Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™

14 juin - 15 juillet

Coupe du Monde de la FIFA™

Batista passe au rouge à grande vitesse

© Getty Images

José Charly Batista a 54 ans et son physique robuste et trapu ne laisse aucune place au doute : il fut en son temps un redoutable arrière latéral. Uruguayen jusqu'à la moelle, il était Brésilien par son style de jeu. Sans trop d'habileté mais ultra-offensif, il était doté d'une capacité exceptionnelle à faire des allers-retours dans son couloir et possédait une frappe phénoménale. En 24 ans de carrière, il a inscrit plus de 60 buts. Il n'a jamais été un défenseur violent, à tel point qu'un entraîneur en Argentine lui avait demandé s'il était le seul Uruguayen à ne pas mettre de coups. Ironie du sort, Batista est resté dans les annales du football mondial pour une faute qui lui a valu l'exclusion la plus rapide de l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA™.

"Je travaille dans une école de football et je dirige une équipe amateur. J'entends très souvent dire : 'Vous savez qui c'est celui-là ? C'est celui qu'ils ont exclu'. Alors je sors le téléphone et je montre l'action", confie Batista à FIFA.com dans un bar de Buenos Aires. L'action en question a eu lieu contre l'Écosse, le 13 juin 1986 dans le stade de Neza, au Mexique. Le match était le dernier du Groupe E et les deux équipes jouaient leur qualification pour les huitièmes de finale. Au sifflet, le Français Joël Quiniou. Après quelques passes, le ballon sort en touche pour les Écossais. Arthur Albiston fait la remise en jeu, à destination de l'un de ses coéquipiers qui avait fait un appel. Batista raconte la suite…

"- L'action se déroule à une trentaine de mètres de notre but et moi, comme latéral gauche, j'arrive sur le ballon mieux que lui. Je ne me souviens pas du nom de l'Écossais…
- Gordon Strachan.
- Oui, c'est ça. Strachan est en retard, c'est moi qui arrive le premier. Il met le pied en arrière et moi, avec la jambe gauche et la hanche, je le fais tomber. Je pensais que c'est lui qui allait me déséquilibrer, qu'il allait y mettre toute sa force. Mais non. Je suis finalement tombé sur le côté et nous nous sommes heurtés !"

Quiniou, rêve et responsabilité
On joue depuis 38 secondes et l'actuel sélectionneur de l'Écosse gît inerte sur la pelouse. "J'ai fait en sorte de ne pas avoir le pied au sol au moment de l'impact. Sinon, ça aurait pu être bien pire", avait raconté Strachan à The Telegraph. "Quand Batista s'est approché de moi, je me suis dit 'Oh non, on y est'. Mais je ne pensais pas que ça arriverait aussi tôt dans le match."

Quiniou s'approche pour évaluer la gravité du coup reçu et en un instant, il fait la synthèse de tout ce qu'il a vu et entendu au cours de la préparation de ses grands débuts comme arbitre principal en Coupe du Monde. "On avait déjà joué un certain nombre de matches. J'avais eu le temps d'analyser les précédentes rencontres et d'écouter les conseils et les observations du comité arbitral", explique Quiniou à FIFA.com. "Le comité considérait que les arbitres avaient été dans l'ensemble trop indulgents sur les actions dangereuses pour l'intégrité physique de l'adversaire et que les sanctions n'avaient pas été à la hauteur des fautes commises. J'avais écouté tout cela et je m'étais bien préparé à cet événement tellement exceptionnel pour moi. C'était un rêve devenu réalité."

"J'ai pris mes responsabilités. Je ne pouvais pas ne pas sanctionner", affirme l'homme au sifflet qui, après avoir pris des nouvelles de Strachan, fait demi-tour, se dirige vers Batista, et lui montre le carton rouge. Le chronomètre indique 52 secondes de jeu. "J'avais envie de mourir sur place", révèle Batista. Quiniou complète : "Mon intention n'était pas d'entrer dans le Guinness des Records. Ce n'est pas parce qu'on est au début du match que je m'interdis d'accorder un penalty ou de sortir un carton rouge si l'action le justifie. J'ai jugé que Batista n'avait pas suffisamment contrôlé son geste". Quant à Strachan, il ajoute la seule note d'humour à l'ensemble du tableau : "Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas à quoi ce gars ressemble".

L'intendant de la sélection uruguayenne, lui, se souvient parfaitement du visage de Batista au moment de rejoindre le vestiaire.

"- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Ils m'ont exclu.
- Comment ont-ils pu t'exclure alors que les hymnes ne sont pas terminés ?"

"J'ai dû m'asseoir sur le banc et regarder le terrain pour y croire. Sur mon visage, il y avait probablement beaucoup d'émotion", poursuit-il sans utiliser le verbe "pleurer". "Je n'étais certainement pas un habitué des cartons rouges. Je me sentais très mal. Un représentant de l'Uruguay qui se fait exclure. J'en avais des frissons", raconte celui qui, a ensuite repris courage. "Mes coéquipiers m'ont encouragé en me disant de regarder devant, qu'il ne s'était rien passé. Ils ont fait preuve d'une énergie pas possible pour tenir le 0:0 jusqu'au bout. Au final, nous nous sommes qualifiés et ça m'a tranquillisé."

Le couteau dans la plaie
Telle furent les sensations à chaud, mais la réalité ne mit pas longtemps à rattraper Batista. "Par manque d'expérience, cette histoire me tracassait. Ici en Argentine, quand je jouais au Deportivo Español, les adversaires essayaient de me provoquer avec ça, mais je ne cédais pas. C'est en Uruguay que c'était le plus douloureux. Vous êtes dans un bar ou vous allez à une remise de prix, et vous vous rendez compte qu'on murmure : 'C'est le type qui s'est fait exclurer au bout d'une minute à la Coupe du Monde 1986'. Et là vous vous dites : 'Maintenant ça va, arrêtez de remuer le couteau dans la plaie'. J'ai marqué un paquet de buts, j'ai été champion sud-américain et panaméricain avec l'Uruguay, j'ai marqué un but incroyable contre le Chili dans les qualifications pour le Mondial 1986. Mais bon, le temps a fait son œuvre et maintenant ça ne me tracasse plus."

Ce qui n'empêche pas Batista de ressentir toujours une certaine amertume au sujet de ce qu'il considère comme "une injustice" dans sa carrière. "J'ai commencé à 16 ans et j'ai terminé à 40. Je n'au été que deux fois sur le banc et en dehors de cela, j'ai toujours joué. J'ai dû recevoir trois ou quatre cartons rouges dans ma carrière."

Cela explique que Batista n'est pas d'accord avec les propos d'Albiston, qui avait fait la touche à destination de Strachan avant la faute. "Ils nous mettaient des coups quand nous avions le ballon et quand nous ne l'avions pas. C'est l'équipe la plus cynique contre laquelle j'ai joué dans ma carrière", avait déclaré l'Écossais.

"Le footballeur uruguayen a toujours été courageux, mais aujourd'hui on voit des joueurs piétiner un adversaire, donner des coups de coude, des coups de tête. Nous étions agressifs, virils, mais sans mauvaises intentions. Je prenais parfois un carton jaune. J'ai dû en recevoir une vingtaine dans ma carrière, pour des gestes un peu trop appuyés. Mais ça reste un jaune. On a fait pire. J'aurais mérité un jaune, ce qui m'aurait obligé à me retenir pendant le reste du match. Mais pas une exclusion directe. Aujourd'hui, quand je revois l'action, ça n'est pas clair. J'aimerais pouvoir la voir mieux pour pouvoir changer d'opinion et dire 'Oui, l'arbitre avait raison'."

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