Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™

7 juin - 7 juillet

France 2019 - Brésil

Aline garde son rêve mondial intact

© imago
  • La gardienne Aline Reis espère disputer sa première Coupe du Monde Féminine
  • La Brésilienne a travaillé pendant quatre ans comme entraîneur avant de retrouver la Seleçao
  • La joueuse de 30 ans nous fait découvrir l’univers d’une gardienne

Aline Reis n’est pas du genre à baisser les bras. Après la fin de sa carrière universitaire à l’UCF (University of Central Florida) et une brève expérience professionnelle en Finlande, elle enfile le costume d’entraîneur, tout en poursuivant ses études en science du sport. Pendant trois ans, elle dirige les séances des gardiennes de l’University of California Los Angeles (UCLA), sans pour autant renoncer à son rêve de jouer un jour en équipe du Brésil.

Le parcours de la Seleçao en Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Canada 2015™ l’incite à franchir le pas. Avec le soutien de sa famille et d’Amanda Cromwell, son entraîneur à l’UCF et la technicienne en charge de l’UCLA, elle décide de monter dans un avion à destination du Brésil...

Aline, qu’avez-vous dû faire pour revenir en équipe nationale et être là aujourd’hui ?
L’entraînement y est pour beaucoup, mais mon histoire ne se résume pas à ça. J’ai dû réfléchir à une stratégie car je savais que travailler dur aux États-Unis ne suffirait pas à attirer l’attention des responsables de l'équipe nationale. Alors, j’ai tout quitté. Après avoir passé dix ans aux États-Unis, je suis retournée au Brésil pour jouer dans le championnat national. Il fallait que les entraîneurs me voient, qu’ils sachent que j’étais là et que je leur montre de quoi j’étais capable.

Pouvez-vous mener les deux carrières en même temps ?
Quand j’ai pris ma décision, j’étais encore entraîneur à l’UCLA. J’avais une saison à terminer, mais je me suis remise au travail en parallèle. Il m’a fallu trouver le bon équilibre, ce qui n’était pas évident. Quand j’ai fini, en décembre, je suis retournée au Brésil et j’ai joué pour Ferroviaria. C’est un club qui possède une longue tradition et une riche histoire. Je savais que j’évoluerais dans une bonne équipe. J’ai également pris contact avec l’entourage de l’équipe nationale, car je voulais que les gens sachent que j’étais sérieuse. Je leur ai dit : "Je me rends compte que vous ne savez pas grand-chose de moi, mais il faut que vous me voyiez jouer. Venez me voir, c’est tout ce que je vous demande. Regardez mes matches et observez mon attitude. Tout ce que je veux, c’est qu’on me donne ma chance. Si vous m’appelez en stage, vous verrez ce que je sais faire".

Quels sacrifices avez-vous dû consentir pour atteindre ce niveau ?
Atteindre ce niveau, c’est une chose ; y rester, c’en est une autre. Quand j’ai repris l’entraînement, j’ai beaucoup souffert. Après quatre ans de pause, le corps n’a plus l’habitude de prendre des coups. Le métier de gardienne de but est très éprouvant. Je me suis aussi rendu compte que ce poste nécessitait une préparation physique particulière. C’était très éloigné de ce que j’avais connu. Il y a eu des moments difficiles, surtout sur le plan physique. J’ai dû faire de gros efforts pour retrouver le plus haut niveau après quatre ans d’interruption. Mais les choses se passent surtout dans la tête. La force mentale dont j’ai fait preuve pour m’adapter m’a agréablement surprise. On ne peut pas contrôler tout ce qui se passe autour de soi. Il faut essayer de gérer les situations au mieux et, surtout, ne jamais renoncer à ses rêves.

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Quel état d’esprit faut-il adopter pour réussir à ce poste ?
Il faut avant tout aimer prendre des responsabilités. Ce n’est pas un poste qui convient à tout le monde. En général, les gens préfèrent être attaquants ou milieux de terrain. Ils veulent marquer des buts. Nous, nous faisons exactement le contraire. Nous ne pouvons pas nous permettre la moindre erreur, mais nous en commettons malgré tout. Il faut se dire : "Je dois être à mon meilleur niveau, je dois être concentrée à cent pour cent à chaque fois que j’entre sur le terrain car, si je fais des erreurs, il n’y aura personne derrière moi pour me sauver la mise". Les autres postes n’ont pas les mêmes contraintes. On peut se permettre de commettre de petites fautes.

Se sent-on parfois seule sur sa ligne ?
La gardienne de but pratique un sport collectif, mais elle est parfois très seule. Je trouve ça extraordinaire. C’est en partie pour ça que j’ai choisi ce rôle. C’est un défi passionnant. Ça n’a rien à voir avec les autres postes : on porte un autre maillot, on n’est pas comme les autres. C’est ce que j’explique aux enfants que j’entraîne. C’est un rôle à part. Parfois, on se trompe, mais on ne se résume pas à ça. Ce qui compte, c’est la façon dont on réagit après avoir commis une erreur.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé sur le plan mental par rapport à la jeune gardienne que vous étiez ?
J’ai toujours été passionnée et très critique envers moi-même. Ça fait partie de ma personnalité. Je n’attendais pas que mes professeurs et ma mère me félicitent. Je me suis toujours jugée sans complaisance. Je n’avais pas besoin qu’on me dise que ce que je faisais était bien. De même, si je devais faire davantage d’efforts, j’en étais la première consciente. Si je fais quelque chose, je veux le faire bien. C’est une question de fierté. J’avais cette mentalité quand je me suis inscrite pour la première fois dans une université américaine, à 18 ans. J'étais déjà passionnée et rigoureuse, mais je n’en étais pas pleinement consciente. Je me suis rendu compte que la force mentale pouvait jouer un rôle très important dans le football et aider un bon athlète à devenir un grand athlète. J’ai compris que j’avais la bonne mentalité, mais que je devais continuer à développer cette force, comme s’il s’agissait d’un geste technique.

Qu’est-ce qui se passe dans votre tête quand vous commettez une erreur ?
J’analyse beaucoup les choses et je cherche comment progresser. Après un match, je regarde les temps forts, les arrêts et les buts. Je suis à la recherche des petits détails qui me permettront de m’améliorer. Quand j’étais plus jeune, la première chose à laquelle je pensais quand je commettais une erreur, c’était : "Où est-ce que je me suis trompée ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire différemment ?" Ça tournait en boucle dans ma tête. C’est une bonne attitude, mais il ne faut pas penser à ça pendant le match. J’ai dû apprendre à laisser ces problèmes de côté pendant la partie. C’est de cette façon que j’ai progressé au fil des années. Aujourd’hui, quand je commets une erreur, je me dis : "Aline, ne te laisse surtout pas distraire, c’est le plus important".

Le rôle de gardienne est-il une vocation et correspond-il à votre personnalité ?
Si j’avais réfléchi un peu, j’aurais sans doute choisi un autre poste ! (rires) Je ne ressemble pas beaucoup aux autres gardiennes. Quand les gens me voient et que je leur demande de deviner quel est mon poste, ils n’y pensent pratiquement jamais. On peut dire que c’est ce poste s’est imposé à moi dans mon enfance, d’autant que personne ne savait encore si je serais grande ou petite. Mais je l’ai tout de suite adoré. Ma famille a toujours été derrière moi. Ça comptait beaucoup à mes yeux. Le football féminin souffre encore beaucoup des préjugés. C’est la raison pour laquelle de nombreuses jeunes filles vivent des moments difficiles, y compris sous leur propre toit. Leurs parents leur répètent sans arrêt que le football n’est pas pour les filles, qu’il faut qu’elles se trouvent autre chose à faire. Grâce au soutien de ma famille, je me suis toujours sentie forte. Mes proches sont toujours là pour me soutenir. Ils veulent que je pratique une activité que j’aime et qui me fait du bien. Ils m’ont inscrite à un stage de gardienne à l’âge de dix ans. C’est là que tout a commencé.

Quel genre de gardienne êtes-vous ?
Un jour, un entraîneur m’a dit de ne pas perdre de temps avec les choses sur lesquelles je n’ai aucun contrôle. C’est le meilleur conseil que j’ai reçu. On ne va pas se mettre à grandir d’un coup. Quand on a atteint sa taille adulte, c’est fini. Ça ne sert à rien de s’angoisser là-dessus. Il faut au contraire se concentrer sur les choses que l’on peut faire sur le terrain et s’entraîner sans relâche pour progresser. Si vous travaillez dur, personne ne pensera à votre taille. Je suis devenue assez habile dans le jeu au pied. Après la Coupe du Monde 2014, tout le monde parlait des gardiens qui jouaient au pied, mais j’étais largement en avance de ce côté-là. Si les centimètres me font défaut, je passe le temps nécessaire à la salle de sport pour sauter le plus haut possible. J’ai besoin de puissance pour compenser ma taille. Je suis une gardienne très studieuse. Je regarde mes matches et j’essaye de tirer les leçons de mes erreurs. Je lis bien le jeu. Je prends les bonnes décisions. C’est important. Même si vous cochez toutes les cases sur le plan physique et que vous avez une technique irréprochable, si vous ne prenez pas les bonnes décisions, vous n’avez aucune chance. J’essaye d’être la plus complète possible, même si je ne mesure qu’1m63.

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