Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994™

Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994™

17 juin - 17 juillet

Joueur de légende

Taffarel : "J'étais certain que nous allions l'emporter"

Brazil goalkeeper Claudio Taffarel
© Getty Images

À l'occasion de l'anniversaire de Claudio Taffarel le 8 mai 1966, FIFA.com vous propose de retrouver l'interview qu'il nous avait accordée en 2007 pour évoquer le titre mondial du Brésil en 1994. Une fois n'est pas coutume, la Seleçao est montée sur le toit du monde grâce à son organisation et sa solidité défensive. Son dernier rempart évoque ses souvenirs du quatrième sacre auriverde.

Claudio, quels souvenirs d'enfance conservez-vous de la Coupe du Monde de la FIFA ?

C'est une question difficile ! Je crois que mon tout premier souvenir est celui de la Coupe du Monde de 1970, au Mexique. Cela dit, je n'ai vu ces images que quelques années plus tard, mais elles m'ont vraiment marqué. Je me souviens des supporteurs mexicains envahissant le terrain pour féliciter les Brésiliens et porter Pelé, torse nu, en triomphe. Je me souviens aussi de tous les fabuleux buts de cette édition. Ce triomphe était à la hauteur de la compétition. Ce sont ces images qui m'ont donné envie de devenir footballeur.

Vous avez défendu les cages brésiliennes lors de trois Coupes du Monde de la FIFA. Comment avez-vous vécu chacune d'elles ?

Lorsque j'ai commencé à jouer au football, j'entendais souvent de grands champions, comme Maradona, confier dans des interviews qu'ils rêvaient depuis leur plus tendre enfance de jouer en équipe nationale et d'être sacrés champions du monde. Pas moi. Je voulais seulement devenir footballeur professionnel, sans me projeter plus loin. Ça a été comme ça toute ma vie. J'ai commencé à jouer en 1984, à 18 ans, et j'en avais 24 lorsque j'ai participé à ma première Coupe du Monde, en 1990. Tout s'est passé très vite mais je ne me suis jamais affolé. En fait, j'ai laissé les choses se faire naturellement. J'ai disputé les Coupes du Monde 1990, 1994 et 1998. Curieusement, c'est pour la première que je me suis senti le mieux préparé. Je ne sais pas pourquoi, peut-être justement parce que c'était la première.

Lors d'Italie 90, le Brésil figurait parmi les favoris. Parlez-nous de cette expérience.

Comme je vous l'ai dit, j'étais mieux préparé et plus sûr de moi pour Italie 1990. En revanche, j'avais l'impression que le reste de l'équipe ne suivait pas sur le plan mental. Il y avait beaucoup de problèmes au sein du groupe, pendant la compétition et avant, que ce soit pour la composition de l'équipe ou les échanges quotidiens. L'ambiance n'était pas vraiment idéale pour disputer une Coupe du Monde. Malgré tout, le Brésil avait de grandes chances de gagner. En fait, nous avions une meilleure équipe que l'Allemagne, qui l'a finalement emporté. Nous nous sentions capables de décrocher le titre, mais l'ambiance dans le camp de base n'était pas pour nous aider. Contre l'Argentine, on a vraiment manqué de réussite. Résultat : on s'est fait éliminer. Malgré toutes les occasions qu'on a eues, on n'a pas marqué un seul but. La morale de cette édition, c'est qu'on a manqué le coche parce qu'on n'a pas su adopter la bonne attitude. Ça nous a servi de leçon pour 1994.

Quelles différences discernez-vous entre le groupe de 1994 et celui de 1998 ?

Le Brésil a abordé Etats-Unis 1994 avec un groupe fin prêt, compact et uni. Vingt-quatre ans s'étaient écoulés depuis notre dernier titre mondial, il était grand temps de gagner. Au coup d'envoi de notre première sortie, on savait qu'il fallait saisir cette chance de reconquérir les sommets. Cette conscience collective a encore plus soudé le groupe et, au final, on a réussi à atteindre notre objectif. Pour France 1998, nous manquions de préparation. Je dirais même qu'aller aussi loin dans la compétition tenait de l'exploit compte tenu de l'équipe de l'époque et des incidents qui ont émaillé la compétition. Une Coupe du Monde est très courte. La moindre petite erreur peut être fatale. Il en faut peu pour plomber l'ambiance dans le camp de base, or c'est un ingrédient essentiel à la victoire. Tout doit bien se passer. Il y a sept matches et chacun d'entre eux doit se terminer par de bons résultats. Le groupe de 1998 était irrégulier, avec des performances en dents de scie. Bien qu'on ait atteint la finale, on savait qu'on avait laissé en chemin des sélections meilleures que nous. La France a prouvé que nous n'étions pas les meilleurs en nous battant 3-0. Un gros choc ! Beaucoup ont pensé que les Brésiliens avaient fait exprès de faciliter la tâche aux Bleus, mais ils n'y étaient pas du tout. Personne n'a voulu donner de coup de pouce à la France, elle était juste meilleure que le Brésil.

Quels souvenirs gardez-vous de cette finale de 1998 ?

En 1994, alors qu'on fêtait notre superbe victoire sur le terrain, la tristesse de mes amis et coéquipiers de Parme - Benarrivo, Apolloni, Minotti - et des autres internationaux italiens que j'avais croisés dans le championnat ne m'avait pas échappé. Certains pleuraient quand d'autres restaient à genoux ou couchés sur la pelouse. En 1998, j'ai repensé à ce moment. Ça se passe comme ça quand on perd. J'ai accepté la défaite, voilà tout. Elle fait partie du jeu. Sans compter que je savais que nous avions perdu contre une meilleure équipe. Nous n'avons pas perdu parce que nous étions nuls mais parce que la France était meilleure ce jour-là. Cet échec m'autorisait à garder la tête haute et à ne pas avoir de regrets.

Bebeto, lui, est revenu sur le problème de Ronaldo avant la rencontre. Quel est votre point de vue sur la question ?

Cette histoire a fait couler beaucoup d'encre. Après la Coupe du Monde, tout le monde ne parlait plus que de la santé de Ronaldo, du fait qu'il s'était évanoui pendant l'entraînement. Moi, je ne crois pas que ça ait véritablement pesé sur la rencontre. Dans n'importe quelle équipe, surtout une équipe nationale, il se peut qu'un joueur traverse une mauvaise passe. Sur le terrain, le reste de l'équipe est censé pouvoir compenser. Ce jour-là, aucun d'entre nous n'était dans un grand jour. Nous sommes tous passés à côté de notre match, voilà ce qui a pesé sur le résultat. C'était un mauvais jour pour la sélection brésilienne, c'est la seule raison de notre défaite.

Après cette fameuse Coupe du Monde de la FIFA 1970, le Brésil n'a plus remporté la compétition pendant 24 ans. Cette longue attente a-t-elle mis le groupe de 1994 sous pression ?

De lourdes responsabilités pesaient sur nos épaules, mais nous ressentions déjà cette pression en 1990. Personne n'acceptait que le Brésil reste si longtemps sans gagner la Coupe du Monde. Depuis 1970, les sélections étaient d'office acclamées comme les futures championnes du monde. A chaque fois qu'elles échouaient, la pression augmentait et tout le monde se demandait : "Le Brésil est-il capable de gagner à nouveau la Coupe du Monde ?" ou "Que se passe-t-il avec le Brésil ?". Puis est arrivée notre génération, avec des joueurs comme Dunga, Romario et Bebeto. Des joueurs qui mesuraient leurs responsabilités et savaient comment se montrer à la hauteur. Ce groupe a généré beaucoup d'attentes. Lorsqu'on parlait de la sélection brésilienne, on la comparait à celle de 1970 ou à celle de 1982 qui, même si elle a échoué, se composait de Zico, Falcão, Cerezo et autres grands joueurs. Je crois que nous avons su gérer cette pression et l'exploiter pour nous fortifier. Pour moi, ça a été un facteur décisif de notre victoire.

Beaucoup estiment qu'il n'y a pas poste plus exigeant que celui de gardien de but du Brésil. Les responsabilités sont-elles très lourdes à ce poste ?

On attend énormément du gardien, c'est exact, mais ça n'est pas nouveau. La preuve : les gens persistent à mettre nos échecs de 1982 et 1986 sur le compte du gardien de but. Une véritable tradition ! Mais depuis quelques éditions, le Brésil a commencé à se préoccuper de son travail défensif. On s'est rendu compte que le football ne se résumait pas à monter en attaque et faire trembler les filets. Le Brésil des années 70 concédait des buts mais en marquait cinq ou six. Le football a beaucoup changé. Aujourd'hui, il est plus difficile de marquer. Avant toute chose, il faut défendre. Certains entraîneurs et portiers ont joué un rôle décisif dans ce changement de mentalité. C'est grâce à eux que le Brésil a maintenant une défense moins perméable.

Pouvez-vous nous parler de votre plus bel arrêt ?

J'ai réalisé mon plus bel arrêt contre l'Italie, sur le premier tir de Massaro. Ce devait être sa première accélération, en tout début de match. Je ne m'attendais pas à voir les Italiens monter aussi vite. En moins de deux, ils tiraient déjà au but. Ce n'était pas un arrêt spectaculaire ou particulièrement difficile, mais c'était un arrêt décisif. Si nous avions concédé un but à ce stade, la tâche aurait été très compliquée pour nous.

Sur le plan personnel, quel a été votre meilleur match d'Etats-Unis 1994 ?

Je dirais la finale, pour tous les sentiments auxquels elle reste associée. Beaucoup de gens m'ont demandé si j'étais nerveux pendant la Coupe du Monde. En fait, quand j'entrais sur le terrain, j'avais l'impression de jouer un match amical tant j'étais calme. Cette attitude m'a sécurisé. Je suis resté détendu pendant toute la finale. Et puis, j'ai commencé à paniquer au moment des tirs au but, ce qui n'est pas vraiment étonnant. Mais je savais que j'étais prêt à bloquer n'importe quel tir. Voilà pourquoi c'était pour moi le meilleur match.

Taffarel dives to make a save from Ronald de Boer penalty in a match between Brazil and Holland in 1998
© Getty Images

A quel stade de la compétition avez-vous eu la conviction que le Brésil allait être sacré champion du monde ?

Dès la première rencontre. Avant le début de la compétition, un membre du staff technique a inscrit sur un tableau à l'entrée de notre restaurant : "match 1", "match 2"... jusqu'à "match 7". Après notre première sortie, il a barré le numéro 1. Lorsque j'ai vu ça, j'ai imaginé tous les matches barrés, jusqu'au septième. J'ai eu cette conviction dès le premier match, et j'imagine que les autres joueurs aussi. Cela démontre combien nous avions confiance en nous.

Quelles ont été les paroles de Carlos Alberto Parreira avant la finale ?

Difficile de se remémorer ses mots exacts. Avant le match, nous n'avions qu'une envie : entrer sur le terrain. L'angoisse régnait dans le vestiaire. Je crois qu'il nous a dit de rester calmes et a parlé du temps. Il faisait extrêmement chaud, ce jour-là, et les deux équipes en ont beaucoup pâti. Cela dit, je crois que les Italiens ont plus souffert que nous. Parreira nous a rappelé de faire circuler la balle pour ne pas trop nous fatiguer et éviter d'encaisser un but. Il fallait épuiser les Italiens. Voilà les instructions qu'il nous a données.

Le match s'est terminé sur un nul 0-0. Selon vous, était-ce un beau match ?

Une finale de Coupe du Monde n'est jamais formidable : les deux équipes voulant gagner, il arrive un moment où aucune ne veut risquer de commettre la moindre erreur. Or quand on veut éviter les erreurs, on se montre moins audacieux, on produit un football plus simple et on reste à l'arrière. Mais pour moi, le Brésil a tout de même eu de belles occasions. Nous aurions pu marquer avant la fin des 90 minutes. Ce n'était pas le match du siècle, mais il n'était pas mauvais non plus. On se dirigeait inévitablement vers l'épreuve de vérité. Cette rencontre a offert aux spectateurs et téléspectateurs son lot d'émotions et de suspense. C'était très éprouvant pour les nerfs.

Juste avant la séance de tirs au but, il paraît que vous avez assuré à Parreira que vous arrêteriez les ballons. Vous affichiez une grande confiance...

Comme je l'ai dit, j'étais certain que nous allions l'emporter depuis notre premier match. En d'autres termes, je savais que la séance de tirs au but se terminerait bien pour nous. Nous avons beaucoup parlé ensemble, en se disant que chacun devait faire son travail. Bien sûr, ça ne veut pas dire que le gardien de but n'endosse pas de grosses responsabilités dans ce genre d'épreuve, mais il n'est pas le seul. Alors j'ai dit à l'entraîneur : "Je vais arrêter ces tirs, d'accord". Apparemment, il s'en souvient.

Quel a été votre secret pour cela ? Devez-vous la réussite de cet arrêt à une préparation spécifique ?

Malgré l'épuisement, j'ai vraiment pris conscience de ma responsabilité. Le fait que ce soit une finale ajoutait à la pression, tout comme l'inquiétude de mes coéquipiers lorsqu'ils s'approchaient du point de penalty. J'ai réalisé que pour les deux premiers tirs, je m'étais déjà élancé sur le côté où je pensais voir arriver le ballon avant même que le joueur décoche sa frappe. Ainsi avant de stopper le troisième tir, celui de Massaro, j'ai pris le temps de regarder le score et me suis dit : "2-2... Il faut arrêter le prochain. Calme-toi." J'ai réussi à retrouver mon calme et à arrêter la frappe. Pour moi, ce n'était pas une question de technique, mais une question de chance. Cela dit, je savais que c'était le moment ou jamais d'agir : arrêter de paniquer, rester calme, deviner la direction du tir et réussir cet arrêt. Et je l'ai fait. Ce qui est drôle, c'est que pour son dernier match de championnat en 1994, mon club de l'époque, la Reggina, a joué l'AC Milan à San Siro. Clin d'œil du destin : j'ai réalisé un arrêt décisif contre Massaro, ce qui nous a permis de nous maintenir en Serie A. Cette année-là, je devais avoir des liens particuliers avec Massaro... Quoi qu'il en soit, cet arrêt était capital.

Quelle a été votre première réaction quand vous avez arrêté ce tir ?

J'ai remercié Dieu. Nous avions un groupe de prière, composé des plus pieux d'entre nous. Nous pensions que Dieu nous aiderait autant que possible si nous travaillions dur et montrions notre foi. Cela dit, nous avons aussi prié en 1998 et nos prières n'ont pas été exaucées pour autant ! Enfin, nous pensions que le moment était venu. C'est pourquoi j'étais confiant pendant toute la compétition. D'ailleurs, quand Baggio s'est avancé pour le dernier tir des Italiens, j'étais sûr qu'il ne le cadrerait pas ou que je l'arrêterais. Lorsque sa frappe est passée par-dessus la transversale, j'étais certain que c'était la volonté divine. Cette Coupe du Monde devait se terminer comme ça, et pas sur un but de Romario, qui serait alors devenu le meilleur joueur du monde et le moteur de la campagne brésilienne. Elle ne devait pas non plus s'achever sur un de mes arrêts, faisant de moi le héros du jour. Elle devait se clore sur une victoire de tout le groupe et de tout le Brésil.

Avez-vous été surpris de voir Baggio et Baresi rater leur tir ?

Pas Baresi. Je ne prétends pas que c'était un mauvais joueur - il est selon moi l'un des meilleurs défenseurs de l'histoire du football - mais je ne l'avais jamais vu exécuter un tir au but, même en Italie, où j'ai évolué plusieurs années. A ce stade, Sacchi a fait appel à ses joueurs les plus expérimentés, ceux qu'il pensait le mieux à même de gérer la pression. Mais je ne sais pas si Baresi s'était vraiment entraîné. Il s'y est mal pris et a expédié le ballon bien trop haut. En revanche, Baggio, qui avait l'habitude de tirer des coups francs et des penaltys pour la Juventus, m'a vraiment surpris. Mais j'étais sûr que ça allait se terminer comme ça : que j'allais arrêter son tir ou qu'il allait le rater. Sur le coup, ça n'a pas été un grand choc. La surprise est venue après, en étudiant le tir de Baggio sur la vidéo de la rencontre.

Brazil goalkeeper Taffarel celebrates after Roberto Baggio of Italy had missed his penalty
© Getty Images

Faisiez-vous confiance à tous les joueurs désignés pour les tirs brésiliens ?

Nous nous sommes beaucoup entraînés à cet exercice les jours précédant le match. Et paradoxalement, Marcio Santos, qui a raté sa frappe, était le meilleur tireur du groupe. Je crois qu'il n'a jamais échoué sur un seul tir pendant les séances d'entraînement. Chaque jour, les joueurs désignés faisaient cinq tentatives. Marcio est le seul à n'avoir jamais loupé. Il était impossible pour moi ou les autres gardiens d'arrêter ses frappes. Et pourtant, il a raté en finale. Il y avait aussi Branco, un joueur d'une immense expérience, au style unique. Il avait réussi un tir au but huit ans plus tôt, à la Coupe du Monde 1986. Venait ensuite Romario, qu'il est inutile de présenter : c'est un buteur, habitué à ce type de situation stressante. Ensuite, il y avait bien sûr Dunga, notre capitaine. Je faisais entièrement confiance à tous ces joueurs, même si je savais qu'il y avait toujours un risque pour qu'ils échouent, comme l'a fait Marcio. Seuls ceux qui ont le courage de tenter leur chance peuvent rater leur coup...

Quelle a été l'importance de Dunga au sein de l'équipe ?

Énorme. Il n'était pas seulement capitaine et leader du groupe, il pesait aussi sur le terrain. Il avait le don de voir tout ce qui se passait. Et surtout, il nous parlait beaucoup. Je pense qu'il est important pour une équipe d'avoir un guide, qui joue le rôle d'entraîneur sur le terrain. Dunga le faisait à merveille. Parreira avait une foi inébranlable en lui. Lorsqu'il était sur le terrain, il réglait tous les problèmes. "Toi, tu viens là ; toi tu vas là", ordonnait-il aux joueurs, qui l'écoutaient tous. Il lui arrivait de nous taper un peu sur les nerfs à force de crier. Mais un joueur comme Dunga est essentiel au sein d'une équipe. Lors de cette Coupe du Monde, il a joué un rôle capital. C'était d'ailleurs l'un des internationaux brésiliens les plus capés.

Qu'avez-vous ressenti en brandissant le trophée pour la première fois ?

La satisfaction d'avoir réussi, d'avoir atteint notre but. Peu de joueurs ont eu la chance de brandir ce trophée, la plus grande récompense du football. C'est une véritable réussite. J'ai remercié Dieu de me combler ainsi. Je peux aussi vous parler de la cravate que je portais... Lorsque je me me suis dirigé vers le podium, un officiel de la délégation des Etats-Unis est venu vers moi pour me demander mon maillot, ou peut-être mes gants. En échange, il m'a donné sa cravate. Je l'ai mise et la portais toujours au moment de brandir le trophée. La première idée qui m'est alors venue à l'esprit, c'est que la coupe était drôlement lourde pour sa taille.

Qu'avez-vous fait après avoir ramené le Trophée de la Coupe du Monde de la FIFA dans votre vestiaire ?

Nous avons pris une multitude de photos. Chacun voulait porter le trophée, le toucher et garder un souvenir de ce moment. Je possède plusieurs clichés sur lesquels je brandis ce trophée alors que je suis juste en sous-vêtements et torse nu. Nous avons aussi profité du vol de retour pour photographier tout le monde avec la Coupe, les familles, etc. J'ai ainsi des photos avec ma femme et ma fille âgée d'un an.

Pouvez-vous nous parler de l'accueil que les Brésiliens ont réservé à la sélection ?

Notre arrivée était exceptionnelle, j'étais vraiment impressionné. Le Brésil n'a pas son égal pour ce genre d'accueil. Ici, on ne se contente pas d'applaudir. Lors de notre escale à Brasilia des gens essayaient de prendre des photos de partout, même depuis les arbres. Les trottoirs étaient noirs de monde, de familles entières venues nous acclamer, nous donner l'accolade. C'est à ce moment que nous avons vraiment compris l'importance de notre réussite : nous n'avions pas seulement remporté cette Coupe pour nous, mais pour tout le peuple brésilien. On aurait dit un fan club national. Les joueurs les plus sensibles ont pleuré devant cette foule en liesse. J'en garde un souvenir extraordinaire. C'était grandiose !

Voici le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA... Quelle impression cela vous fait-il de le tenir dans vos mains aujourd'hui ?

C'est pas croyable ! Ça c'est quelque chose ! Et il pèse si lourd... Voilà ce que je voulais exprimer quand je vous disais qu'il n'est pas très gros, mais très lourd. C'est dingue ! Ce Trophée me rappelle le rôle que j'ai joué dans cette victoire. Il me rappelle que j'étais là, que j'ai vécu tous ces moments. On ne peut pas dire que je me réveille tous les matins en me rappelant que j'ai été champion du monde. Mais quand quelqu'un me dit qu'il m'a vu jouer en Coupe du Monde, les souvenirs me submergent. Avoir ce trophée entre les mains me fait revivre tout cela et me fait chaud au cœur. Qu'est-ce qu'il est beau !

Que pensez-vous du trophée en tant qu'objet ?

C'est une pure merveille. Je peux maintenant l'examiner de plus près, car je n'ai pas vraiment eu le temps la dernière fois que je l'ai tenu. A l'époque, tout le monde voulait tellement le toucher. Il passait de mains en mains, de joueur en joueur. Je crois que c'est la première fois que je le garde aussi longtemps. Avoir ce Trophée entre les mains, c'est... Mon Dieu... Et dire que j'y étais ! C'est formidable. Vraiment génial ! J'aimerais bien prendre une photo avec, pour témoigner du temps qui passe. J'ai moins de cheveux, aujourd'hui... C'est un objet fascinant. Ce sera un magnifique souvenir.

Claudio Taffarel
© FIFA.com