Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Ayew soigne les blessures avec le futur

Brett Holman of Australia is challenged by Andre Ayew of Ghana
© Getty Images

Trois ans se sont écoulés depuis la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010™, mais le même mot revient à l’esprit dès que l’on évoque ses souvenirs de l’épreuve : historique. Historique, comme la première édition organisée sur le sol africain, ou la victoire finale de l’Espagne. Mais pour le Ghana, l’historique restera au conditionnel. Les Black Stars auraient pu devenir la première équipe africaine à se qualifier pour les demi-finales, mais ont dû se contenter des quarts de finaliste après un scénario fantastique si l’on est uruguayen, extrêmement cruel si l’on est ghanéen…

Le passeport d’Andre Ayew le classe dans la deuxième catégorie, et lui a permis de vivre de l’intérieur cette aventure douloureuse. Aujourd’hui engagé dans les qualifications pour Brésil 2014™, il a toujours en travers de la gorge la défaite face à la Celeste aux portes du dernier carré. "Non, ce n’est pas oublié et ça ne peut pas l’être", confirme le milieu de terrain de l’Olympique de Marseille au micro de FIFA.com. "Ce qui est dur, c’est la façon dont on a été éliminés. Si on perd dans le match parce qu’ils sont plus forts, rien à dire, c’est terminé. Mais je pense que dans la manière, on méritait cette demi-finale."

La manière, c’est un match nul 1:1 après 120 minutes, une occasion en or pour les Africains dans les arrêts de jeu repoussée par Luis Suarez de la main sur sa ligne. Carton rouge pour l’attaquant charrua et penalty pour le Ghana. Asamoah Gyan a l’Histoire au bout du pied… mais envoie le cuir au-dessus. Aux tirs au but, les Sud-Américains seront les plus adroits. "Bien sûr, pendant un moment on y a cru, on se voyait déjà en demi-finale", admet Ayew, qui a vécu les événements depuis le banc de touche, suspendu pour accumulation de cartons de jaunes dans les matches précédents. "Déjà, quand Sulley Muntari marque son but de 40 mètres, on se dit qu’on est bien parti. Après même s’ils reviennent, on y croit vraiment tout le match, et quand on obtient ce penalty, on se dit que c’est bon, on y est. En plus, Gyan est spécialiste des penalties. Mais là, ça touche la barre et ça part au-dessus…"

"J’aurais fait pareil"Jamais une équipe africaine n’avait été si près des demi-finales, mais ce penalty raté a repoussé d’au moins quatre ans un événement attendu par tout le Continent Mère, et presque toute la planète football qui avait pris fait et cause pour les "petits" Black Stars face aux géants uruguayens, doubles champions du monde. Héros dans son pays, Suarez passe pourtant pour le briseur de rêve pour le reste du monde, ou presque.

Ayew, pourtant l’un des premiers déçus, n’en tient pas rigueur à l’attaquant de Liverpool. "Ce qu’on retient, c’est que Suarez a fait un geste héroïque. Il s’est sacrifié et ça a servi à quelque chose parce qu’à la fin, ils se sont qualifiés", avoue le troisième Meilleur Jeune Joueur d’Afrique du Sud 2010 derrière Thomas Müller et Giovani Dos Santos. "Il laisse son équipe à dix et concède un penalty à la dernière minute. Mais ça sert à quelque chose. Les Uruguayens sont rentrés à la maison en étant accueillis comme des héros. Il y a une forme d’injustice pour nous, mais ils ont joué dans les règles, ils ont pris un risque et ça a payé. Evidemment, les supporters ghanéens, et même toute l’Afrique, en veulent à Suarez mais nous, joueurs, c’est un geste que nous comprenons. Si c’est moi qui avais été dans cette situation, j’aurais peut-être fait pareil…"

Trois longues années ont passé depuis et la douleur est toujours vive dans le camp ghanéen, où on évite soigneusement d’évoquer ce 2 juillet 2010. "Avec Gyan, on n’a jamais reparlé de ce penalty, et on n’en parlera plus", assure le fils du légendaire Abedi Pelé. "Ça ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie. Entre joueurs, on n’en parle pratiquement plus parce que c’est trop dur à digérer. La page est très difficile à tourner, mais il était temps de passer à autre chose."

Quelque chose qui ne va pas
Autre chose, c’est une campagne de qualification pour l’édition brésilienne dans laquelle une défaite face à la Zambie a été largement rattrapée par quatre victoires dans les autres rencontres du Groupe D de la Zone Afrique. Une victoire lors de la finale face aux Zambiens le 6 septembre prochain enverrait le Ghana en barrage qualificatif, et confirmerait la bonne santé d’une des sélections les plus régulières et les mieux organisées d’Afrique ces dix dernières années.

Ayew le reconnaît aussi volontiers, mais y ajoute une nuance. "C’est vrai, beaucoup de gens disent ça, mais quand ça marche bien, on doit gagner des trophées", estime le frère aîné de Jordan, lui aussi pensionnaire de l'OM. "Mais nous n’avons rien gagné depuis des années, à part la Coupe du Monde U-20 2009 et la Coupe d’Afrique U-20 la même année. Certes, on est toujours dans les demi-finalistes, voire les finalistes. C’est bien beau, on joue bien, on va loin, mais à la fin, on ne gagne rien. Moi, ça ne m’intéresse pas", ajoute-t-il d’un ton sec. "On est parmi les plus réguliers en Afrique, mais si on n’arrive pas à gagner, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Si on se penche un peu plus sur ce côté-là, on pourra faire de grandes choses."

Si, parait-il, on apprend plus dans les défaites que dans les victoires, Ayew et les siens ont sans doute appris beaucoup depuis 2010. Assez pour viser un exploit "historique" en 2014.

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