Football Féminin - Espagne

Putellas : "Nous devons rechercher l'excellence"

Alexia Putellas of Spain in action 
© imago images
  • Alexia Putellas est l'une des joueuses incontournables du Barça et de l'Espagne
  • À 26 ans, la milieu de terrain est au sommet de son art
  • Avec FIFA.com, elle fait le bilan d'une année 2020 compliquée à tous les niveaux

Début 2020, le FC Barcelone était leader de la Liga et l'Espagne faisait très bonne figure dans la SheBelieves Cup, Alexia Putellas affichant un excellent niveau de jeu. Mais à son retour en Espagne, deux jours après avoir été élue meilleure joueuse du tournoi, elle a été confrontée à la pandémie de Covid-19, au confinement, à la suspension du championnat (le Barça en est déclaré vainqueur) et à l'opération de son amie Virginia Torrecilla, diagnostiquée d'une tumeur au cerveau.

Malgré ces difficultés et la longue interruption, la milieu de terrain termine l'année au sommet de son art, et elle n'est pas rassasiée. Le défi de jouer en pleine pandémie, l'exemple de Torrecilla et le changement de mentalité qui anime le Barça et l'Espagne sont quelques-uns des thèmes abordés dans cet entretien.

Alexia, 2020 a été une année éprouvante pour tout le monde. Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?

Le plus dur, c'est l'incertitude. C'est le pire et c'est pareil pour beaucoup de personnes. Ne pas savoir ce qui va se passer, ne serait-ce que le lendemain. Le football est un sport dans lequel on se fixe des objectifs. Par exemple, vous planifiez une semaine entière par rapport au match à venir et il peut arriver que la veille au soir, on vous annonce qu'il est reporté. Psychologiquement, c'est l'incertitude qui est le plus compliqué. C'est épuisant.

Vous avez brillé avec l'Espagne dans la SheBelieves Cup, avant de devoir rester confinée pendant des mois. Comment avez-vous vécu cela ?

Nous étions aux États-Unis et je me souviens d'un match devant 20 000 personnes. À la fin de la rencontre, nous sommes allées vers le public pour serrer des mains. Ma mère m'a envoyé une vidéo dans laquelle elle me disait : "Mais qu'est-ce que tu fais ?" Je lui ai répondu : "Ce qu'on fait toujours". Elle était en Espagne et m'a tout de suite dit : "Vous n'avez aucune idée de ce qui va arriver". Nous sommes rentrées au pays deux jours plus tard. L'état d'urgence sanitaire venait d'être déclaré et nous avons toutes été obligées de nous confiner.

Alexia Putellas of Spain posing with the MVP award during the 2020 SheBelieves Cup
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Malgré le fait d'avoir gagné la Liga et joué les demi-finales de la Ligue des champions, la pandémie vous a-t-elle a privées d'une saison qui aurait pu être spectaculaire ?

Oui, c'est ce que je ressens. C'est le football et les choses peuvent changer du jour au lendemain, mais la trajectoire était bonne, ça se passait bien en club comme en sélection. Les sensations aussi étaient bonnes. De l'intérieur, on voyait que l'année s'annonçait très bien et soudain, est arrivé ce qui est arrivé… et puis plus rien.

La maladie de votre amie Virginia Torrecilla, avec qui vous avez longtemps joué en sélection, a été un autre coup dur pendant cette année 2020. Comment avez-vous appris la nouvelle ?

Tout a été très rapide. Nous étions chacune chez nous, en confinement. Alors j'ai reçu un message de Lola Gallardo, gardienne de l'Olympique Lyonnais et de l'Espagne, et le lendemain Virginia était opérée. Elle m'a dit : "Tu ne vas pas croire ce qui arrive, appelle-moi dès que tu peux". Quand elle m'en a parlé, je suis devenue toute blanche. Ensuite j'ai pu lui parler. Cette nuit-là a été un peu difficile. Virginia est un exemple par la manière dont elle gère la situation et dont elle est en train de s'en sortir.

Alexia PUTELLAS,Virginia TORRECILLA of Spain
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En attendant que Virginia revienne en sélection, vous portez son numéro, le 14. Comment est née cette idée ?

Dès que j'ai pu, je suis allée à Madrid pour la voir. Nous avons parlé de l'équipe nationale, où nous avons joué ensemble pendant de nombreuses années, et des titres européens que nous avons gagnés dans les catégories de jeunes. Je lui ai dit que ce serait étrange pour moi de ne pas faire le stage de préparation avec elle. Ensuite, nous avons parlé du fait que quelqu'un allait devoir porter son numéro, car la numérotation va de 1 à 23. Je lui ai dit : "OK, je te le garde jusqu'à ce que tu reviennes, mais tu as intérêt à revenir vite". Elle m'a aussi dit que puisque quelqu'un devait obligatoirement le porter, elle préférait que ce soit moi.

Dans cette nouvelle saison, le Barça continue d'être intraitable en Liga. Comment jugez-vous les progrès réalisés par votre club du FC Barcelone ces deux dernières saisons ?

Ce qui a le plus changé, c'est l'état d'esprit. Si nous avons réussi à autant évoluer, c'est grâce à la mentalité de gagnantes que nous avons eue, même pendant toutes ces années où nous n'arrivions plus à gagner la Liga. Il était important que le club ne fasse pas marche arrière et garde la confiance. On commence maintenant à en récolter les fruits. Nous n'avons toujours pas gagné de trophée au niveau européen, mais nous avons le sentiment d'être capables de rivaliser avec n'importe qui.

Quelque chose de similaire s'est produit en équipe nationale, avec de nombreux progrès réalisés au cours des deux dernières années. Ressentez-vous plus de respect de la part de vos adversaires ?

Je ne sais pas si c'est une question de respect. Ce que l'adversaire pense n'a pas d'importance. J'ai le sentiment, comme au Barça, que lorsque vous jouez les premiers rôles, vous faites tout pour rester compétitives. C'est dû à notre état d'esprit, qui consiste à ne jamais se contenter d'une victoire, à toujours chercher à aller plus loin et à continuer d'évoluer. Lorsque vous arrêtez de progresser, pour commencez déjà à régresser. C'est comme ça que je vois les choses.

Alexia Putellas of FC Barcelona
© Getty Images

Il manque un point à l'Espagne pour être sûre de participer à l'UEFA EURO, reporté à 2022. De quoi l'équipe a-t-elle besoin pour aborder le tournoi avec des chances de réussir quelque chose de grand ?

Nous devons d'abord nous qualifier, bien sûr, et pour réussir quelque chose de grand, ce qu'il faut, c'est continuer à travailler pour progresser dans tous les domaines. Nous devons rechercher l'excellence, et même ça ne nous garantira pas forcément des résultats. Le football est comme ça, mais nous devons faire tout notre possible. Cela veut dire que nous devons profiter de chaque occasion, de chaque entraînement et de chaque match pour travailler et faire en sorte que le jour J, à l'heure H, nous soyons prêtes.

Vous êtes au sommet de votre art. Quel rôle joue la confiance et quels aspects de votre jeu aimeriez-vous encore améliorer ?

Je fais partie des gens qui pensent que la confiance est primordiale. Une joueuse qui a confiance en elle est complètement différente d'une autre qui ne l'a pas. Pour progresser, pour tout. J'aimerais être beaucoup plus complète en tant que joueuse. Pour donner quelques exemples : si j'ai une occasion de but, je dois mettre la balle au fond. Si j'ai deux duels aériens, je dois les gagner tous les deux. Si je me retrouve à une contre une en défense, je dois gagner le ballon. Ce sont des petits objectifs séparés qui finalement, si vous les atteignez tous, font de vous une bien meilleure joueuse.

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