Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Brésil et Uruguay, je t'aime moi non plus

Au-delà des relations géopolitiques agitées entre les deux pays, il faut se tourner du côté du football pour trouver l'antagonisme majeur entre les deux nations. Après tout, l'Uruguay n'a-t-il pas causé au Brésil la plus grande douleur de son histoire footballistique, en infligeant à la Seleção une défaite restée dans les annales sous le nom de Maracanazo ?

Mais si l'histoire des relations entre le Brésil et l'Uruguay est marquée par la rivalité et la tension, elle comporte aussi de nombreuses preuves d'amitié et d'admiration entre les deux peuples. Car si tout semblait réuni sur le terrain pour qu'ils se détestent, les deux pays semblent pourtant n'être jamais parvenus à ne pas s'aimer.

Il en est ainsi au moins depuis le coup de sifflet final de ce match du 16 juillet 1950 au Maracanã. "Je pleurais encore plus que les Brésiliens, car leur souffrance faisait vraiment peine à voir", raconte l'Uruguayen Juan Schiaffino, auteur du premier but d'une victoire 2:1, qui a offert le titre mondial à la Celeste au détriment du pays hôte. "Sur le terrain, quand nous attendions la remise de la coupe, j'avais envie de rentrer aux vestiaires en courant. Nous étions tous extrêmement émus."

Comme si le fait d'avoir partagé une des plus grandes manifestations d'émotion collective de l'histoire avait créé un lien inextricable entre le Brésil et l'Uruguay. De fait, ce n'est peut-être pas une simple coïncidence si tant de joueurs charrúas ont traversé la frontière et connu la réussite dans le football brésilien, au point de devenir des symboles authentiques des clubs dont ils ont défendu les couleurs.

Quadrichromie et carré d'asPour s'en convaincre, le meilleur exemple est sans aucun doute le São Paulo Futebol Clube, dont l'histoire est intrinsèquement liée aux footballeurs uruguayens, tout du moins à quatre d'entre eux . A tel point qu'en 2012, le club a lancé un maillot commémoratif mélangeant les couleurs traditionnelles du Tricolor Paulista (rouge, blanc, noir) et celle de l'Uruguay (bleu ciel). Luís Augusto Símon a consacré à ce phénomène un livre tout bonnement intitulé Tricolor Celeste.

Cette relation entre l'Uruguay et São Paulo commence au début des années 1970, avec plusieurs transferts en provenance de Peñarol, qui possédait à l'époque une équipe redoutable sur la scène nationale et internationale. Le gardien Ladislao Mazurkiewicz s'engage avec l'Atlético Mineiro et deux de ses compatriotes, Pedro Rocha et Pablo Forlán, viennent renforcer les rangs du Tricolor Paulista. Rocha est un meneur de jeu intelligent, précis dans ses passes et capable à lui seul de contrôler le rythme de la partie. Pelé en personne avait déclaré que Pedro Rocha était l'un des cinq meilleurs joueurs qu'il lui avait été donné de voir. El Verdugo était fait pour le football brésilien, comme il l'affirme lui-même le jour de sa présentation : "Le Brésil est le pays où l'on joue le meilleur football. J'espère prouver que le club a fait une bonne affaire en m'engageant".

Son espoir se révélera fondé. Après une longue traversée du désert, au cours de laquelle le club investit surtout dans la construction de son nouveau stade, le Morumbi, le São Paulo de Pedro Rocha et de Pablo Forlán renoue avec son glorieux passé. Cela commence juste avant l'arrivée de Rocha. En 1970, après 13 années sans le moindre titre, le Tricolor remporte le championnat de l'État de São Paulo. Il récidive en 1971 et 1975. En 1974, il aligne une série de 47 matches sans défaite.

Si Pedro Rocha est le cerveau de l'équipe, son compatriote Forlán en est à la fois le cœur, les poumons, le foie et les reins. Habile techniquement, le latéral droit est avant tout une bête de travail sur le terrain. Il court, se bat sur tous les ballons et n'hésite pas, quand il le faut, à mettre la semelle. Cela suffit pour faire de lui le chouchou des supporters paulistes. Forlán incarne à lui seul toutes les qualités que les Brésiliens résument par l'expression "garra charrua" (tempérament uruguayen). Après avoir quitté le club, le père de Diego confiera : "La plus grande fierté de ma vie a été quand Henri Aidar (alors président du club) a déclaré que l'histoire de São Paulo se divisait en deux périodes : avant et après Forlán. Aujourd'hui encore, je me demande si j'ai pris la bonne décision en quittant le club".

Rage de vaincreDès lors, on comprend pourquoi São Paulo n'a jamais cessé d'avoir un œil de l'autre côté de la frontière au moment de recruter. Le troisième Uruguayen à faire le bonheur du Tricolor est Darío Pereyra, qui débarque au Morumbi en 1977. Arrivé en provenance du Nacional de Montevideo, qui à cette époque règne sur le football uruguayen, Pereyra est un gagneur, comme l'étaient ses prédécesseurs Rocha et Forlán. Dans un petit pays comme l'Uruguay, il en va forcément ainsi : les meilleurs sont habitués aux grands matches et quand ils émigrent, ils emportent avec eux cette indéfectible volonté de vaincre. Darío ne dérogera pas à la règle et contribuera ainsi largement au premier sacre de São Paulo dans le championnat du Brésil.

"C'est seulement après que j'ai compris combien il était difficile de gagner le championnat du Brésil. Le titre de 1977 était le premier Brasileiro gagné par São Paulo. Mais il faudra attendre presque dix ans pour en remporter un deuxième", se souvient le défenseur, qui portera la tunique tricolore pendant 11 ans et participera au deuxième sacre national, en 1986. Le quatrième Uruguayen à enchanter le Morumbi sera Diego Lugano. L'actuel capitaine de la Celeste *devient l'un des symboles d'une année 2005 au cours de laquelle le *Tricolor s'adjuge successivement la Copa Libertadores et la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. "J'aime bien qu'on m'appelle 'le caudillo'. En football, on gagne grâce au caractère. Je suis comme ça".

Du caractère ? Demandez à n'importe quel fan de Grêmio si l'Uruguayen Hugo De León en avait… En guise de réponse, le fan en question pourrait vous montrer la photo du capitaine gremista en train de soulever la première Copa Libertadores remportée par le club, en 1983, après avoir battu Peñarol en finale. De León a le visage en sang. La légende raconte que c'est en soulevant le trophée que le défenseur emblématique s'est écorché. Quoi qu'il en soit, le natif de Rivera, ville séparée du Brésil par une ruelle, alimente lui aussi l'aura des footballeurs charrúas au Brésil. À la même époque, son compatriote Rodolfo Rodríguez deviendra quant à lui une idole au poste de gardien, à Santos.

La même mystique entoure Sebastián Abreu lorsqu'il arrive à Botafogo en 2010, après avoir sillonné la planète football. En finale du Campeonato Carioca face à Flamengo, El Loco fait - une fois parmi tant d'autres - honneur à son surnom dans la série de tirs au but en tentant et réussissant une "Panenka" sur le penalty décisif. Encore un Uruguayen entré dans la légende au Brésil. "Ma plus grande joie à Botafogo a été de voir mon visage sur le mur en face du siège du club", racontera ensuite Abreu à FIFA.com. "Il y avait là toutes les idoles du club et moi, l'intrus."

Intrus ? Sûrement pas. Seulement un chapitre de plus dans cette histoire qui fonctionne bien entre les deux pays, justifiant ainsi le dicton selon lequel les extrêmes s'attirent : le grand et le petit, le virtuose et le courageux. On comprend donc pourquoi les Uruguayens - et pas seulement Alvaro Pereira de São Paulo ou Nicolás Lodeiro de Botafogo - se sentiront un peu chez eux lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2014. En définitive, une part importante de l'histoire du football charrúa passe inévitablement par le Brésil.

Explorer le sujet

Articles recommandés

Neymar of Brazil is pursued by Jordi Alba (L), Sergio Ramos and Cesar Azpilicueta (R) of Spain

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Roja et Seleção : les nouveaux rivaux

26 avr. 2014

1970 World Cup Finals, Guadalajara, Mexico, 7th June, 1970, England 0 v Brazil 1, England captain Bobby Moore and Brazilian captain Carlos Alberto watch the ball

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Angleterre-Brésil : une rencontre avec lendemains

18 avr. 2014

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Allemagne-Brésil, ça ne tient pas qu'à un fil

14 mars 2014

Le Brésil s'offre sa finale sur le fil

Coupe des Confédérations de la FIFA 2013

Le Brésil s'offre sa finale sur le fil

30 janv. 2014