Le retour du grand timonier

Si l'on se fie à l'expérience, la sélection féminine chinoise n'aurait pu trouver meilleur entraîneur que Shang Ruihua. Dix-sept ans après avoir conduit les Roses d'acier en quarts de finale de la première Coupe du Monde Féminine de la FIFA, le vieux routier de 63 ans reprend la barre, avec pour mission de hisser l'équipe hôte à une place honorable aux Jeux Olympiques d'août.

Artisan des médailles d'argent décrochées à Atlanta 1996 et à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 1999, Shang est considéré comme le parrain du football féminin en Chine. FIFA.com s'est récemment entretenu avec lui de sa nomination à la place d'Elisabeth Loisel, des perspectives de la sélection et de sa stratégie d'entraînement en vue de Pékin 2008.

Ce doit être exaltant de se voir de nouveau confier des fonctions que l'on a exercées dix-sept ans plus tôt.
Je ne dirais pas exaltant, mais je ne connais pas de plus grand honneur que de servir mon pays. Pour l'instant, je songe surtout à la tâche qui m'attend en tant que responsable de la montée en puissance de l'équipe.

Votre nomination survient dans la foulée des prestations décevantes de la sélection lors du Championnat de l'EAFF (fédération est-asiatique de football) et de l'Algarve Cup, où la Chine s'est classée neuvième sur douze. Le défi semble difficile à relever.
C'est vrai que la sélection traverse une mauvaise passe. Mais j'ai une longue expérience d'entraîneur dans le football féminin et je sais que nous avons les moyens d'affronter l'élite mondiale. Les revers subis dans les récents tournois régionaux et internationaux ne reflètent en rien le niveau et les atouts de l'équipe, qui se serait montrée beaucoup plus efficace si tout avait marché normalement.

Quelle sera votre tâche la plus urgente ?
Ma première priorité est de remettre les joueuses en confiance. A cette fin, il faut les faire travailler dur autour d'un objectif commun. Finie la confusion, on doit recréer l'esprit de cohésion au sein de l'effectif. Ce qui compte le plus, sur le plan tactique, c'est le travail d'équipe, le déploiement d'un bon jeu collectif.

Trouvez-vous le football féminin actuel très différent de ce qu'il était il y a dix-sept ans ?
Le niveau s'est nettement amélioré dans les différentes catégories d'âge, car nous disposons d'un plus vaste vivier où puiser des talents pour la sélection. Davantage de filles jouent au football aujourd'hui, et nous possédons 60 équipes juniors, y compris des U-16 et U-18. D'un autre côté, au début des années 1990, de nombreuses joueuses sont venues au football après avoir pratiqué d'autres sports où elles excellaient. Leurs qualités athlétiques en ont très vite fait de bonnes footballeuses. Il n'est donc guère étonnant que l'époque ait été propice à l'éclosion de stars mondiales telles Sun Wen et Liu Ailing.

Est-ce à dire qu'aujourd'hui, la Chine souffre d'une pénurie de grands talents ?
Les filles commencent à jouer très jeunes à présent et elles assimilent bien les fondamentaux. C'est le côté physique et athlétique qu'elles doivent travailler par le biais d'un entraînement poussé et pointu.

Vous avez conduit les U-20 au titre de vice-championnes du monde à Russie 2006. Combien de joueuses de cette équipe figurent dans vos projets de sélection ?
Huit d'entre elles font partie de l'équipe actuelle, mais j'entends suivre de près et tester les jeunes espoirs. Elles devront faire leurs preuves lors des entraînements et des matches amicaux pour se tailler une place dans la sélection olympique.

Comment comptez-vous préparer vos joueuses au grand rendez-vous olympique ?
Nous les convoquerons pour une série de stages, qui comprendront un déplacement aux Pays-Bas du 1er au 8 mai, où nous disputerons quelques amicaux contre des équipes locales. La Coupe d'Asie Féminine (28 mai - 8 juin) nous offrira en outre une excellente occasion de tester les joueuses et les formations dans la dernière ligne droite avant les Jeux Olympiques.