Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™

12 juin - 13 juillet

Coupe du Monde de la FIFA 2014™

Herbert, parole d’expert

Head Coach Ricki Herbert of New Zealand All Whites celebrates
© Getty Images

Après la phase de groupes de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™ et 48 matches joués, on peut déjà évoquer certaines tendances et analyser les événements marquants, le principal étant l’élimination de l’Espagne, tenante du titre. Une situation déjà vécue en 2010 lorsque l’Italie avait été incapable de sortir d’une poule comprenant la Slovaquie, le Paraguay et la Nouvelle-Zélande. Les Kiwis, justement, étaient alors dirigés par Ricki Herbert, et avaient réussi le double exploit de tenir en échec les quadruples champions du monde, mais aussi d’être la seule équipe invaincue d’Afrique du Sud 2010.

Quatre ans après, l’ancien défenseur international, qui a disputé l’édition 1982 de l’épreuve en Espagne, est passé près de ramener son équipe sur la scène mondiale, en s’inclinant en barrage intercontinental contre le Mexique. Herbert suit cependant activement les débats de Brésil 2014 en tant que membre du Groupe d’Etudes Techniques de la FIFA (TSG), chargé d’effectuer l'analyse technique et tactique de la compétition.

"Le dénouement nous donnera plus de preuves sur la direction que prend le jeu, mais je remarque déjà que les équipes capables de maîtriser le ballon sur tout le terrain ont toujours l’avantage en termes de possession, mais c’est une possession qui fait moins mal à l’adversaire", entame Herbert pour FIFA.com. "Les statistiques de possession peuvent être de 65/35 %, mais l’équipe avec 35 peut se montrer plus dangereuse. L’Espagne est une équipe avec beaucoup de possession, mais la pression des adversaires a augmenté et se fait plus haut. En cas de perte de balle, la vulnérabilité du gardien est beaucoup plus proche. En adoptant cette philosophie, même sans la possession du ballon, les adversaires ont réussi à mettre les Espagnols en danger plus facilement qu’auparavant."

Plus près du but
Mais cela ne signifie pas que la maîtrise technique est passée de mode. Le Néo-Zélandais estime simplement qu’elle se concentre désormais sur la partie haute du terrain. "Ce qu’on voyait auparavant - des équipes qui attendaient bas pour récupérer et partir en contre-attaque d’une position plus reculée - a changé", juge-t-il. "Dans cette Coupe du Monde, beaucoup d’équipes sont très bonnes d’un point de vue de l’organisation, et ont la capacité de presser plus haut, et de débuter les contre-attaques plus près du but adverse. La Colombie l’a fait contre la Côte d’Ivoire, les Pays-Bas contre l’Espagne, et l’Allemagne contre le Portugal."

 Reste que pour pratiquer ce type de jeu, il faut posséder dans son effectif les joueurs adaptés. "L’intentions de récupérer le ballon plus haut sur le terrain va de pair avec la combinaison de différents types d’attaquants", précise l’ancien sélectionneur de 53 ans. "Il faut avoir la possibilité de donner le ballon à des joueurs qui peuvent se retourner et éclairer rapidement le jeu offensif, à l’image de Wesley Sneijder qui peut récupérer, se retourner et trouver Arjen Robben et Robin van Persie. Ce type de joueur, dont le meilleur exemple est Lionel Messi, peut descendre bas, avoir moins de pression des défenseurs, se retourner et repartir vers l’avant pour aller marquer. Nous avons vu Neymar dans le premier match contre la Croatie faire la même chose, prendre la balle au milieu et avancer sans pression des défenseurs, avec la capacité de marquer sur une distance plus élevée que la simple surface de réparation."

Mais cela ne veut pas dire pour tant que le poste de numéro neuf est de l’histoire ancienne. Bien au contraire. "De nombreuses ont toujours un attaquant proéminent", confirme Herbert. "Mais c’est la variété de joueurs offensifs qui fait la différence. Van Persie est épaulé par Sneijder et Robben, deux joueurs offensifs créatifs, et Messi par Di Maria et Agüero. Ce qui est intéressant pour le jeu dans ce système, c’est qu’il y a toujours de la variété dans l’utilisation du ballon en phase offensive, et des situations difficiles à prévoir pour les défenses. C’est peut-être la direction dans laquelle le jeu va évoluer, à la différence du jeu espagnol sans véritable attaquant, où les offensives partent de plus bas, et de joueurs moins offensifs. Statistiquement, peut-être qu’à la fin de la Coupe du Monde - je dis bien peut-être !-, nous retrouverons des équipes avec un attaquant important, et deux autres joueurs avec une mentalité très offensive."

Encore faut-il avoir les moyens de mettre ce système en place. Ricki Herbert y contribue activement dans son pays grâce à son académie de football par laquelle il forme de jeunes joueurs en les adaptant aux tendances modernes du jeu. Depuis 2005, de nombreux joueurs passés entre ses mains ont intégré la sélection et tentent de faire progresser le football dans la région. Justement, en tant qu’expert du sport roi en Océanie, l’homme qui a dirigé la sélection de 2005 à 2013 est bien placé pour juger les performances de l’Australie voisine, même si celle-ci évolue désormais dans l’AFC.

Investissement pour l’AustralieLes Socceroos ont certes perdu leurs trois matches du premier tour - comme beaucoup d’autres sélections l’auraient fait face au Chili, aux Pays-Bas et à l’Espagne -, mais ont livré des performances intéressantes face aux Sud-Américains (1:3) et aux Oranjes (2:3). "L’équipe a montré de très belles choses", estime Herbert, qui a joué en et contre l’Australie. "Traditionnellement en Coupe du Monde, il y a eu de grandes déceptions comme le 4:0 contre l’Allemagne pour leur premier match en 2010. Cette année, pour leurs deux premières rencontres, ils ont été très compétitifs. Il y a de bons signes, de la mobilité, et la construction d’un type de football différent peut peut-être partir de cette expérience. Certes, en 20 minutes contre le Chili, ils ont pris deux buts, et quand vous courez derrière le score, c’est toujours difficile. Mais ils ont globalement joué un beau match, avant un autre très intéressant contre les Pays-Bas. Ils peuvent être très positifs par rapport à ce match."

Intronisé quelques mois auparavant, Ange Postecoglou a décidé de servir de l’épreuve mondiale pour confronter une équipe jeune au plus haut niveau et espérer en tirer les fruits dans un futur proche. "La décision était de venir à la Coupe du Monde en ayant en tête le prochain cycle de quatre ans est un risque calculé : celui d’avoir de mauvais résultats maintenant pour produire quelque chose pour le futur", analyse le membre du TSG, fier et honoré de mettre son expérience au service de l’analyse du tournoi. "Malgré les résultats, ils ont montré pourtant qu’ils pouvaient déjà être compétitifs. Donc je suis plutôt satisfait de la politique que Postecoglou a appliquée, des joueurs qu’il a choisis. Il faut assumer ses décisions si elles sont fondées sur un objectif précis."

"L’intention de changer le style de jeu est là, l’investissement depuis plusieurs années aussi", ajoute Herbert. "Il faut maintenant réussir à le mettre en place sur la scène internationale. Vous pouvez avoir la volonté et le désir de changer, mais il faut la qualité pour rendre ces changements effectifs. Peut-être que pour la prochaine Coupe du Monde, l’ambition en arrivant sera de se qualifier pour le deuxième tour si l’Australie a des joueurs assez bons pour viser cet objectif."

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