Journée internationale contre le racisme

Asamoah : "Le football est un sport rassembleur"

Gerald Asamoah with son will be honored bay teh fans after the Gerald Asamoah's Farewell Match
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  • Le 21 mars est la Journée internationale contre le racisme
  • Gerald Asamoah, premier footballeur d’origine africaine de l’équipe d’Allemagne
  • "Le football a le pouvoir de nous réunir", explique l'ancien international

Gerald Asamoah a été vice-champion du monde 2002 ; il a remporté deux Coupes d’Allemagne, disputé près de 300 matches en Bundesliga et porté le maillot de l’Allemagne à 43 reprises. Il a également été l’un des acteurs de l'épopée de la Nationalmannschaft lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2006™, achevée à la troisième place.

À première vue, Asa a toutes les raisons de se réjouir, à l’heure de dresser le bilan de sa carrière. Ce serait oublier un peu vite les nombreux obstacles qui ont jalonné son parcours, dont certains problèmes qui ne se limitent pas au terrain.

Né à Mampong, au Ghana, Asamoah a fait la cruelle expérience du racisme à son arrivée en Allemagne, il y a plus de 30 ans. Mais il entré dans l’histoire en 2001, en devenant le premier footballeur d’origine africaine à endosser le maillot de Nationalmannschaft, peu de temps après sa naturalisation. À l’époque, Asamoah s’était exprimé sur sa décision de représenter son pays d’adoption : "J’avais envie de prouver à certaines personnes qu'un homme noir pouvait aussi apporter quelque chose à l’Allemagne".

Coach Joachim Loew gives advise to Geral Asamoah of Germany 
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À l’occasion de la Journée internationale contre le racisme, l’ancien international, aujourd'hui âgé de 42 ans, évoque la place de ce fléau dans le football et dans la société, mais aussi les actions que les joueurs ou la FIFA peuvent entreprendre pour le combattre. Asamoah estime que l’instance dirigeante du football mondiale est totalement dans son rôle, lorsqu’elle s’engage dans la lutte contre le racisme et la discrimination. "Tant qu'il reste des choses à faire, on ne peut pas se reposer. Bien entendu, je suis heureux de voir que nous avons beaucoup progressé, mais on peut toujours aller plus loin", explique Asamoah à FIFA.com.

Heureusement, ce combat difficile semble porter ses fruits. Selon lui, on note une amélioration dans ce domaine depuis quelques années. "Hélas, il reste des gens qui ne veulent rien entendre mais nous ne pouvons pas les ignorer. Il faut continuer inlassablement à essayer de les convaincre", insiste-t-il. "À chaque fois que j’entends parler d'un nouvel incident, je me demande pourquoi certaines personnes ne peuvent pas simplement accepter le fait que nous sommes tous des êtres humains. Peu importent la couleur de votre peau et l’endroit d’où vous venez. Il faut accepter chacun comme il est. Je suis triste et honteux qu’en 2021, nous soyons encore en train de débattre de ces questions. Avant, on me jetait des bananes. On ne voit plus ce genre de choses aujourd'hui, mais l’hostilité est toujours là."

"Le football est un sport rassembleur", ajoute-t-il. "Dans les vestiaires des équipes professionnelles, on trouve de nombreuses nationalités, mais les joueurs n’ont qu'un seul but : gagner ensemble. Les clubs et les joueurs ont un rôle important à jouer. Par exemple, quand une personne connue, comme un footballeur professionnel, s’engage contre le racisme, c’est important. Mais il faut aussi s’inscrire dans la durée. Nous ne pouvons pas nous contenter de réagir ; il faut agir. Trop souvent, il faut un incident grave pour que les médias abordent le sujet. Nous devons être plus présents dans les écoles et les célébrités doivent envoyer un message clair : nous sommes tous égaux."

 FIFA legends Ivan Zamorano, Gerald Asamoah and Mark Bresciano look on
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Son avis sur...

... ses propres expériences en matière de discrimination

J’ai toujours pensé qu’en se taisant, on ne risquait pas de faire avancer les choses. J’ai été confronté à beaucoup d’hostilité, mais je me suis défendu. Je me suis toujours considéré comme un modèle. Malheureusement, ceux qui sont déjà convaincus sont beaucoup plus difficiles à toucher. En revanche, les jeunes sont plus ouverts. Il faut leur montrer que nous sommes tous égaux, quelle que soit la couleur de notre peau. C’est le message que j’ai cherché à véhiculer.

Le pire, c’était après la Coupe du Monde 2006. Au sortir du tournoi, j’avais pourtant le sentiment d’avoir trouvé ma place et d’être complètement accepté. Il faut dire que nous avons vécu beaucoup de belles choses, pendant cette Coupe du Monde. Mais quelques semaines plus tard, alors que je jouais avec Schlake, je me suis de nouveau fait huer et insulter. Parmi ces gens-là, il y en avait certainement qui m’avaient encouragé pendant la Coupe du Monde. J’ai eu beaucoup de mal à l’accepter. C’était un pas en arrière qui m’a énormément déçu.

... le rôle du football

Le football a le pouvoir de nous réunir. Quel que soit votre milieu, tout le monde connaît les règles et tout le monde peut jouer. Dès que vous entrez sur le terrain, vous avez le même objectif que les autres : gagner. Lorsque j’ai quitté le Ghana avec ma famille à l’âge de 12 ans, le football m’a été très utile car il m’a permis de rencontrer beaucoup de gens en Allemagne. D’un côté, il y avait ma famille mais, de l’autre, le football m’a donné l’occasion d'entrer en contact avec une autre culture. Mes nouveaux camarades m’ont tout de suite accepté et j’ai eu le sentiment de faire partie d’un groupe. C’est la raison pour laquelle je suis très reconnaissant au football. Je peux dire que, sans lui, je n’aurais pas la chance d’être celui que je suis aujourd’hui.

... ses débuts en club

À l’époque, je ne parlais pas allemand. Je pense que c'est une bonne idée de s’inscrire dans un club de sport. C’est le cadre idéal pour faire le premier pas vers les autres : on apprend par la parole et par le geste, on s’intègre en se fixant des objectifs collectifs et en gagnant tous ensemble. Franchement, mieux vaut aller faire du sport que de rester toute la journée devant la télévision. Le football m’a appris à être autonome et à prendre mes propres décisions, sur le terrain comme dans la vie.

Quelques mois après avoir raccroché les crampons, Asamoah a fait une apparition lors du Gala FIFA Ballon d’Or 2015, au cours duquel il a reçu le Prix du Fair-play de la FIFA au nom de l'ensemble des fédérations et des clubs impliqués dans l’aide aux réfugiés, partout dans le monde. "Au bout du compte, ce que nous faisons devrait être une évidence pour tout le monde : nous accueillons des gens dans le besoin. Je sais ce que c’est d’arriver dans un pays étranger dont on ne connaît rien. Il était donc naturel pour moi de m’impliquer dans ce mouvement", conclut-il.

 Gerald Asamoah accepts the FIFA Fair Play Award on behalf of all football organisations supporting refugees
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