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Un triomphe italien en grande pompe

1982 FIFA World Cup Spain, Final: Italy - Germanyl 3:1
© Popper Foto
  • Le roi d’Espagne Juan Carlos et le président italien captivés par la rencontre
  • Le cri le plus célèbre de l’histoire du football
  • Un gardien de quarante ans devient le plus vieux champion du monde de tous les temps

Sous un ciel d’azur, l’Italie et la RFA se livrent un duel très attendu en finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982™ – et le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux équipes ont fait honneur à leur réputation. Au terme d’une seconde mi-temps haletante, les Italiens soulèvent le Trophée pour la première fois depuis 1938.

D’un côté comme de l’autre, le talent ne manque pas. La Squadra Azzurra compte dans ses rangs Zoff, Bergomi, Gentile, Tardelli et Paolo Rossi, tandis que la Mannschaft aligne des joueurs de la trempe de Briegel, Breitner, Forster, Littbarski ou encore Rummenigge. Avec un tel casting, l’affiche s’annonce haletante

Le match
Les Azzurri entament la partie tambour battant. Dès les premiers échanges, ils cherchent à imposer leur rythme. Ce sont pourtant les Allemands de l’Ouest, entraînés par Jupp Derwall, qui se procurent la première occasion, dès la deuxième minute de jeu. Littbarski s’échappe côté gauche et trouve Klaus Fischer en profondeur. L’attaquant réalise un une-deux et sert à son tour l’ailier de Cologne. Litti tente sa chance, mais le gardien italien Dino Zoff parvient à capter aisément le ballon.

Quelques minutes plus tard, c’est au tour du capitaine Karl-Heinz Rummenigge de se mettre en évidence : il fausse compagnie à Bergomi et Cabrini dans la surface de réparation italienne, mais sa frappe en pivot passe à côté du but de Zoff.

À la cinquième minute de jeu, tout le banc italien se lève suite à un choc en milieu de terrain entre Wolfgang Dremmler et Francesco Graziani. La charge virile du milieu de terrain du Bayern Munich fait chuter l’attaquant de la Fiorentina, qui retombe lourdement sur son épaule droite. L’arbitre brésilien Arnaldo Coelho laisse le jeu se poursuivre et la RFA en profite pour développer son offensive sur le flanc gauche. Pendant ce temps, le malheureux Graziani reste au sol près de la ligne médiane, le visage marqué par la douleur.

Il finit par se relever, mais après quelques minutes passées à arpenter le terrain, il apparaît clairement qu’il n’est plus en mesure de tenir sa place. Alessandro Altobelli fait donc son entrée en jeu à la septième minute.

Les premiers échanges furieux laissent place à un duel plus tactique. Cherchant à poser son jeu, la RFA tente quelques incursions sur le flanc droit. Malheureusement pour eux, Littbarski et Rummenigge semblent incapable de trouver la faille dans une défense italienne dirigée de main de maître par Giuseppe Bergomi.

Un quart d’heure après le coup d’envoi, aucune des deux équipes ne parvient plus à prendre l’ascendant sur l’autre. Italiens et Allemands de l’Ouest se neutralisent en milieu de terrain, au point que les deux gardiens se retrouvent au chômage technique. Le portier allemand Harald "Toni" Schumacher pousse tout de même un soupir de soulagement en voyant le dégagement raté de Bernd Förster passer au-dessus de sa transversale. Sur le corner à suivre, Bruno Conti fait apprécier sa qualité de centre, mais la défense de la Mannschaft, bien concentrée, se dégage facilement.

Dans la foulée, l’Italie mène une nouvelle offensive côté gauche. Altobelli centre dans la surface de réparation à destination de Conti, suivi de près par Briegel. Sous la pression de son garde du corps, le Romain s’effondre. L’arbitre n’hésite pas un instant et désigne le point de penalty. Les Allemands de l’Ouest se rassemblent autour de M. Coelho pour plaider la cause de leur partenaire, mais rien n’y fait.

Schumacher et Antonio Cabrini se retrouvent face à face. Curieusement, le portier allemand semble beaucoup plus détendu que son adversaire. Le latéral de la Juventus s’élance, tire... et manque le cadre, le ballon filant à droite du poteau de Schumacher. L’Italie vient de laisser passer une occasion en or de prendre l’avantage.

Le premier carton d’un match jusque-là plutôt correct est attribué à la 31ème minute à Bruno Conti, suite à une faute sur Karl-Heinz Förster. Cet avertissement et le penalty raté resteront comme les principaux temps forts d’une première mi-temps assez décevante.

À ce stade, une évidence s’impose : les deux équipes vont devoir prendre davantage de risques, si elles veulent conquérir le Trophée de la Coupe du Monde. Le sélectionneur italien Enzo Bearzot et son homologue allemand Jupp Derwall disposent de quinze minutes pour revoir leur copie et trouver la bonne formule.

Dès le retour des vestiaires, Rummenigge et Kaltz s’installent dans le camp italien, visiblement désireux de donner davantage de rythme à la partie. En guise de récompense, ils doivent cependant se contenter d’un coup franc aux 20 mètres, qui se révèle sans danger. Au fil des minutes, le milieu de terrain italien commence à prendre le contrôle des opérations. À la maîtrise technique de leurs adversaires, les hommes de Jupp Derwall opposent une puissance impressionnante, mais la Squadra Azzurra refuse de se laisser intimider. Les Italiens n’hésitent pas à partir de derrière pour construire, en multipliant les passes courtes. Cette stratégie s’avère payante et ne tarde pas à mettre en difficulté la défense allemande.

Alors que les esprits commencent à s’échauffer, Stielike bouscule Conti sur le flanc gauche, à la 57ème minute. La défense allemande peine cette fois à dégager le coup franc accordé par l’arbitre et Conti récupère le ballon à une trentaine de mètres du but.

Karl-Heinz Rummenigge pousse l’Italien dans le dos, contraignant l’arbitre à siffler un nouveau coup franc. Une fois de plus, les Allemands de l’Ouest contestent la décision de l’homme en noir. Marco Tardelli en profite pour jouer rapidement et servir Claudio Gentile sur la droite. Démarqué, ce dernier centre depuis l’entrée de la surface de réparation. Alessandro Altobelli manque le ballon, mais Paulo Rossi tient enfin l’occasion de prouver qu’il n’est pas considéré comme l’un des meilleurs attaquants italiens de tous les temps par hasard. Avec un sens du timing qui n’appartient qu’à lui, il reprend le ballon de la tête et donne l’avantage à l’Italie. Les Allemands contestent à nouveau, arguant cette fois d’un hors-jeu, mais rien n’y fait : le but est validé.

La RFA n’a plus le choix. Elle doit attaquer pour revenir dans le match. Stielike n’hésite plus à se porter aux avant-postes, dans l’espoir de créer le surnombre. Fischer, Rummenigge et Littbarski se démènent pour tenter de pousser la défense italienne à la faute, mais rien n’y fait. L’arrière-garde de la Squadra tient bon.

Jupp Derwall décide alors de prendre les choses en main. À la 62ème minute, il lance un attaquant supplémentaire dans l’arène, en la personne de Horst Hrubesch. Par son jeu de tête, le grand attaquant allemand peut peut-être faire la différence. Hrubesch est sollicité quelques minutes après son introduction lorsque Manfred Kaltz, son coéquipier à Hambourg, décoche l’un de ses fameux centres sortants. L’avant-centre s’élève dans les airs, mais sa tête ne trouve pas le cadre.

Depuis l’ouverture du score, l'intensité est montée d’un cran. À la 69ème minute, Gaetano Scirea initie un contre depuis sa moitié de terrain. Arrivé à la ligne médiane, il sert Altobelli, qui a bien suivi l’action. L’attaquant de l’Inter s’avance jusqu’à l’entrée de la surface de réparation et efface Briegel d’une superbe feinte de corps. Rossi récupère le ballon et jette un coup d’œil autour de lui. Il aperçoit immédiatement l’appel de Scirea sur la droite. Le joueur de la Juventus décide de ne pas tirer, préférant talonner vers Rossi qui, entretemps, a réussi à se démarquer dans la surface de réparation. Rossi glisse à nouveau le ballon à Scirea, qui transmet à Marco Tardelli, idéalement placé à 17 mètres du but allemand. En déséquilibre, Tardelli place une frappe qui termine à l’intérieur du petit filet. Son tir surprend Toni Schumacher. L’Italien vient de doubler la mise.

Dans la tribune présidentielle, le président italien Alessandro Pertini, assis à côté du roi Juan Carlos d’Espagne, ne peut s’empêcher de bondir de joie. À cet instant, on se dit que la victoire ne peut plus échapper aux Italiens.

À 20 minutes du terme, la RFA doit maintenant marquer deux fois pour arracher la prolongation. Derwall procède à un nouveau changement. Il sort son capitaine Rummenigge, visiblement épuisé, et mise sur la fraîcheur de Hansi Müller pour inverser la tendance. Sur le terrain la tension devient de plus en plus forte. Stielike bouscule l’arbitre et s’en tire à bon compte en écopant d’un simple carton jaune.

Les Allemands ont absolument besoin d’un but pour se relancer, mais leurs offensives sont de plus en plus désordonnées et désespérées. Les longs ballons dans la surface et les frappes lointaines se succèdent, sans jamais véritable menacer la défense italienne.

À la 81ème minute, l’Italie tue définitivement le suspense. Parti de sa moitié de terrain, Bruno Conti s’avance dans le camp allemand. Face à une défense aux abois, il prend son temps pour servir Alessandro Altobelli, qui échappe à son garde du corps à onze mètres du but adverse. Schumacher sort à sa rencontre, mais le Milanais glisse le ballon hors de portée et signe le troisième but des Azzurri dans cette partie. À neuf minutes du coup de sifflet final, l’issue ne fait plus guère de doute.

Paul Breitner réduit l’écart deux minutes plus tard. La RFA s’incline finalement 3:1. La réaction du buteur allemand en dit long sur l’état d’esprit au sein de son équipe : le Bavarois n’esquisse même pas un sourire en voyant le ballon franchir la ligne. Il semble résigné, comme s’il savait que son équipe n’avait jamais été en mesure de contester la mainmise italienne sur cette rencontre.

Sans doute les Allemands de l’Ouest ont-ils laissé trop de forces au cours de leur demi-finale épique contre la France. À moins que, ce jour-là, l’Italie n'ait tout simplement été intouchable. Quoi qu’il en soit, les artistes latins sont sacrés champions du monde en Espagne et leur triomphe ne souffre aucune contestation.