Pearce : "Les JO sont une compétition à part"
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Après 52 ans d'absence, c'est sous la houlette de Stuart Pearce que la Grande-Bretagne s'apprête à retrouver les Jeux Olympiques. À quelques jours de son entrée en lice contre le Sénégal le 26 juillet, l'ancien international anglais et entraîneur de longue date des U-21 de son pays a répondu aux questions de FIFA.com.

Le tacticien évoque notamment l'atmosphère spéciale qui entoure le tournoi ainsi que l'avantage de pouvoir compter sur des joueurs expérimentés, à l'image de Ryan Giggs, pour renforcer l'équipe et tenter de profiter de l'avantage du terrain dans la course à l'or.

De toutes les compétitions auxquelles vous avez participé en tant qu'entraîneur, le Tournoi Olympique de Football Masculin est-il le plus prestigieux ?
La seule chose qui change est que les autres tournois auxquels j'ai participé se déroulaient toujours à la fin de notre saison de football. Par conséquent, l'entraînement était conçu un peu différemment. Je suis allé à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA en Colombie à la même période de l'année, ce qui fait que la majorité de mon staff et moi-même avons l'expérience et pouvons nous en servir. Dans les grandes lignes, la préparation a été identique. La seule différence est que nous avons un peu plus travaillé le physique qu'avant les autres tournois.

Sur quoi avez-vous mis l'accent à l'entraînement, étant donné que la période de préparation a été relativement courte : la tactique, le collectif, les adversaires que vous allez affronter ?
Un peu tout ça, je dirais. Sur le plan physique, notre objectif est que les garçons soient prêts pour le match contre le Sénégal. Nous savions que nous serions un peu courts pour les rencontres face au Mexique et au Brésil, mais nous devrons être complètement prêts pour le Sénégal.

Quels ont été vos critères de sélection pour les joueurs de plus de 23 ans ?
En réalité, cela s'est fait assez simplement. J'ai d'abord sélectionné les meilleurs U-23. Ensuite, j'ai analysé le groupe pour voir s'il y avait des secteurs à renforcer. C'est ce qui m'a amené à choisir Craig Bellamy pour l'attaque, Micah Richards pour la défense, et Ryan Giggs pour la saison exceptionnelle qu'il vient de réaliser ! Ça n'a pas été plus compliqué que cela. Nous avons formé une équipe sur le papier et identifié nos points forts et nos points faibles. Nous avions la possibilité de prendre trois joueurs de plus de 23 ans. C'est ce que nous avons fait, avec un joueur pour chaque ligne. Ils formeront en quelque sorte la colonne vertébrale de l'équipe.

Comparé à votre travail habituel avec les U-21, qu'a changé le fait de pouvoir faire appel à des joueurs plus âgés ?
Cela nous a amenés à travailler un peu différemment. En tant que capitaine, Ryan Giggs assiste aux réunions de l'encadrement technique. Il nous donne son point de vue sur les joueurs. C'est une démarche que je n'ai pas avec les U-21. C'est une approche différente et qui fonctionne très bien. Je pense que Ryan apprécie aussi d'avoir son mot à dire. Vu son expérience et tous les titres qu'il a gagnés, son opinion est précieuse et bénéfique pour tout le monde. C'est vraiment un bonus de l'avoir.

Des équipes comme le Brésil, l'Uruguay et le Mexique s'entraînent ensemble depuis longtemps, ce qui n'est pas le cas de la Grande-Bretagne. Est-ce un désavantage ?
Nous sommes un peu à part en ce sens que contrairement aux 15 autres équipes, nous ne sommes pas passés par les éliminatoires. Il est évident que l'expérience des qualifications soude un collectif. Cela laisse plus de temps à l'entraîneur pour préparer l'équipe, travailler avec les joueurs et apprendre à les connaître. De ce point de vue, oui, nous sommes un peu désavantagés. Par contre, nous aurons l'avantage de jouer à domicile. Les autres sélections ont dû voyager, ce qui n'est pas notre cas et bien sûr, nous jouerons devant notre public. Nous comptons beaucoup sur nos supporters. Nos joueurs ne savaient pas trop à quoi s'attendre lorsque nous nous sommes réunis il y a deux semaines. C'est quand ils sont allés pour la première fois au village olympique qu'ils ont pris conscience de l'ampleur de l'événement. C'est une chose que nous devons utiliser en notre faveur.

Certains aspects de l'événement vous surprennent-ils ?
J'ai participé à des Coupes du Monde et des Championnats d'Europe en tant que joueur, et à des Championnats U-21 et des Coupes du Monde comme entraîneur. Les Jeux Olympiques sont une compétition à part. J'en ai parlé aux joueurs et à vrai dire, il est difficile de trouver les mots justes pour décrire ce qui se passe. Les joueurs sont parfaitement conscients de la taille exceptionnelle de l'événement. Toute l'excitation autour de l'EURO est retombée et maintenant, le compte à rebours avant les Jeux Olympiques est sur le point d'expirer. Nous devons désormais satisfaire le public pour qu'en retour, il nous apporte le soutien dont nous avons besoin.

À quels problèmes vous attendez-vous dans cette phase de groupes ?
Il ne faudra sous-estimer personne. Nous connaissons évidemment Luis Suarez. Edinson Cavani a joué la Ligue des champions cette année. L'attaque uruguayenne est donc redoutable. Quant au Sénégal, il vient de battre l'Espagne 2:0 sur son terrain. J'ai visionné le match où le Sénégal a obtenu sa qualification, contre Oman. Pour ce qui est des Émirats arabes unis, ils ont disputé 17 matches de préparation. L'équipe qui gagnera ce tournoi sera la meilleure bien sûr, mais ce sera aussi celle qui aura eu le plus de fraîcheur, le mieux voyagé, évité les suspensions, les blessures et tout le reste. Il y a tellement de paramètres à prendre en compte. Essayer de prévoir le nom du vainqueur est une véritable loterie. Il faut gagner six matches en 17 jours. C'est une tâche titanesque pour n'importe quelle nation.

Vous sentez-vous un peu lésé par le fait que l'Angleterre a utilisé pour l'UEFA EURO 2012 pas mal de joueurs de plus de 23 ans qui auraient pu disputer le Tournoi Olympique ?
Des joueurs de plus de 23 ans et aussi pas mal de joueurs de moins de 23 ans... Pour être précis, nous avions huit garçons de moins de 23 ans à l'EURO. Nous nous estimons heureux d'avoir pu récupérer Jack Butland dans les buts. Mais ça fait quand même sept joueurs U-23 qui étaient éligibles et sur lesquels je n'ai pas pu compter. Cela dit, je préfère voir le côté positif de la chose, à savoir que les 18 joueurs finalement retenus vont bénéficier d'une opportunité fantastique. De toute façon, une fois que vous avez fait votre liste définitive, vous ne vous occupez que des gens qui sont là.

Quels sont vos objectifs dans ce tournoi ? Une médaille est-elle un espoir réaliste ?
Personnellement, je prépare mon équipe pour aller au bout et gagner la finale. Nous nous entraînons uniquement dans cet objectif et c'est aussi dans ce but que nous nous exerçons aux penalties. Je ne crois pas qu'un seul entraîneur des 16 équipes présentes ait un autre objectif que la victoire finale. Il ne faut pas oublier que nous jouons à domicile. C'est à domicile que l'Angleterre a gagné la Coupe du Monde en 1966 et chez nous à l'EURO 1996, nous sommes arrivés à un match de la finale. Dans le monde entier, l'avantage du terrain est une réalité.