Aboutrika puise l'énergie dans la tragédie
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Tout le monde ne croit pas à la notion de destinée. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que certains événements n’arrivent pas par hasard. Le passage de l’Égypte en quart de finale du Tournoi Olympique de Football Masculin le 1er août, tout juste six mois après le drame de Port-Saïd, a quelque chose de symbolique.

De tous les protagonistes, c’est sûrement le capitaine Mohamed Aboutrika qui est apparu le plus bouleversé par cette qualification. Sa réaction est d'autant moins étonnante qu’il était sur les lieux en cette soirée tragique du 1er février, réconfortant les victimes réfugiées dans le vestiaire d’Al Ahly. Des événements qu’il gardera gravés au fond de sa mémoire pour mieux honorer les 79 personnes décédées.

"Je pense toujours à ces gens car nous les avons vu mourir", rappelle-t-il. "Ces images sont toujours en nous et cela nous incite à donner le meilleur de nous-mêmes pour rendre hommage aux victimes. Nous essayons d’aider leurs familles comme nous le pouvons. J’espère que les victoires remportées ici mettront un peu de baume au cœur des Égyptiens."

Mais Mohamed Aboutrika n’a pas toujours vu les choses de cette façon. Choqué par les événements de Port-Saïd, il s’est aussitôt éloigné du football. “L’idée d’arrêter pour de bon m’a effleuré l’esprit”, admet-il. “Mais j’ai changé d’avis car j’ai décidé que je devais continuer à jouer pour tous ces martyrs.”

Cette source de motivation constitue peut-être un mal nécessaire pour compenser l’affaiblissement dû à la pratique du Ramadan. Pourtant, ce rite ne présente pas que des mauvais côtés, selon le capitaine.  "Le jeûne a des effets sur l’organisme, c’est une certitude et il est naturel que nous le ressentions à la fin des matches", confie-t-il au micro de FIFA.com. "Mais d’un autre côté, je pense que ça nous galvanise. "

Déjà tourné vers le Brésil
Un sentiment corroboré par la dernière sortie de l’Égypte, qui s’est transcendée en deuxième période pour inscrire trois buts en un quart d’heure face au Belarus dans un match décisif. Ce succès amplement mérité permet aujourd’hui aux Pharaons de rêver à un objectif jamais atteint en dix tentatives. "On sait qu’on peut entrer dans l’histoire car jamais l’Égypte n’a remporté de médaille olympique en football", reprend Aboutrika. "Cette compétition est également importante car nous voulons construire une équipe compétitive pour la Coupe du Monde 2014. Nous voulons tous y participer."

Pour s’ouvrir le chemin du dernier carré, l’Égypte devra écarter le Japon, qui a dominé le Groupe D en battant l’Espagne et n’a encore encaissé aucun but. Mais le capitaine égyptien sait par expérience que les Nippons, malgré leur forme actuelle, sont loin d’être infaillibles. "Le Japon est une excellente équipe qui possède des joueurs techniques et rapides. Ils sont bien organisés et ce sera une partie compliquée. Mais nous les avons battus 3:2 récemment lors d’un tournoi à Toulon. Alors nous voulons y croire. "

Gonflée à bloc et habitée par le désir de rendre heureux tout un peuple qui a souffert dans sa chair après la tragédie de Port-Saïd, l’Égypte est peut-être loin d’avoir fini son parcours olympique.