Football féminin

Mary Phillip ouvre la voie

Mary Phillip of England 
  • Mary Phillip a écrit l’histoire à plusieurs reprises
  • À 43 ans, elle a connu le succès à la tête d’une équipe masculine
  • Philipp : "Rien ne remplace l’expérience"

Deux participations à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™, 65 sélections en équipe nationale et 22 titres nationaux : n’importe quel footballeur pourrait légitimement s’enorgueillir d’un tel palmarès. Appelée en équipe d’Angleterre à l’âge de 18 ans pour disputer la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Suède 1995™, Mary Phillip a disputé six matches avec les Lionesses, avant de s’éclipser pendant quatre ans (1998-2002). Ce n’est qu’après avoir donné naissance à ses fils que la jeune femme a renoué avec le haut niveau.

Dans la foulée, elle a mené son pays en phase finale de l’édition 2007, organisée en RP Chine, en tant que capitaine. Elle a définitivement raccroché les crampons l’année suivante. Depuis, beaucoup de choses se sont produites et pas seulement dans le domaine du football féminin.

"Je suis impressionnée par le nombre d’équipes féminines. Quand j’étais jeune, on n’en connaissait pratiquement aucune. Elles existaient, mais elles évoluaient dans l’anonymat le plus total. Il fallait entamer de longues recherches pour trouver son bonheur", raconte Phillip au micro de FIFA.com.

"Grâce au développement du football féminin et à la couverture médiatique dont il bénéficie aujourd'hui, le niveau des jeunes n’a cessé de progresser," ajoute-elle. "Les choses ont évolué en coulisses aussi. Avant, les meilleures joueuses partaient aux États-Unis ou en Europe pour se faire un nom. Désormais, le championnat d’Angleterre attire des stars de premier plan. C’est une bonne chose de voir toutes ces joueuses arriver chez nous car rien ne remplace l’expérience. Il faut que les jeunes puissent apprendre au contact de ces joueuses pour progresser.""

Nouvelle page d'histoire

Non contente de marquer l’histoire balle au pied, Phillip a aussi connu le succès en tant qu’entraîneur. Au mois d’août, elle a entamé un nouveau chapitre de son extraordinaire carrière. Elle s’est en effet imposée en finale du London FA Senior Trophy à la tête de Peckham Town FC, devenant ainsi la première femme en Angleterre à remporter une compétition masculine. Toutefois, l’ancienne joueuse d'Arsenal et Chelsea notamment préfère remettre les choses en perspective.

"Depuis notre victoire en London Senior Cup, les gens me considèrent vraiment comme un entraîneur et non comme une supportrice qui vient assister aux matches. Peckham est un petit club local avec lequel je suis liée depuis une vingtaine d’années. Au cours de cette période, j’ai travaillé auprès des jeunes mais, il y a cinq ans, j’ai commencé à m’occuper de l’équipe première. Je suis devenue entraîneur et manager il y a deux ans. J’ai le sentiment d’avoir progressé au fil du temps,", poursuit Phillip, qui a grandi à Peckham, un quartier de Londres.

Elle a précédemment passé quatre années sur le banc de touche des U-18, qu’elle a accompagnés depuis les U-14. Cette situation particulière lui a permis de les observer et de les conseiller tout au long de leur parcours. "L’équipe première a été remaniée en profondeur. Beaucoup de joueurs ont arrêté à cause de leur âge ou pour d’autres raisons. J’ai dû reconstruire l’équipe autour d’une poignée d’anciens." Avec le recul, on peut dire que Phillip a relevé le défi.

L’excellent travail réalisé par l’ancienne internationale aux 65 sélections ouvre naturellement de nouvelles perspectives. En 2021, les femmes à la tête d’équipes masculines restent rares. Dans ces conditions, peut-on la considérer comme un exemple à suivre ? "Je pense effectivement que mon exemple intéressera des personnes qui souhaiteraient s’investir dans le football masculin, en vue de devenir entraîneur. Tout dépend de ce que vous souhaitez accomplir", estime la technicienne de 43 ans.

"Je travaille bénévolement à Peckham et c’est fantastique. Il faut parfois investir du temps et de l’argent dans sa passion. Si ça peut m’ouvrir d’autres perspectives, tant mieux. Après tout, il faut bien commencer quelque part. Il est possible de démarrer en bas de l’échelle et de finir chez les professionnels. Mais pour l’instant, je suis bien là où je suis. Peckham Town occupe une place à part dans mon cœur. Progresser avec ce groupe au cours des dernières années, remporter le London FA Trophy l’année dernière... tout ça a été une expérience hors du commun. Cette histoire est un bon exemple de ce qu’on peut faire et de la place que les femmes peuvent occuper dans le football."

Nouvelle étape

À ce stade, Phillip envisage déjà la prochaine étape. Elle participe notamment au programme d’élite de placement des entraîneurs. Lancée en 2017, cette initiative vise à permettre à des entraîneurs issus de groupes sous-représentés de travailler avec des équipes nationales anglaises. Phillip aura donc l’occasion d’assister Lydia Bedford à la tête de la sélection féminine U-18. "Je vais voir ce que ce programme peut m’apporter en me mettant au contact du très haut niveau. Peut-être que ça me plaira ou peut-être pas. Tant que je n’aurai pas essayé, impossible de le savoir", lance l’intéressée.

"En raison de la pandémie de Covid, la première rencontre a été annulée ; la prochaine aura lieu dans quelques mois. Je vais donc bientôt faire la connaissance des joueuses. Je saurai à ce moment-là si ce travail est fait pour moi, si je vais apprécier d’évoluer dans ce milieu et si le haut niveau peut me procurer les mêmes sensations. Une équipe féminine de très haut niveau suscitera-t-elle chez moi le même enthousiasme qu’une équipe masculine ? J’ai hâte de le découvrir !" Cette expérience pourrait en tout cas lui ouvrir d’autres portes et la perspective d’un nouvel équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

"Ce serait génial. J’ai une jeune famille et je dois veiller à ce que le football ne prenne pas tout mon temps. Je veux passer du temps à la maison pour regarder mes enfants grandir et participer à leur développement. J’ai réussi à être mère et footballeuse ; j’espère pouvoir en faire autant avec mon métier d’entraîneur. Quoi qu’il arrive, vous pouvez compter sur moi pour garder les pieds sur terre," conclut-elle.

Mary Phillip (England)
© imago images

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