Football féminin

Le roi d'Europe devient le chef du village

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Quand un rêve se réalise, une grande allégresse s'ensuit. Mais lorsque celle-ci commence à retomber, une question se pose : "Et maintenant ?". C'est le dilemme rencontré par Colin Bell en mai dernier, après son sacre à la tête de Francfort en Ligue des champions féminine de l'UEFA. "Je savais que le moment était arrivé de changer d'air", explique-t-il à FIFA.com. "J'ai adoré tout le temps que j'ai passé à Francfort, mais j'avais la sensation que l'heure était venue d'essayer de relever un nouveau défi, de préférence dans un autre pays."

Parmi les possibilités, la NWSL américaine et toutes ses stars semblaient constituer un choix logique. Bell aurait aussi pu retourner dans son Angleterre natale. Mais le technicien a choisi un petit village de Norvège, Avaldsnes, peuplé de moins de 3 000 âmes. Son club, Avaldsnes IF, n'est pas un ténor du football féminin européen. C'est justement ce qui a motivé Colin Bell. "En Allemagne, je vivais à environ 170 kilomètres de Francfort, dans un tout petit village de 200 habitants. Par conséquent, de ce point de vue, je ne vais pas être dépaysé", assure-t-il. "En fait, ça bougera probablement plus à Avaldsnes que dans mon petit hameau allemand. Je sais que l'équipe est très populaire à Avaldsnes. Cela aussi me motive. C'est un défi très intéressant."

Bell voulait un nouveau challenge qui ne soit pas simplement footballistique, mais aussi culturel, avec un nouveau mode de vie et une nouvelle langue. "La Norvège est un pays magnifique et le football féminin y est très populaire. Cela aussi a compté dans ma décision", justifie l'Anglais. "Je me suis mis au norvégien il y a environ deux mois et je commence à maîtriser la terminologie du football et les bases de la langue. Pratiquement tout le monde en Norvège parle anglais, mais j'ai voulu me mettre au norvégien pour montrer aux filles que je m'investissais à fond dans le projet."

Ni inquiet, ni nerveux
Le projet, justement, c'est tenter de rattrape voire dépasser Lillestrom, qui est la force dominante du football féminin norvégien depuis de nombreuses années. Avaldsnes s'est qualifié pour la Ligue des champions la saison dernière et pour Bell, c'est une autre source de motivation. "C'est une compétition qui apporte un gros plus au football féminin de clubs. Nous devons nous en servir comme d'un tremplin", annonce Bell, qui parle en connaissance de cause. Son sacre avec Francfort dans l'édition 2015 est ce qu'il considère comme le plus grand succès d'une carrière déjà longue et variée dans le football. "Je suis dans le football depuis l'âge de 16 ans et c'est ma 26ème année en tant qu'entraîneur", affirme celui qui a quitté l'Angleterre pour l'Allemagne à l'âge de 20 ans, après un début de carrière qui a tourné court à Leicester City. "Je pense que toute expérience accumulée avant d'arriver à Francfort a rendu la victoire en Ligue des champions encore plus belle. Si j'avais gagné ce titre plus tôt dans ma carrière, je ne pense pas que je l'aurais apprécié à sa juste valeur."

Après avoir travaillé dans toutes sortes de contextes, de la Bundesliga masculine aux U-19 et U-23, Bell sait cependant que ce vécu n'est pas pour autant un gage de réussite dans sa nouvelle aventure. Il en est conscient, mais refuse de se laisser gagner par le stress. "Je ne suis pas inquiet ni nerveux, car j'ai vraiment l'impression que c'est le bon moment pour moi de me lancer dans un projet de ce type", réaffirme-t-il. "Dans le pire des cas, si ça ne marche pas, je pourrai toujours rentrer chez moi. Je suis passé par des périodes où je pointais au chômage et où ma principale préoccupation était de trouver un moyen de nourrir ma famille. Aujourd'hui, je suis simplement très heureux d'ouvrir un nouveau chapitre de mon histoire."

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