En plus de très bien se connaître, Hege Riise et Carli Lloyd partagent également de nombreux points communs. Le duo a travaillé ensemble pendant plusieurs années, lorsque Riise était membre du staff de Pia Sundhage, alors sélectionneuse des États-Unis. Elles ont rapidement appris à s'estimer. Lloyd n'hésite ainsi pas à qualifier de "géniales" les compétences technico-tactiques de la Norvégienne, qui de son côté se montre admirative de l'irrésistible ascension de son ancienne élève sur la scène internationale.

En plus d'un poste commun de milieu offensive et des années passées à collaborer sous le chaperonnage de Sundhage, une autre particularité unit les deux femmes : elles font partie du cercle restreint de lauréates du Ballon d'Or adidas de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™, qui ne compte que sept membres. Deux décennies séparent les tournois dans lesquels Lloyd et Riise ont respectivement brillé et entretemps, le football a évidemment évolué. Si elle est arrivée trop tôt pour connaître l'incroyable couverture médiatique dont la Coupe du Monde Féminine bénéficie dorénavant, la Norvégienne n'en affiche pas moins sa fierté d'avoir contribué à pérenniser la compétition. "Nous pensions que le football féminin profiterait énormément d'avoir sa propre Coupe du Monde et nous ne nous sommes pas trompées", raconte-t-elle. "La première édition en 1991 a eu un retentissement gigantesque, pour le football féminin mais aussi pour le sport féminin en général. C'était une étape cruciale pour atteindre le haut niveau et voir à quel point le tournoi au Canada a été suivi m'a fait très plaisir. Je suis ravie d'avoir joué un rôle dans ce développement."

À dire vrai, Riise a marqué de son empreinte pas moins de trois éditions. Elle était même présente pour l'acte fondateur de cette épreuve : le match d'ouverture de la première Coupe du Monde Féminine, en RP Chine en 1991. Bien que la défaite 4:0 devant le pays hôte ait laissé quelques traces, la Scandinave préfère retenir un autre aspect de cet événement. "Je me souviendrai toute ma vie de cette rencontre, par pour son déroulement, ni pour son résultat, mais pour son affluence", explique-t-elle en référence aux 65 000 spectateurs qui avaient empli les tribunes ce jour-là. "C'est à ce moment que j'ai réalisé que la Coupe du Monde Féminine pouvait devenir quelque chose de vraiment spécial."

Un avant et un après
Sur le plan purement sportif, ce cinglant revers ne doit pas induire en erreur quant à la valeur de la Norvège à l'époque : il n'avait pas empêché les troupes d'Even Pellerud de se hisser jusqu'en finale cette année-là, puis d'enchaîner avec le titre quatre ans plus tard et un dernier carré en 1999. Lors du Tournoi Olympique de Football Féminin, Sydney 2000, elles avaient même décroché la médaille d'or. C'est cependant Suède 1995 qui demeure le plus grand souvenir de Riise, élue meilleure joueuse de l'épreuve. "C'est le plus beau moment de ma carrière, sans aucun doute", avoue-t-elle. "Gagner les Jeux Olympiques était formidable, mais la compétition avait une saveur différente. Cette Coupe du Monde 1995 reste ma plus belle expérience et je suis très fière d'avoir reçu le Ballon d'Or, encore aujourd'hui. J'étais dans la forme de ma vie, j'avais l'impression que rien ne pouvait m'arriver."

Placées dans le même groupe que le Canada, l'Angleterre et le Nigeria, les Norvégiennes avaient inscrit 17 buts sans en encaisser un seul. Après avoir disposé du Danemark en quart de finale, elles ont retrouvé les États-Unis, leur bourreau de la finale 1991. Ce nouvel obstacle passé, il leur restait à vaincre l'Allemagne. Deux réalisations en l'espace de trois minutes en fin de première période - dont la première par Riise au terme d'une superbe action individuelle - leur ont permis de monter sur la plus haute marche du podium. "Il y a des moments qui restent gravés à tout jamais dans une mémoire et ce but en finale en fait partie", sourit-elle. "Mais même si nous étions dominatrices, nous savions qu'en face de nous, c'était l'Allemagne, une équipe qui n'abandonnait jamais, donc nous avons tremblé jusqu'à la fin. Après, nous avons fait une grande fête. Nous avons même eu droit à deux avions militaires pour escorter le nôtre lors du vol retour vers la Norvège. On nous a réservé un accueil triomphal à l'aéroport."

En 1999, les Stars and Stripes, sur leur propre sol, sont à leur tour montées sur le toit du monde. Si la Norvège a dû se contenter de la quatrième place, la déception n'a été que de courte durée tant l'atmosphère qui a entouré la compétition s'est révélée unique, sans parler des progrès affichés par la discipline. "Le seul fait d'être allée aux États-Unis pour le tournoi a constitué une expérience incroyable", se souvient Riise, dont l'équipe a subi la loi de la RP Chine en demi-finale. "Nous avons joué le match pour la troisième place contre le Brésil et comme la finale était programmée juste après, il y avait 90 000 personnes dans le stade au coup de sifflet final. Comment ne pas apprécier de faire partie d'une telle aventure ?"

Aujourd'hui âgée de 46 ans, Riise poursuit sa carrière d'entraîneur dans les clubs de son pays, où elle a également œuvré auprès de la sélection U-23. Les frissons d'une Coupe du Monde Féminine sont cependant encore très frais dans son esprit. "Pour le moment, je suis heureuse de ce que je fais et j'ai l'impression de m'améliorer sans cesse. Mais après avoir vécu de si beaux moments en Coupe du Monde sur le terrain, j'adorerais y retourner dans la peau d'une sélectionneuse", conclut-elle.

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