiel de se tenir prêt à bondir dans le bon wagon, car celui-ci se présente rarement deux fois.

A 21 ans, le défenseur argentin Ezequiel Garay a su emprunter les bonnes voies, en montant dans pratiquement tous les trains qui lui sont passés devant. Il a fait ses débuts dans le football de haut niveau à 18 ans et a aussitôt décroché un titre de champion. Après avoir remporté la Coupe du Monde U-20 de la FIFA et disputé une poignée de matches en première division argentine, il a pris une ligne directe menant à une modeste gare du championnat d'Espagne. Là-bas, il est monté en puissance, à tel point que le grand Real Madrid vient de conclure son transfert moyennant une dizaine de millions d'euros. Aujourd'hui, le néo- Merengue se concentre sur le déplacement à Pékin, où la sélection albiceleste sera amenée à défendre sa médaille d'or olympique. Mais ce joueur ambitieux a une autre idée derrière la tête : les A.

Un attaquant reconverti en défenseur
Garay est né à Rosario, dans la province de Santa Fe, le 10 octobre 1986. Quand il était encore un gamin, ses entraîneurs le faisaient jouer... attaquant ! "Dès que je suis arrivé chez les jeunes de Newell's Old Boys, on m'a mis défenseur et depuis, je n'ai plus quitté l'arrière", se souvient-il avec amusement. Dans les petites catégories, les observateurs remarquent sa présence physique, qui reste aujourd'hui l'un de ses atouts avec son 1,89 m, mais aussi et surtout ses qualités footballistiques : une sécurité rassurante dans ses anticipations, une relance soignée, un excellent jeu de tête dans les deux surfaces de réparation et une aisance remarquable sur les coups de pied arrêtés.

Le jeune homme commence à se faire un nom en 2003, quand Hugo Tocalli l'intègre aux U-17, futurs vainqueurs de l'Equateur et troisièmes de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA disputée en Finlande. Titulaire à chaque match, Garay inscrit deux buts lors de chaque compétition. "Ce passage dans la sélection de jeunes m'a beaucoup servi. Il m'a permis de mûrir en tant que joueur et que personne", aime-t-il à rappeler.

El Negro, comme il est surnommé en raison de son teint mat, est lancé en première division en décembre 2004 contre Gimnasia y Esgrima de La Plata, une journée avant que Newell's remporte le Tournoi d'ouverture. "J'ai connu des débuts de rêve : j'ai joué mon premier match lors d'une sorte de finale anticipée. Je ne m'y attendais pas et bien sûr, j'étais heureux", a-t-il récemment déclaré au quotidien argentin Clarín.

Une année particulière
L'année 2005 a offert plusieurs satisfactions à Garay. La première, il l'a vécue sous la tunique albiceleste en remportant la Coupe du Monde U-20 de la FIFA disputée aux Pays-Bas. S'il démarre la compétition sur le banc et ne joue que quelques minutes face à l'Espagne en quarts, il est titularisé pour la finale contre le Nigeria. "Remporter le titre mondial avec la sélection, c'est quelque chose d'unique", assure Ezequiel. Surtout quand ses coéquipiers ont pour noms Lionel Messi, Sergio Agüero, Fernando Gago, Oscar Ustari...

Le mois de novembre de cette année 2007 s'inscrira dans la même veine. Le dimanche 6, ce Leproso - surnom donné aux supporters de Newell's - a eu le plaisir d'inaugurer son compteur en première division contre Rosario Central, lors du grand derby de sa ville. "Ce but, c'est celui qui me tient le plus à cœur pour l'instant, se souvenait-il récemment. Non seulement c'était le premier, mais en plus, il a permis de gagner le clásico 2:1".

Dix-neuf jours plus tard, Garay paraphe son contrat au Racing Santander, en Espagne. Avec à peine 13 matches de Primera dans les valises, El Negro, qui se serait consacré au tennis s'il n'avait pas percé dans le ballon rond, effectue le grand saut vers l'un des championnats les plus relevés de la planète. Sera-t-il à la hauteur des attentes ?

Des objectifs affirmés
Les six premiers mois au bord de la mer Cantabrique s'avèrent quelque peu laborieux, mais dans la discrétion, Garay gagne progressivement sa place. "Au début, j'ai eu du mal, surtout parce que ça joue plus vite en Espagne qu'en Argentine. Mais j'ai continué à travailler en attendant que mon heure vienne. Quand elle est arrivée, j'ai su en profiter", confiait-il récemment à la presse espagnole.

Sa patience et son abnégation payent puisqu'il dispute sept matches dans leur intégralité sur les 14 dernières journées de la saison 2005/06. Cette fin de parcours annonce un exercice 2006/07 encore plus fructueux avec 30 titularisations sur 38 journées. Son premier but espagnol est quasiment aussi symbolique que celui du derby de Rosario. Il inscrit en effet un coup franc contre le grand Real Madrid, à Santiago Bernabeu qui plus est. Si la rencontre se solde par une défaite 1:2 des visiteurs, Garay prendra sa revanche au retour en signant un doublé lors du succès 2:1. Au total, l'Argentin a marqué neuf buts, dont sept depuis le point de penalty.

La retraite internationale de Roberto Ayala propulse le nom de Garay sur les tablettes du sélectionneur des A. Alfio Basile le retient pour une tournée en mai 2007 et il est quasiment assuré d'aller au Venezuela pour disputer la Copa América. Malheureusement, une blessure au genou le prive de ces deux rendez-vous avec l'équipe nationale.

Bien remis, le droitier effectue un début de saison 2007/08 tonitruante avec le Racing Santander, si bien qu'il fait enfin ses grands débuts internationaux le 23 août, en amical contre la Norvège. Cependant, cette première convocation est pour l'heure restée sans suite. "Je suis conscient que je n'ai pas forcément réussi mes débuts, mais je vais continuer à travailler. J'espère que mes performances aux JO vont m'aider à revenir avec les A." Histoire de grimper de nouveau dans le bon wagon.