Batista : "Rien à envier au Brésil"
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Le grand public ne connaît peut-être pas Sergio Batista, qui est à la tête de la sélection argentine. Ce stratège plein d'humilité n'est pas du genre à se laisser aller à des envolées lyriques, comme certains de ses collègues. Ses idées, il préfère les exprimer de façon claire, sans s'enflammer.

Cependant, pour les connaisseurs du football argentin, El Checho est une personnalité de renom qui a, entre autres, disputé deux Coupes du Monde de la FIFA. Débarrassé de la barbe avec laquelle il avait accédé à la gloire à Mexique 1986 et à Italie 1990, il n'a pas perdu la tranquillité qui faisait sa force sur le rectangle vert. L'ancien joueur d'Argentinos Juniors et de River Plate a évoqué avec FIFA.com sa philosophie du jeu, les clés menant à une nouvelle médaille et le prochain match contre le Brésil. Pour lui, il n'y a pas l'ombre d'un doute : l'Argentine va gagner.

Vous vivez votre première expérience à la tête de la sélection aux côtés de José Brown, qui était votre coéquipier à Mexique 1986. Comment jugez-vous ce coup d'essai ? Quelles sont vos sources de plaisir ?
Mon groupe de joueurs. J'apprécie le fait de pouvoir leur faire confiance, de discuter beaucoup avec eux de les voir épanouis. Il y a cet aspect, mais aussi la satisfaction de faire ce que j'aime. C'est fondamental. Si le groupe ne se sent pas bien avec moi, si je perçois un certain mal-être, alors je suis le premier à me mettre de côté. Avec le Tata, nous avons une grande opportunité : nous avons déjà démontré ce que nous pouvions donner pour ce maillot en tant que joueurs ; maintenant, nous voulons récidiver dans un autre rôle.

Parlons de la rivalité avec le Brésil. Comment se sont passées vos rencontres face à la Seleçao durant votre carrière de joueur ?
J'ai gagné deux fois et perdu deux fois ; c'est du 50/50. C'est un clásico très spécial. Peu importe dans quel état de forme on l'aborde : n'importe qui peut gagner. Nous nous respectons beaucoup. Si nous pouvions nous éviter jusqu'à la finale, nous le ferions. Mais qu'une chose soit claire : l'Argentine n'a rien à envier au Brésil, même s'il a remporté les dernières confrontations. C'est une histoire de séries. Dans les années 1990, la balance penchait en notre faveur.

L'Argentine - Brésil d'Italie 1990 est-il celui dont vous vous souvenez le mieux ?
Oui, bien entendu. Nous ne jouions pas bien et nous avons beaucoup souffert, mais nous avons gagné face à une très grosse équipe. Pour nous, cette victoire portait une saveur spéciale, comme à chaque fois que l'Argentine sort le Brésil. Les Brésiliens ressentent bien la même chose, non ?

Dunga était lui aussi sur le terrain lors de ce match. Quel souvenir gardez-vous de lui ?
C'était déjà un grand entraîneur sur le terrain ; il mettait de l'ordre dans son équipe et il avait une grosse frappe. Ce n'était pas un grand technicien, mais il avait du caractère, il se comportait en patron. Je n'ai pas le souvenir de m'être accroché avec lui. C'était un joueur aguerri, mais aussi un gentleman.

Comment le considérez-vous en tant qu'entraîneur ?
Il s'est fait critiquer à cause du style de jeu du Brésil, mais pour moi, ce n'est pas lui le coupable. Dans le football international, il n'y a plus de place pour l'innocence. Si tu entres sur le terrain pour faire du jogo bonito, tu perds le match et tu te fais accabler par les critiques. Malheureusement, le football actuel fonctionne ainsi. Il faut être patient et se montrer plus prudent. Dunga a bien compris ça et c'est comme ça que le Brésil a gagné la dernière Copa América, par exemple.

A quel type de match faut-il s'attendre mardi ?
Les deux équipes vont se surveiller de près, mais il y aura du beau jeu car il y aura de bons joueurs sur le terrain. Nous allons chercher la victoire, mais sans être innocents. Le Brésil va nous attendre, comme lors de la finale de la dernière Copa América. Pourquoi alors s'offrir aux contres si l'autre équipe n'attaque pas ? Nous allons chercher les cages adverses, mais avec patience. Quand ils essaieront de nous prendre en contre, nous serons organisés.

Selon vous, le Brésil aimerait-il avoir certains de vos joueurs ?
Il aimerait en avoir beaucoup. Qui ne voudrait pas d'un Messi, d'un Riquelme, d'un Agüero ou d'un Mascherano ? Et je vous donne là des exemples, rien de plus. Mais les Brésiliens ont eux aussi de grands joueurs : Ronaldinho, Pato, Marcelo, Anderson... Ils ont notre respect.

Un pronostic pour ce match ?
Nous allons gagner, j'ai confiance. Nous sommes motivés et préparés pour y arriver. Nous sommes venus pour la médaille d'or, nous rêvons de la décrocher.

Et dire que quand vous avez raccroché, vous avez dit que vous ne deviendriez jamais entraîneur. Où est passé ce Batista-là ?
Il est très loin ! (rires) Beaucoup de choses se sont passées depuis. Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui. Pourvu que cette expérience ait la fin heureuse que nous espérons tous.