Football Féminin - Argentine

Un superclásico pour une finale historique

Lorena Benitez of Boca Juniors fights for the ball with Lucia Martelli of River Plate
© Getty Images
  • Boca et River vont se disputer le premier titre du football professionnel féminin en Argentine.
  • Lorena Benítez et Lucía Martelli feront partie des têtes d’affiche.
  • Leurs trajectoires permettent de mesurer la portée de l’événement.

Lorenzo. C’est ainsi que ses coéquipiers appelaient Lorena Benítez lors des tournois inter-quartiers quand elle était enfant. Pour jouer, elle devait aussi retirer ses boucles d’oreilles et présenter une pièce d’identité correspondant à un garçon. Quant à Lucía Martelli, ses parents la décourageaient de jouer au football, estimant qu’elle n’y trouverait pas un cadre propice à son épanouissement et encore moins un moyen de gagner correctement sa vie. Son avenir devait absolument passer par les études.

Aujourd’hui, Lorena Benítez a 22 ans, elle a disputé une Coupe du Monde Féminine de la FIFA™ et elle est l’une des meilleures joueuses argentines. Elle est mère de jumeaux et travaille au marché aux fruits et légumes de Buenos Aires. Âgée de 31 ans, Lucía Martelli fait quant à elle souffrir les défenseuses depuis deux saisons. En pleine pandémie, elle a obtenu son diplôme de vétérinaire, un métier qu’elle exerce parallèlement à sa passion pour le ballon rond.

Ce mardi 19 janvier, elles seront les têtes d’affiche de la finale du premier championnat de football professionnel féminin disputé en Argentine, sous les couleurs de Boca Juniors et de River Plate respectivement. Un superclásico qui marquera un cap pour la discipline dans le pays.

 Referee María Laura Fortunato and assistans enter the pitch with players of River Plate and Boca Juniors 
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Trajectoires de vie

"Je n’étais pas trop consciente de ce qui se passait. Pour moi, tout ce qui comptait, c’était de jouer", raconte Benítez à FIFA.com. "Aujourd’hui, tout a changé, il y a beaucoup d’écoles de foot féminin. Ça m’a aidée à grandir en tant que joueuse et en tant que personne", ajoute la milieu de terrain.

À l’âge de 11 ans, Benítez a intégré une équipe féminine, où elle a fait des connaissances qui l’ont conduite à San Lorenzo de Almagro. C’est dans ce club qu’elle a fait ses débuts en première division, à 14 ans à peine. C’est en 2016, grâce au tremplin offert par les sélections de jeunes, qu’elle est passée à Boca. En 2017, elle se distinguait également en futsal dans les rangs de Kimberley. C’est là qu’elle a rencontré Verónica, sa compagne, avec laquelle a eu des jumeaux, Renata et Ezequiel, nés quelques jours avant le départ pour la Coupe du Monde en France. "Je ne sais pas ce que je serais devenue aujourd’hui si les choses s’étaient passées autrement. Aujourd’hui, je suis heureuse."

Un talent à exploiter

L’histoire de Lucía Martelli est différente. "C’est le football qui m’a choisie, pas l’inverse. Je ne m’étais pas posé la question, ça ne faisait pas partie de mes plans, et quand j’étais enfant, on m’a découragée d’y jouer. Ce n’est qu’il y a trois ans que j’ai voulu devenir footballeuse", confie à FIFA.com l’attaquante qui poursuivait des études de vétérinaire et en parallèle, jouait dans l’équipe de l’Universidad de Buenos Aires (UBA) avec des amies, à raison de deux entraînements par semaine et une compétition par an. "Mais la vie m’a offert des opportunités", poursuit-elle.

La première s’est présentée en 2018, alors qu’elle ne jouait pas encore pour l’UBA. Fabiana Vallejos, aujourd’hui à Boca, lui proposa de prendre la direction de la Colombie pour y porter les couleurs du Deportivo Huila. Cette année-là, elle a gagné la Copa Libertadores et a inscrit un but lors de cette campagne victorieuse. "J’ai compris non seulement que ça me plaisait, mais aussi que j’intéressais les entraîneurs et que je pouvais exploiter ce talent. Ça a été un moment fort, à 28 ans, de me rendre compte que je pouvais me consacrer à ce sport."

Sans club à son retour en Argentine, elle a ensuite eu la possibilité de s’entraîner avec River. Quelques mois plus tard, elle signait son deuxième contrat. "J’ai commencé à prendre des décisions qui me permettent de m’investir dans le football, qui est ma principale activité professionnelle. J’exerce en tant que vétérinaire, mais c’est un complément", précise-t-elle.

Professionnalisation et derby

Bien qu’elles conservent leurs autres métiers, les deux joueuses sont conscientes de la dimension historique que revêt la professionnalisation du football féminin en Argentine. "On progresse à grands pas, et encore plus depuis la Coupe du Monde. C’est dommage que la pandémie ait freiné cet élan", regrette Benítez, faisant référence à cette première édition du championnat tronquée par le Covid-19. "L’AFA et les clubs ont compris ce dont nous avions besoin, mais il faut continuer à travailler. Nous devons avoir accès aux mêmes conditions que les hommes, comme c’est le cas en équipe nationale : on a des vestiaires, des rassemblements et on dispose du même lit que Messi", ajoute-t-elle.

Martelli va plus loin : "C'est super de faire partie de l’aventure. Maintenant, il faut développer le football féminin au sein du pays, s’occuper des divisions de jeunes et faire en sorte que toutes les joueuses en club aient un contrat".

Lors de la rencontre qui a ouvert l’ère professionnelle, en septembre dernier, Boca a battu River 5-0 dans la Bombonera. Pourtant, Benítez et Martelli s’attendent toutes deux à une confrontation beaucoup plus équilibrée cette fois, qui sera un événement positif pour leur discipline. "Nous voulions jouer River en raison du retentissement que ça aura pour la révolution que nous sommes en train de vivre. Sans pandémie, le cadre de ce match serait impressionnant", assure Benítez, meilleure passeuse des quarts de finale (69, 80 % d’efficacité) et des demi-finales (63, 79 %).

"Le clásico va faire beaucoup d’audience, car les deux équipes pratiquent un football attractif, basé sur la possession", estime Martelli, qui compte cinq buts. "Aujourd’hui, il faut que nous, les actrices et les acteurs de la discipline, nous mettions tout en œuvre pour que le football féminin trouve sa place dans la société, en tant que partie intégrante de la culture footballistique."

Compliments croisés

"C’est un peu notre Messi. C’est la meilleure ou une des meilleurs. C’est merveilleux de voir ce qu’elle est capable de faire balle au pied. Et avec son intelligence de jeu, le football a l’air simple quand on la regarder jouer. En plus, elle a un emploi et deux enfants à élever. C’est une femme extraordinaire, une héroïne pour la culture des footballeuses argentines." - Martelli, au sujet de Benítez.

"Je sais ce qu’elle a fait à l’UBA, à Huila, et je connais son profil en tant qu’attaquante. Elle a le sens du but, elle se déplace bien et elle peut nous poser des problèmes. Il faudra vraiment la surveiller." - Benítez, au sujet de Martelli.

Le saviez-vous ?

En 2020, en pleine pandémie, la Fédération argentine de football (AFA) a présenté à la FIFA un programme axé autour des clubs, des catégories de jeunes, des licences et de l’organisation de la discipline au niveau fédéral.

Par le biais du Programme Forward, la FIFA accompagne l’AFA dans l’organisation de la Coupe Fédérale du Football Féminin, compétition impliquant 32 équipes de tout le pays. Ce soutien a permis d’organiser les trois premières éditions.

Grâce à un autre projet du Programme Forward, la FIFA aide l’AFA à la construction d’un centre de développement technologique de l’arbitrage, qui contribuera à mettre en œuvre l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), et à améliorer le niveau des arbitres masculins et féminins.

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