Pour l'Italie, ce fut un match de rêve ; pour le Brésil, un pur cauchemar ; pour les spectateurs neutres ; un vrai délice. Même si l'on pardonnera aux puristes d'avoir versé une petite larme... Ce jour-là, l'Italie et plus particulièrement Paolo Rossi ont ressuscité en sortant de la Coupe du Monde de la FIFA 1982 la meilleure équipe brésilienne vue depuis 1970.


Pour ce match du deuxième tour, le Brésil de Tele Santana se présente au stade Sarrià de l'Espanyol de Barcelone avec une place en demi dans le viseur. Le format de l'édition 1982 comporte une deuxième phase de groupes. Auparavant, les deux équipes ont déjà battu les tenants du titre argentins. Mais comme la Seleção l'a emporté par une plus grande marge (3-1), elle peut se contenter d'un résultat nul.
Chouchous de la compétition, les Brésiliens en sont aussi les grandissimes favoris.

Grâce au talent d'un sublime milieu de terrain composé de Zico, Socrates et Falcão, ils ont remporté leurs quatre premiers matches en inscrivant la bagatelle de 13 buts. Par opposition, l'Italie d'Enzo Bearzot s'est difficilement hissée au second tour après trois nuls grâce à un meilleur bilan offensif que le Cameroun. De plus, ils disposent en l'attaquant Rossi d'un joueur à court de forme et de compétition, suite à une suspension de deux ans pour une affaire de matches trafiqués, suspension qu'il n'a fini de purger que deux mois avant le coup d'envoi d'Espagne 1982.


Les prestations transparentes de ce joueur de 25 ans au premier tour ont poussé la presse transalpine à réclamer sa tête. Lors de la victoire 2-1 contre l'Argentine, il a rendu une copie blanche. Pourtant, et heureusement pour l'Italie, Bearzot le titularise de nouveau pour ce match capital. La suite, elle appartient à l'Histoire du football : Rossi va devenir le sauveur de la Squadra dans une rencontre épique.


A Barcelone, Rossi ne met que cinq minutes à trouver le chemin des filets. A l'origine de l'action, Gabriele Oriali envoie une ouverture côté gauche pour Antonio Cabrini. Coéquipier de Rossi à la Juventus, celui-ci repère la course de son attaquant au second poteau et ajuste un centre parfaitement dosé. L'attaquant turinois pique le cuir de la tête et trompe Valdir Peres.


Aussitôt, le Brésil se rue à l'attaque pour égaliser, découvrant ainsi ses bases arrières. Rossi se mue alors en passeur et offre une belle occasion à Francesco Graziani, lequel voit sa frappe s'envoler dans le ciel catalan. Les Azzurri sont d'humeur étonnamment offensive, mais pas autant que les Auriverdes, qui persistent dans leur spécialité, à savoir aller de l'avant et créer des occasions. A la 10ème minute, leur solide attaquant Serginho, seul face à Dino Zoff, ne cadre pas sa frappe.

L'Italie ne va pas longtemps mener au score. Deux minutes plus tard, Socrates égalise à 1-1. Le milieu de terrain auriverde, reconnaissable entre tous à son allure dégingandée, pénètre nonchalamment dans la moitié de terrain brésilienne et glisse le cuir à Zico, qui tourne le dos au but. L'action semble anodine, mais tout d'un coup, le numéro 10 se débarrasse de son défenseur et rend le ballon à Socrates sur sa droite. Ce dernier place une frappe rasante entre Zoff et son premier poteau.


La frustration commence à s'immiscer dans le jeu italien, alors que les Brésiliens s'installent dans le camp transalpin. Très vite, Claudio Gentile est mis à l'amende par l'arbitre de la rencontre, Abraham Klein. Pourtant, au lieu d'inscrire un deuxième but qui semble inévitable, le Brésil va offrir un cadeau à son adversaire à la 25ème minute. Valdir Peres relance sur Leandro, qui passe à Cerezo. Sans aucune pression sur lui, le défenseur donne une négligente passe transversale, sur laquelle Rossi se jette tel un prédateur. L'attaquant italien intercepte le ballon et envoie une frappe sèche au fond des filets.

De nouveau mené au score, le Brésil fait le siège de la surface transalpine. Les Azzurri jouent aux pompiers et Gentile s'acharne sur le maillot de l'étincelant Zico. Le garde du corps met tellement de cœur à l'ouvrage qu'il déchire la tunique auriverde peu avant le repos.


La première mi-temps a été spectaculaire, la seconde sera haletante. La Seleção continue de se montrer supérieure dans le jeu, tandis que la Squadra veille au grain, prête à lancer un contre meurtrier. Deux minutes après la reprise, Falcão bénéficie d'une grosse occasion, mais sa frappe croisée est légèrement déviée. Pour l'Italie, Bruno Conti manque de faire le break ; côté brésilien, Zico et Serginho ne parviennent pas à concrétiser. Le plus gros gâchis est quand même à attribuer à Serginho, qui ne réussit pas à lober Zoff sorti à sa rencontre.


Bien lancé par Junior, Cerezo manque à son tour l'égalisation, son missile du droit allant percuter le montant droit. A la 68ème, le Brésil obtient tout de même une égalisation méritée. Avec la manière s'il-vous-plaît. Lancé dans une chevauchée côté gauche, Junior repique au centre et sert Falcão, arrêté dans le coin droit de la surface de réparation. Le joueur de la Roma feinte la passe pour Cerezo, dont la course fait leurre, puis pénètre dans la surface et trompe Zoff sur sa droite.


De nouveau dans le match, le Brésil continue de presser pour mettre un troisième but. Son audace va lui coûter cher. A la 74ème minute, Zoff neutralise la tentative du remplaçant Paulo Isidoro et lance le contre. A l'autre bout du terrain, le centre de Bruno Conti est mal dégagé. A l'orée de la surface, Marco Tardelli remet le ballon dans les six mètres, où Rossi surgit pour signer le triplé.


Il reste 16 minutes à jouer. Le Brésil jette toutes ses forces dans les derniers assauts, mais Zoff ne va plus rien laisser passer. Dans les ultimes secondes, un coup de tête d'Oscar semble se diriger vers les buts, mais le portier quadragénaire s'empare du cuir avant qu'il ne passe la ligne. Le parcours du Brésil s'arrête là. L'Italie se dirige vers sa troisième couronne mondiale et Rossi vers le Soulier d'or.