Football Féminin

Mlambo-Ngcuka : "Le football peut avoir une influence  sur la promotion de l'égalité des genres"

UN Women Executive Director Phumzile Mlambo-Ngcuka
© Others

Phumzile Mlambo-Ngcuka est Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive d'ONU Femmes. Avant de prendre la parole au Colloque sur le football féminin de la FIFA, elle nous a parlé de l'importance des femmes dans le football, de l'influence de ce sport dans la promotion de la condition féminine et des mesures à prendre pour parvenir à l'égalité des genres.

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Comment le sport, et plus particulièrement le football, peut-il aider à promouvoir la cause des femmes dans le monde ?
*Le football est le sport le plus pratiqué et le plus suivi au monde. Si son instance faîtière promeut l'autonomisation des femmes par le biais de ses politiques, de ses actions, de ses partenariats, ainsi que dans ses plus grands tournois, il peut avoir une influence considérable sur l'avancement de l'égalité des genres dans l'univers sportif et au-delà.

Par exemple, les stéréotypes, les normes sociales discriminatoires et l'absence de représentation figurent parmi les obstacles les plus répandus à l'égalité des genres. Mais grâce à des modèles visibles de footballeuses talentueuses, les filles, les garçons, les femmes et les hommes voient de quoi les femmes sont capables, ce qui les motive à suivre leur exemple. De plus, nous savons que jouer permet aux filles de prendre davantage confiance dans leurs capacités. Cette assurance se répercute dans la vie quotidienne et les encourage à prendre des initiatives ou à tenter des choses qu'elles n'auraient jamais crues possible. Quand les filles trouvent leur voix sur le terrain, elles sont mieux en mesure de s'exprimer dans d'autres domaines de leur vie. La participation des filles au sport est associée à un effet multiplicateur sur un large éventail de résultats de développement, de la santé à l'éducation en passant par l'exercice de responsabilités et dans bien d'autres secteurs. Ce sont des avantages qui peuvent durer toute une vie.

Dans quelle mesure le protocole d’accord qu'on signé l’ONU et la FIFA peut jouer un rôle dans cette cause ?
Ce protocole d’accord nous permet tout simplement de poursuivre notre partenariat. Il représente une première étape fondamentale du processus. Je pense que les deux parties ont une vision similaire concernant les changements à apporter non seulement pour parvenir à l’égalité hommes-femmes dans le football mais aussi pour en faire un véritable outil de transformation sociale, susceptible d’aboutir à l’égalité hommes-femmes dans la société. Désormais, nous allons plancher sur les détails de notre collaboration et sur notre action concrète. De notre côté, nous souhaitons qu’un plus grand nombre de footballeuses deviennent des modèles, non seulement pour les filles mais pour tout le monde. Nous souhaitons aussi qu’un plus grand nombre de footballeurs soutiennent ouvertement les femmes et les filles, et défendent leurs droits. Nous aspirons à des règles du jeu plus équitables, ce qui passe notamment par une suppression des écarts de rémunération entre les sexes. Nous voulons une couverture plus importante et de meilleure qualité du football féminin. Nous voulons que les filles aient la possibilité de jouer et de bénéficier des compétences essentielles que leur apporte le sport pour le reste de leur vie. Enfin, nous souhaitons tordre le cou à tous les stéréotypes qui nous freinent.

La Coupe du Monde Féminine de la FIFA™ est une compétition très médiatisée, qui intervient dans un contexte de reconnaissance croissante de l'exigence d'égalité des femmes. Comment s'inscrit-elle dans ce mouvement ?
La Coupe du Monde Féminine tenue en France est une immense scène mondiale. La planète célèbre des championnes qui deviennent des sources d'inspiration pour des millions de fans de pays et de milieux différents. Ces femmes incarnent la réussite au plus haut niveau, une réussite obtenue à force de discipline, d'efforts et de lutte contre l'adversité. Conjuguée à la vaste audience du tournoi et au mouvement mondial grandissant en faveur de l'égalité des genres, cette dynamique rend l'événement exceptionnel pour l'autonomisation des femmes. Beaucoup de choses ont changé depuis la dernière Coupe du Monde Féminine.

Ainsi, le mouvement MeToo a porté sur la place publique le harcèlement sexuel et le flagrant déséquilibre des rapports de force entre les femmes et les hommes. S'il reste encore beaucoup à faire pour mettre fin aux nombreuses formes de discrimination, d'exclusion et de violence subies par les femmes et les filles à travers le monde, de plus en plus de gens de différents secteurs de la société se dressent contre la discrimination et les inégalités de genre.

Par exemple, je travaille avec certains des plus grands groupes publicitaires mondiaux, qui prennent aujourd'hui des mesures pour supprimer les stéréotypes de genre dans leur contenu. Dans l'ensemble du secteur privé, de nombreuses entreprises progressent sur la voie de l'égalité des chances pour les femmes à tous les niveaux et de la parité de la représentation. Aux quatre coins de la planète, des mouvements de la société civile, dont des initiatives cruciales portées par des jeunes, se font entendre pour exiger un monde plus égal et plus durable. Mais nous devons faire bien plus, et notre présence ici, dans le cadre de la plus grande compétition féminine mondiale, nous offre la possibilité d'agir de concert.

Dans quelle mesure est-il important que des dirigeants du monde entier participent à une manifestation telle que la Convention sur le football féminin ?
Le football est un sport mondial en voie de mutation. Il est donc capital que des dirigeants du monde entier et de tous les secteurs de la société assistent à cette convention. Les gouvernements jouent un rôle essentiel dans la mise en place des politiques d'égalité des chances pour les femmes et les filles dans le sport. Mais certains changements majeurs ne sont pas de leur ressort. Le secteur privé doit parrainer le sport féminin dans les mêmes conditions que le sport masculin. Les médias doivent assurer une couverture des footballeuses plus large et de meilleure qualité, sur et hors du terrain. Et les militants des droits des femmes doivent sensibiliser aux injustices et faire pression en faveur d'une plus grande responsabilisation. En tant qu'Organisation des Nations Unies, nous avons l'intention de demander à la FIFA d'avancer dans ces domaines, et d'aider à réunir tous les partenaires afin de travailler ensemble à créer un monde plus égalitaire qui bénéficie à tous.

D'après votre expérience internationale, quelles actions conseilleriez-vous au monde du football pour continuer d'avancer vers l'égalité des genres ?
Il existe plusieurs mesures que le monde du football peut et doit prendre. En premier lieu : payer les joueuses. On m'a rapporté trop de cas de femmes peu, voire pas rémunérées, même en sélection dans des pays qui ont les moyens de mieux faire. Cela doit cesser. En deuxième lieu : assurer la couverture du football féminin pour accroître l'audience et développer la discipline. Les avantages sont nombreux. En troisième lieu : investir dans davantage d'opportunités permettant aux filles de jouer et de se passionner pour le football. Former la prochaine génération d'athlètes et de fans profitera au football féminin, et pour de nombreuses raisons, à l'ensemble de la société.

Le football féminin peut-il jouer un rôle important dans un pays comme le vôtre, l'Afrique du Sud, en tant qu'outil de développement et d'éducation ?
Le football est merveilleux en ce qu'il est universel. Des gens de tous âges et de tous genres y jouent dans les stades, dans la rue ou dans les champs. C'est donc un puissant outil de développement et d'éducation dans tous les pays et toutes les communautés. Par exemple, l'initiative Grassroot Soccer au Cap, en Afrique du Sud, utilise le pouvoir du football pour promouvoir l'autonomisation des femmes, les sensibiliser à la santé sexuelle et reproductive, et leur faciliter l'accès aux services médicaux, juridiques et psychosociaux. En participant au programme, des filles de 12 à 16 ans, dont beaucoup viennent de quartiers pauvres et violents, présentant une prévalence élevée de VIH-SIDA et des infrastructures sociales limitées, ont pu jouer au football dans un lieu sûr. De plus, elles ont acquis une meilleure connaissance du VIH et ont signalé un net recul des violences à leur encontre.

Le pouvoir du sport en tant qu'outil de développement et d'éducation s'est également manifesté à Rio de Janeiro, au Brésil, grâce à Une victoire en entraîne une autre, un programme conjoint d'ONU Femmes et du Comité international olympique. Il allie le sport à l'éducation aux compétences de la vie courante, pour autonomiser les jeunes femmes et les filles dans certaines des communautés les plus vulnérables. Après avoir vu l'an dernier ses participantes prendre suffisamment confiance en elles pour, par exemple, retourner à l'école, obtenir des emplois de qualité et mener des initiatives locales, nous avons lancé le programme à Buenos Aires et nous espérons mettre sur pied des initiatives similaires avec des partenaires dans d'autres pays.

Les Banyana Banyana dispuent leur toute première Coupe du Monde Féminine. Est-ce important pour la cause des femmes en Afrique du Sud ?
Étant Sous-Secrétaire générale des Nations Unies, je suis fonctionnaire internationale et il m'est officiellement difficile de choisir un favori. Mais bien évidemment, je suivrai avec un vif intérêt non seulement notre ambassadrice de bonne volonté, la Brésilienne Marta, mais aussi les Banyana Banyana, dont la qualification est un événement capital tant pour les femmes sud-africaines que pour les hommes. C'est la première fois que la sélection féminine de mon pays natal dispute une Coupe du Monde. J'espère que leur exploit les fera mieux connaître en Afrique du Sud et que, comme beaucoup d'autres équipes féminines, elles obtiendront le niveau équitable de ressources qu'elles méritent.

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