Football Féminin - Canada

McLeod : "On devrait prendre plus de plaisir à faire notre métier"

Erin McLeod at the 2015 FIFA Women's World Cup.
© Getty Images
  • La Canadienne Erin McLeod a disputé quatre Coupes du Monde
  • La gardienne a connu des problèmes personnels
  • Elle explique comment la pleine conscience et son transfert en Islande lui ont donné un second souffle

Erin McLeod a disputé quatre éditions de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, a honoré 118 sélections avec le Canada et a décroché la médaille de bronze aux Jeux Olympiques. Également artiste et philanthrope, elle s'est fait connaître en tant que conférencière en motivation et comme défenseuse des questions LGBTQ+, des droits de l'Homme et de l'émancipation des femmes.

Elle a réussi tous ces accomplissements malgré une vie et une carrière déchirées par les doutes et la douleur. En plus d'avoir subi de graves blessures physiques, McLeod a dû faire face à une crise d'identité et une remise en question permanente, un trouble alimentaire, la dépression et un divorce difficile.

Âgée aujourd'hui de 37 ans, la gardienne n'a plus représenté son pays depuis plus d'un an, a raté la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™ en raison d'une blessure et ne sait pas vraiment si elle sera convoquée pour les Jeux Olympiques de l'an prochain. Mais elle reste optimiste, sereine et heureuse en Islande où elle porte les couleurs de Stjarnan.

La gardienne prêtée par Orlando Pride n'a jamais pris autant de plaisir à jouer au football, comme elle le dit à FIFA.com. Elle explique ce qui lui a permis de prendre une nouvelle perspective sur la vie.

Erin McLeod in action at the 2011 FIFA Women's World Cup.
© imago images

Erin, vous êtes actuellement en Islande. Comment s'est fait ce transfert et quelle vie menez-vous ?

Cette année a été complètement folle pour plusieurs raisons, mais j'apprécie certains événements qui se sont produits, comme mon transfert ici. Ça n'a pas été facile avec Orlando Pride puisque nous avons dû déclarer forfait en Challenge Cup. J'ai été blessée, je suis revenue, puis encore blessée, comme ça pendant un an, donc j'avais vraiment besoin de jouer. J'ai discuté avec le club et avec mes entraîneurs en sélection et on a commencé à parler d'Islande parce que ma copine (l'internationale islandaise d'Utah Royals Gunny Jónsdóttir) est Islandaise. On avait visité l'Islande ensemble en décembre dernier et on y a rencontré des personnes qui travaillent à Stjarnan, le club où elle a joué quand elle était jeune. Quand j'ai commencé à voir quelles options s'offraient à moi, l'opportunité de venir ici en été, le fait qu'il y ait peu de cas de Covid en Islande et l'opportunité d'apprendre à connaître la famille de mon amie, je n'ai pas eu à réfléchir très longtemps. Et c'était une super décision.

Vous êtes-vous déjà habituée à jouer dans le froid et avec le vent ?

C'est un véritable test, c'est certain ! Un jour en match, j'ai envoyé un six mètres le plus fort possible et le ballon a flotté dans les airs. Je pense qu'il a atterri 20 mètres plus loin ! (Rires) C'est le genre de choses auxquelles il faut s'habituer.

Dans la liste ITMS des transferts internationaux, 27 autres joueuses en plus de vous ont intégré le championnat d'Islande en 2020 en provenance de l'étranger. Comment ce pays contribue-t-il à l'épanouissement du football féminin, malgré une si petite population ?

Je trouve ça absolument incroyable de voir la qualité du football ici tout en sachant qu'il n'y a que 300 000 habitants dans tout le pays. J'ai tellement d'admiration sur la façon dont ce pays considère le sport féminin, mais aussi les questions de genre en règle générale. Il y a plusieurs années, ils ont rendu le congé paternel obligatoire et c'est grâce à cela que l'écart salarial hommes-femmes est l'un des plus faibles au monde. Il en va de même pour les primes : les femmes reçoivent autant que les hommes. Les autres pays, comme le Canada, peuvent en tirer des leçons.

Vous lancez un nouveau programme de pleine conscience haute performance aujourd'hui. Pouvez-vous le présenter ?

C'est un projet qui me passionne tellement. Je collabore avec Dr Rachel Lindvall, qui a fait son doctorat sur la recherche de la pleine conscience. Ensemble, nous avons beaucoup discuté et nous avons pu mettre en commun ses recherches et mon expérience d'internationale canadienne au plus haut niveau depuis 2001. J'ai appris énormément de choses en équipe nationale, comme l'entraînement cérébral ou encore la concentration. Notre programme propose différents types de méditation de pleine conscience et des relaxations guidées qu'on peut utiliser avant, pendant ou après un match. Personnellement, j'ai toujours mis environ huit heures pour me détendre après un match ! J'ai toujours été une intello, j'ai toujours lu des livres de développement personnel. Mais savoir comment fonctionne mon cerveau et comment gérer mes échecs et mes erreurs aurait complètement changé ma carrière si j'en avais été consciente quand j'étais jeune. Je suis très fière ce que j'ai accompli, mais le football est un jeu et on est censé prendre du plaisir en y jouant. Parfois, nous les joueuses, on se met toute la pression du monde sur les épaules alors qu'on devrait vraiment prendre plus de plaisir à faire notre métier. La pleine conscience est tellement astucieuse dans ce sens-là parce qu'elle apprend à vivre dans le moment présent. Pour les sportives, c'est indispensable.

Quand avez-vous commencé à utiliser la pleine conscience et quel impact cela a-t-il eu sur vous, sur le terrain et en dehors ?

Je m'y suis vraiment mise après la Coupe du Monde 2011, en préparant les JO de 2012. J'ai eu l'impression que mes performances avaient changé du tout au tout et que j'avais gagné en régularité. J'ai toujours été nerveuse comme gardienne, donc c'était important de vivre dans le moment présent pour éviter que ma nervosité ne prenne le dessus. J'ai appris que nos cerveaux sont extrêmement puissants. Si vous êtes nerveux avant un match et que vous pensez que c'est parce que vous n'êtes pas prêt ou pas suffisamment bon, vous allez le croire. Mais si vous pouvez vous convaincre que c'est seulement parce que votre corps vous prépare à être au top de votre forme dans le match, vous pouvez complètement changer de mentalité. C'est ce que j'ai fait. Ça a changé tellement de choses pour moi.

Si vous aviez connu cette méthode lorsque vous étiez jeune, qu'est-ce que cela aurait changé à votre carrière ?

Cela aurait été un changement énorme. Je jouais au basket avec mon neveu l'autre jour et il a raté un tir. Il n'a que quatre ans et il est tout petit, mais il a tout de suite baissé la tête parce qu'il avait trop honte. Je sais que j'étais comme ça aussi. J'étais ma plus grande critique. En tant que sportifs de haut niveau, nous avons un certain concept de la perfection, mais c'est impossible d'atteindre la perfection. Je me souviendrai toujours d'une étude que Rachel m'a montrée il y a plusieurs années : elle prouvait que le fait d'être négatif envers soi-même et les autres n'avait absolument aucun bénéfice. Vous n'apprenez pas plus vite. Avec le recul, je pense que j'aurais progressé un peu plus vite quand j'étais jeune si j'avais été moins critique envers moi-même et si j'avais su réagir à mes déceptions. En tout cas, j'aurais pris beaucoup plus de plaisir en jouant au foot.

Penn State goalie Erin McLeod (30) is comforted by teammate Carmelina Moscato (4) after losing the 2005 NCAA Women's College Cup semifinal game between the Penn State Nittany Lions and the Portland Pilots, December 2, 2005, at Aggie Soccer Stadium, College Station, Texas.

Maintenant que la pleine conscience fait partie intégrante de votre vie, prenez-vous plus de plaisir à jouer qu'avant ?

Oui. Ce qui est génial, c'est que je tente de nouvelles choses. J'ai 37 ans et je suis bien plus courageuse qu'avant à ce niveau-là. J'arrive à davantage rire de mes erreurs qu'avant. J'ai l'impression d'évoluer et d'apprendre à chaque instant et ça me rend heureuse. Cela se voit aussi dans mes prestations. On change en vieillissant et je n'arrive sans doute pas à sauter aussi haut qu'avant, mais je gère bien mieux la pression et je n'ai jamais eu une aussi bonne lecture du jeu. Je suis bien dans ma vie.

Vous pouvez à nouveau prétendre à une place en équipe nationale du Canada pour les JO de l'an prochain. Est-ce un de vos objectifs ?

Dans le passé, ça aurait été une obsession, mais aujourd'hui, je prends les choses comme elles viennent. Je serai toujours une compétitrice et j'adorerais aller aux Jeux Olympiques parce qu'à l'exception de la Coupe du Monde, c'est le plus grand honneur dans le sport. Je garde de bons souvenirs des JO 2012. Mais le Canada dispose de trois autres gardiennes phénoménales. Il y a tellement de concurrence pour ces places. Pour l'instant, je suis très fière de ce que j'ai accompli et j'ai accepté le fait que j'ai peut-être joué mon dernier match avec le Canada. J'espère que non, mais je me souviens de Caroline Jonsson (ancienne internationale suédoise) et de l'impression qu'elle m'avait laissée quand j'étais jeune : elle était tellement gentille avec ses concurrentes. C'était une bonne personne avant d'être une bonne gardienne. À l'époque, je m'étais dit : 'Je veux être comme elle et je veux qu'on se souvienne de moi pour ça.' C'est là où j'en suis aujourd'hui.

Erin McLeod in action at the 2015 FIFA Women's World Cup.
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