Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Angleterre-Brésil : une rencontre avec lendemains

© Getty Images

"Par une froide journée de l'automne 1895, j'ai réuni quelques amis et je leur ai proposé de disputer une partie de football. À lui seul, ce nom était déjà une curiosité. À l'époque, on ne connaissait que le cricket." Ces paroles ont été prononcées en 1952 par Charles William Miller, lors d'un entretien accordé au journal O Cruzeiro. Une telle phrase n'aurait rien d'étonnant dans un pays où les pelouses sont traditionnellement arpentées par des joueurs équipés de battes. Mais en l'occurrence, l'action se déroulait à São Paulo. Le Brésil serait donc le pays du cricket ?

C'était effectivement le cas, à la fin du 19ème siècle. Descendant de parents anglais et écossais, Charles Miller a pourtant contribué à changer l'histoire, au point d'être présenté comme l'un des pionniers d'un sport considéré depuis comme une religion par de nombreux Brésiliens. Il y a une centaine d'années, le *football *- en anglais dans le texte - se lançait donc à la conquête du pays des futurs quintuples champions du monde. Fidèles à leurs habitudes, les Brésiliens se sont rapidement approprié ses termes en leur donnant une couleur locale. Le *futebol *est donc né à cette époque-là, entraînant derrière lui la création d'autres mots comme *chutar *(tir), *driblar *(dribble) et *craque *(crack).

Au fil des ans, les grands noms du football brésilien que sont Pelé, Garrincha, Tostão et Ronaldo ont livré quatre matches d'anthologie contre l'Angleterre en Coupe du Monde de la FIFA : en 1958, 1962, 1970 et 2002. À chaque fois, la Seleção a fini par soulever le Trophée le plus convoité de la planète. À l'exception d'un nul vierge concédé en 1958, le Brésil est toujours sorti vainqueur de ces confrontations, justifiant au passage son statut de "pays du football".

Premiers coups de sifflet
Dans cette rubrique consacrée aux liens entre différentes nations et le pays hôte de la Coupe du Monde 2014, nous avons déjà pu constater que le Brésil entretenait des rapports étroits avec de grands pays européens comme l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne. À travers les migrations de populations, ces trois nations ont contribué de manière significative au développement du football brésilien. Pourtant, rien de tout cela n'aurait été possible sans la contribution de la patrie du beau jeu, à savoir l'Angleterre.

Charles Miller a découvert le football durant son passage à l'école de droit de Southampton. L'homme qui a donné son nom à la place sur laquelle se trouve le légendaire stade de Pacaembu - qui a accueilli plusieurs matches de la Coupe du Monde 1950 - s'est immédiatement passionné pour ce sport. Au moment de faire ses valises pour l'Amérique du Sud, il a pris soin d'emmener dans ses bagages deux ballons, une pompe, deux jeux de maillots, une paire de chaussures à crampons et un livre expliquant les règles du jeu. Après avoir réussi à dissiper les doutes de ses amis anglo-brésiliens, il a organisé ce que l'on considère généralement comme le premier match de football de l'histoire du Brésil, sur un terrain de Brás, à São Paulo.

Certains historiens soulignent que d'autres matches ont peut-être eu lieu précédemment à Rio de Janeiro et dans l'État de Pará. La rencontre disputée  sur la pelouse paulista reste incontestablement le premier match "organisé", avec un arbitre et les règles officielles. Ce jour-là, Miller portait les couleurs de São Paulo Railway, opposé pour l'occasion à la Gas Company de São Paulo. Pour la petite histoire, les premiers ont battu les seconds 4:2. "Les débuts de ce nouveau sport ont été relativement poussifs", écrit l'historien John Mills, auteur de l'ouvrage Charles Miller : le père du football brésilien. "En arrivant au Brésil en 1894, Miller a été surpris de découvrir que personne n'avait entendu parler du football. À l'époque, les contacts entre les nations étaient relativement nombreux. Formalisé en 1863, le football avait déjà conquis l'Europe depuis longtemps à cette époque."

Les origines
Au fil du temps, le football a commencé à faire de nombreux émules parmi les classes populaires de São Paulo et de ses alentours. Les matches sont devenus de plus en plus fréquents et de nombreux clubs ont ainsi vu le jour. Le 1er septembre 1910, un groupe d'ouvriers a ainsi donné naissance au Sport Club Corinthians Paulista. Le nom de cette nouvelle équipe était évidemment un hommage aux Corinthians de Londres, en pleine tournée brésilienne. La veille, les Anglais s'étaient imposés 2:0 devant l'Associação Atlética das Palmeiras. Anselmo Corrêa, Antônio Pereira, Carlos Silva, Joaquim Ambrósio et Raphael Perrone ont assisté à la rencontre depuis les tribunes. Dès le lendemain, ils fondaient la version brésilienne des Corinthians.

Les Corinthians ne sont cependant pas les seuls Anglais à s'être rendu au Brésil en ce début de 20ème siècle. Après un long voyage, les joueurs d'Exeter ont posé leurs valises à Rio en 1914. Ils ont immédiatement débuté leur tournée en dominant une sélection de leurs compatriotes. Ils ont ensuite battu une sélection *carioca *5:3. Mais le temps fort de cette série de tests était programmé le 21 juillet au stade de Fluminense. Devant près de 5 000 spectateurs, Exeter a mordu la poussière 2:0. Qui a bien pu réaliser un tel exploit ? Tout simplement la première formation officiellement reconnue par la CBF comme l'équipe du Brésil.

"Habitués au professionnalisme, les joueurs anglais luttaient sur chaque ballon. Les amateurs brésiliens, eux, recherchaient surtout le beau geste et le plaisir", expliquent Antonio Carlos Napoleão et Roberto Assad dans le livre officiel de la sélection brésilienne. "Malgré tout, les Brésiliens ont surpris tout le monde par le habileté."

*Do you speak English *?
Un an avant la visite d'Exeter, Henry Welfare, un Anglais originaire de Liverpool, s'était installé à Rio dans l'intention de devenir professeur au lycée anglo-brésilien. Ce dernier n'a pas tardé à devenir titulaire à Fluminense, au poste d'avant-centre. Son physique impressionnant  lui a valu le surnom de *Tanque tricolor. *Welfare a pris l'habitude de faire trembler régulièrement les filets adverses. À ce jour, il détient toujours le record de buts inscrits en un match sous les couleurs de *Flu *(six, contre Bangu en 1917). Le triple champion *carioca *a remporté le titre de meilleur buteur du championnat, avant de devenir membre honoraire du club.  

Après avoir raccroché les crampons, il s'est essayé au métier d'entraîneur à Vasco da Gama, au grand dam des supporters. "Les gens n'ont pas du tout apprécié qu'il quitte Fluminense pour rejoindre Vasco. À l'époque, ça ne se faisait pas. Changer de club, c'était… moche", raconte Flávio Costa, sélectionneur du Brésil en 1950.

Il n'en reste pas moins qu'Henry a marqué l'histoire de Vasco. Il a révélé de grandes stars comme Leônidas da Silva, Fausto et Domingos da Guia. Sous son impulsion, le *Gigante da Colina *a remporté trois titres de champion et s'est maintenu parmi les trois premiers pendant huit ans. Pourtant, les footballeurs britanniques ne sont pas nombreux à avoir fait carrière au Brésil. À l'inverse, les Brésiliens ont su trouver leur place dans le paysage du football anglais.

Yes, I do
*
À ce titre, le parcours de Mirandinha mérite une mention particulière. Né 72 ans après Welfare, l'attaquant d'1m70 a été repéré par les dirigeants de Newcastle, après avoir brillé avec la *Seleção lors de la Coupe Stanley Rous. "Ils ont contacté le président de Palmeiras. J'étais tout près de m'engager au Mexique, à l'America, mais les Anglais ont vraiment insisté. Finalement, je me suis laissé tenter", confie Mirandinha à FIFA.com.

Arrivé en 1987, il a passé en tout deux saisons dans le nord de l'Angleterre. Suffisant pour marquer les esprits. "En ce temps-là, la plupart des équipes pratiquaient encore le kick and rush. Par chance, Newcastle jouait un football beaucoup plus sophistiqué. Nous n'abusions pas des longs ballons aériens. Ça m'a facilité les choses. En outre, j'adore ce club et cette ville. J'ai beaucoup d'amis là-bas. Je suis toujours accueilli très chaleureusement quand je me rends en Angleterre. C'est une relation très forte."  

Au cours de la décennie suivante, un autre Brésilien a marqué la Premier League de son empreinte. Et il était encore plus petit que Mirandinha : Juninho Paulista, 1m65 et du talent plein les pieds. À Middlesbrough, il a assisté à la révolution technique et tactique du championnat d'Angleterre. "Si je suis venu en Angleterre, c'est parce que Bryan Robson voulait mettre en place un jeu plus technique", avoue l’ancien milieu de terrain. "Pendant les négociations, ils m'ont invité à visionner quelques matches. Le ballon passait presque tout son temps dans les airs. Je me suis demandé ce que je viendrais faire là-dedans. Puis, Robson m'a dit : 'Tu vois, c'est pour ça que j'ai besoin de toi ; pour changer ça'. Il voulait des joueurs plus habiles, capables de garder le ballon au sol."

Les supporters l'ont immédiatement adopté, au point que Juninho n'hésitait pas à rire lorsqu'on lui demandait, en 2013, s'il se sentait plus apprécié à Middlesbrough ou à Itu. "Je crois que j'ai une meilleure image en Angleterre." Les choses pourraient cependant bientôt changer car Ituano, le club qu'il préside, vient de remporter la finale du championnat *paulista *en battant Santos. En revanche, l'affection que lui vouent les supporters du nord-est de l'Angleterre n'est pas près de changer.

Quand le football devient brésilien
Aujourd'hui, les Brésiliens sont monnaie courante en Premier League. On en compte quatre rien qu'à Chelsea : David Luiz, Ramires, Oscar et Willian, tous internationaux. À Liverpool, Lucas Leiva et Philippe Coutinho sont également très appréciés. Pour preuve, le maillot du second était le plus vendu en début de saison. "Ils ont la chance de trouver ici un contexte bien différent de celui que j'ai connu à mon époque. Aujourd'hui, les meilleurs joueurs du monde évoluent en Premier League sur des pelouses magnifiques. Le football anglais a complètement changé", poursuit Mirandinha.

L'évolution est telle que s'imposer en Angleterre représente aujourd'hui un défi, même pour quelqu'un comme Leiva. À son arrivée à Liverpool en 2007, le milieu de terrain venait d'être élu meilleur joueur du championnat du Brésil. Le dépaysement a été total. "J'avais l'impression d'être bloqué à 50 km/h alors que tous les autres jouaient à 100 km/h. Je n'étais pas du tout préparé à ça. Les premiers mois, j'ai livré mes meilleures prestations en Ligue des champions. En termes de tempo, je suis passé d'un extrême à l'autre."

Il y a plus d'un siècle, le Brésil s'appropriait le jeu inventé par les Anglais. Aujourd'hui, les Brésiliens s'adaptent à ce que l'Angleterre a de meilleur à offrir. Finalement, peu importe le pays où l'on se trouve, l'évolution reste toujours la même, du moment que nous sommes dans un pays de football...

Explorer le sujet

Articles recommandés

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

J-70 : Jairzinho fait gagner la Seleçao

03 avr. 2014

Coupe du Monde de la FIFA 2002™

Coup de génie - ou de chance - d'anthologie

28 févr. 2014

Coupe du Monde de la FIFA 1970™

La finale qui n'en fut jamais une

08 avr. 2010